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19 juin 2006 - Disparitions forcées - Tribune de M. Philippe Douste-Blazy, et du Ministre argentin des Affaires étrangères, du Commerce international et du culte, M. Jorge Taiana

Tribune parue dans le quotidien français "La Croix" et le quotidien suisse "Le Temps"

Des hommes armés, des policiers en civils frappent à votre porte et emmènent votre mari ou votre frère, puis nient l’avoir jamais détenu. Est-il vivant, est-il mort ? Vous ne le saurez sans doute jamais. Torturé, peut-être même exécuté, il fait désormais partie de la cohorte des disparus, de la "population fantomatique, à la fois si proche et si lointaine" décrite par Julio Cortazar, le grand écrivain argentin.

Ces "disparitions" sont aujourd’hui trop nombreuses dans le monde pour que la communauté internationale s’en désintéresse. Parce qu’ils sont des défenseurs des Droits de l’Homme, parce qu’ils sont amenés par les circonstances à s’opposer à la politique de leur gouvernement, parce qu’ils demandent tout simplement justice, des hommes et des femmes "disparaissent" chaque jour sur tous les continents. Leurs droits sont bafoués, leur existence passée sous silence. Loin d’être isolés, ces faits intolérables concernent, selon les Nations unies, 535 personnes pour la seule année 2005. On recense par ailleurs 41.000 cas, depuis 1980, toujours en attente d’être résolus. Au-delà des souffrances endurées par les victimes elles-mêmes, ce sont autant de familles qui vivent depuis des décennies dans la douleur de l’attente et dans l’incertitude.

Soixante ans après la création des Nations unies, il importe que la communauté internationale apporte une réponse à ces violations de la Déclaration universelle des Droits de l’Homme. Tel est le sens de l’initiative de l’Argentine et de la France qui se sont mobilisées, aux côtés des associations et de nombreux autres pays, pour mettre un terme à ces pratiques inacceptables. Ensemble nous avons élaboré un projet de Convention internationale pour la protection de toutes les personnes contre les disparitions forcées.

Cette convention est d’abord un instrument de prévention. Elle impose aux Etats l’obligation de prévenir les disparitions et de punir les coupables, tout en interdisant la détention secrète. Elle exige par ailleurs l’information des familles et des associations sur le sort des détenus. Elle prévoit enfin un mécanisme de surveillance du respect de ces engagements. Cette convention marque donc une avancée substantielle dans la construction d’un droit international au service de l’homme. Nées en 1945, aux lendemains d’un conflit meurtrier caractérisé par l’industrialisation de la mort et par la négation des principes humanistes, les instances internationales doivent sans cesse réaffirmer la primauté du droit et de la protection de l’individu. Aux yeux de l’Argentine et de la France, ces valeurs sont garantes de la paix et un élément déterminant de la relation entre les Etats.

Au cours de sa première session, qui se tiendra à Genève du 19 au 30 juin, le Conseil des Droits de l’Homme doit se prononcer sur ce projet de convention sur les disparitions forcées. C’est une décision de première importance pour ce nouveau Conseil, dont la création a été décidée en septembre 2005 par les chefs d’Etat et de gouvernement membres des Nations unies. Il doit aujourd’hui répondre à la mission qui lui a été confiée et faire progresser le respect de la dignité humaine. Il doit se donner les moyens de faire avancer le droit international, en apportant aux victimes et à leurs familles une réponse adéquate et légitime. Il doit permettre à la communauté des nations d’être à la hauteur de leurs attentes, comme de celles de la société civile et des ONG.

L’Argentine et la France, marquées par leur histoire, engagées au service des valeurs universelles des Droits de l’Homme et du Citoyen, se sont associées afin de promouvoir cette convention. Nos deux pays appellent tous les Etats à lutter contre l’oubli et l’impunité des criminels. Il en va de la capacité de l’Organisation des Nations unies à protéger ces femmes et ces hommes disparus ; il en va de la garantie morale et juridique apportée par le système multilatéral. Protéger l’individu dont on a nié jusqu’à l’existence, c’est aussi préserver une certaine idée de l’Homme et de l’Etat de droit. C’est défendre la mémoire pour assurer la liberté de tous./.



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