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18 février 2008 - Interview de l’ambassadeur Jean-Maurice Ripert avec France inter à l’issue de la réunion d’urgence sur le Kosovo

Interview de l’ambassadeur Jean-Maurice Ripert avec France inter à l’issue de la réunion d’urgence sur le Kosovo, le 17 février 2008

Quelle est la position qui a été affirmée par les pays européens et les Etats- Unis à la fin de cette séance ?

La position très claire qui a été affichée est de dire : le Kosovo a proclamé son indépendance, il n’appartient ni au Conseil de sécurité des Nations-Unies ni au Secrétaire Général des Nations unies de se prononcer sur cette indépendance. Ce sont les Etats souverains qui devront décider de la nature de leur relation politique avec le Kosovo et donc de reconnaître ou pas l’indépendance. Cette question sera débattue probablement demain à Bruxelles entre les Etats-membres de l’Union européenne. Pour sa part, le Conseil de sécurité a examiné ce qui est de sa compétence : c’est-à-dire les problèmes de paix et de sécurité et notamment la sécurité des différentes populations du Kosovo. Et là-dessus les choses ont été dites de manière très claire et sans aucun désaccord entre Etats-membres. La MINUK reste chargée en vertu de la résolution 1244 du Conseil de sécurité d’assurer la sécurité des populations et notamment des minorités -nous avons nous français insisté là-dessus- des Serbes mais pas seulement des Serbes- et la protection des biens culturels et religieux, puisque vous savez que le problème des monastères et des églises est extrêmement important pour les Serbes. Tout le monde est dans son rôle : le Secrétaire Général a confirmé qu’il maintiendrait sur place son représentant spécial. La MINUK reste chargée de la paix et de la sécurité des populations et nous verrons quels seront les rapports demain entre l’Union européenne et le Kosovo.

l’ambassadeur russe dit-et vous avez l’air d’accord- que la résolution 1244 reste en place - mais selon lui et dans les faits d’ailleurs le Kosovo reste sous la souveraineté de Belgrade . N’est ce pas incompatible avec la déclaration d’indépendance ?

Là, nous avons probablement un désaccord sur l’interprétation qu’il faut donner à la résolution 1244. Nous avons toujours estimé et dit que la résolution 1244 a organisé le régime transitoire du Kosovo, la résolution1244 ne dit en rien quelle doit être le statut final. Ce que tout le monde espérait, c’est que la solution définitive qui serait retenue comme statut du Kosovo soit définie d’un commun accord entre les Serbes et les Kosovars. Il n’en a malheureusement rien été après deux années de négociations sous l’égide des Nations Unies puis de la Troïka Europe-Etats-Unis- Nations unies. Il s’est avéré impossible de se mettre d’accord entre Serbes et Kosovars. Il nous semblait -et de toute façon le Secrétaire Général des Nations Unies l’avait dit- que le statut quo n’était plus possible, n’était plus tolérable. Donc nous avons probablement une différence d’interprétation avec les Russes sur la résolution 1244.

Le Secrétaire général de l’ONU va quand même être dans une position difficile/ Pour que l’Union européenne déploie sa mission, cela supposerait quand même que l’ONU réduise sa présence et lui transmette un certain nombre de ses prérogative. Les Russes sont très opposés à cela. Est-ce qu’il n’est pas un peu entre l’enclume et le marteau ?

L’Union européenne a exprimé sa disponibilité à prendre une part plus grande de l’action de la communauté internationale au Kosovo notamment en matière de justice et de sécurité, de police et de justice. Le Secrétaire général s’est réjoui de cette volonté européenne. Nous allons le faire selon des formes qui restent à définir par le Conseil des ministres de l’Union européenne, en accord avec les autorités du Kosovo, et en maintenant la présence des Nations unies, du représentant du Secrétaire général. Il faudra organiser le rapport entre les deux. Pour l’instant ce sera un régime transitoire pendant quelques mois. Vous le savez : l’Union européenne n’assurera pas d’autre fonction que celle d’aider le gouvernement Kosovar à établir des institutions, l’état de droit et s’assurer qu’il tient ses engagements en matière de protection des minorités. Police, justice sont des secteurs fondamentaux pour l’Etat de droit.

Le Conseil de sécurité est très divisé sur cette question. Que ressort-il de cette séance d’urgence demandée par la Russie ?

Ce qui sort de cette séance, c’est un avis quand même très largement majoritaire au sein du Conseil de sécurité de constater que le Kosovo a proclamé son indépendance. Et cette évidence n’était pas une évidence au début du Conseil... Il n’appartient pas au Conseil de sécurité, il n’appartient pas au Secrétaire général des Nations unies, de se prononcer sur cette indépendance : cela c’est le rôle des Etats. Donc nous verrons qui ? Quand ? Comment ? Les européens se réunissent demain et vous savez qu’un certain nombre d’Etats européens n’ont pas fait mystère de leur intention de reconnaître le Kosovo. Ce qui était important c’était de constater ici que d’autres que les Européens membres du Conseil- notamment un certain nombre de grands pays du Sud-ont appelé au calme, à la coopération entre les Serbes et les Kosovars, et n’ont pas remis en cause le droit des Kosovars à proclamer leur indépendance ; dont , encore une fois, nous estimons qu’elle est conforme au régime international mis en place en 1999 et à la résolution 1244.

la France va reconnaître cette indépendance du Kosovo ?

Les ministres des Affaires étrangères se rencontrent demain. Je pense que tout sera dit demain. /.



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