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28 octobre 2008 - RDC : Entretien Entretien de M. Jean-Maurice Ripert, représentant permanent de la France auprès des Nations unies, avec France 24

Entretien de M. Jean-Maurice Ripert, Représentant permanent de la France auprès des Nations Unies, avec France 24 Situation en RDC Mardi 28 Octobre 2008

Vous venez d’être briefé sur la situation en République Démocratique du Congo, quelle est l’humeur au Conseil de Sécurité ?

La plus grande préoccupation par rapport à la situation sur le terrain. D’après ce que nous comprenons, les forces du CNDP de Laurent Nkunda sont à quelques kilomètres seulement au Nord de Goma. Elles visent à couper la route qui relie les camps de réfugiés du nord de Goma à la ville de Goma, ce qui risque d’interrompre l’acheminement de l’aide humanitaire vers ces camps de réfugiés.

Il y aurait en tout 30 000 réfugiés ou personnes déplacées qui fuient les combats en route vers Goma. Ces personnes sont poussées par le CNDP, elles sont dans une situation mauvaise, elles sont toutes abandonnées, la situation est très grave. Le Conseil est unanime pour condamner cette attaque qui n’a aucune justification, pour demander la fin des combats, le désarmement et le retour à la table des négociations. L’urgence, pour l’instant, c’est que les troupes de la Monuc résistent et aident les forces armées de la République Démocratique du Congo à résister à cette offensive.

Une des choses que réclame Alan Doss, le chef de la Monuc, ce sont des troupes supplémentaires. Est-ce que le Conseil de Sécurité peut l’accorder, est-ce qu’il a les moyens, est-ce qu’il y a d’autres missions tout aussi pressantes ?Quelle est la réponse du Conseil de Sécurité à cette demande ?

Il n’y a aucune mauvaise volonté du Conseil. Cette demande a été faite avant l’attaque de Nkunda, il y a quelques semaines. Nous avons demandé quelques semaines pour travailler avec le département du maintien de la paix pour voir dans quelles conditions il fallait d’abord restructurer la force, puis éventuellement accorder à la force des Nations Unies un renforcement en hommes, en moyens techniques, en capacités de renseignement et en moyens d’actions. Ce besoin est toujours là, nous en sommes conscients, il faut continuer à y réfléchir, mais l’urgence est aujourd’hui et demain matin. De toute façon, même si on donnait notre feu vert, il est illusoire de croire qu’on soit capable de transporter sur le terrain des milliers d’hommes en une nuit, donc la question est en deux temps malheureusement.

Il faut dans un premier temps tout faire, y compris sur le plan politique, pour que les combats s’arrêtent, ensuite on travaillera au renforcement de la force. Est-ce que c’est réaliste de la renforcer ? L’ONU est déjà très prise, on parle de missions au Tchad, en Somalie, est-ce que c’est possible ?

Nous pensons que c’est possible. On peut probablement restructurer la force autour de quelques missions, ce qui veut dire probablement supprimer un ou deux bataillons qui ne sont plus en état de faire face à l’actualité sur le terrain aujourd’hui, et de la renforcer par d’autres moyens. Oui, il y a des capacités encore, elles ne sont pas inépuisables mais on doit pouvoir les trouver. Le problème est que tout cela fasse partie d’un plan cohérent d’action, sur la base de la réorientation du mandat de la force. En 2003, la France était intervenue : c’était Artémis, qui avait connu un certain succès. Certaines personnes parlent aujourd’hui d’un Artémis II, est-ce que c’est possible ?

On en n’est pas encore là. Je crois que tous les grands responsables du monde s’interrogent, sont préoccupés, se demandent comment faire pour apporter une aide. Il y a évidemment beaucoup de contacts entre les uns et les autres, mais la première priorité est le rétablissement du dialogue et cela passe notamment par la réouverture d’un dialogue entre Kigali et Kinshasa, entre le président Kabila et le président Kagamé. C’est à cela qu’il faut s’atteler.

Les ministres, notamment de l’Union européenne, sont en conversation et en discussion. Ce sont des décisions très lourdes à prendre dans le cadre des restructurations des opérations de maintien de la paix, vous savez qu’il y a aussi en France des grandes discussions sur la restructuration des forces. Le Président de la République est la personne qui prend les décisions. Cela prend du temps, on doit instruire les demandes, mais c’est un sujet donc les Européens discutent.

L’ONU a beaucoup investi en RDC, c’est une mission qui coûte plus d’un milliard par an. C’est une mission qui était présentée aussi comme un succès après les élections il n’y a pas si longtemps. N’est-ce pas un peu frustrant de voir que les combats ont repris ?

Bien sûr, c’est quelque chose d’incompréhensible. Il faut se rappeler que le 28 août, monsieur Nkunda a dit qu’il acceptait de retourner à la table des négociations. Quelques heures après, ses troupes ont lancé une offensive et il a jeté à bas tout le processus de paix. Bien sûr que c’est frustrant, mais il faut continuer inlassablement ce travail jusqu’à ce qu’on y arrive. Les Congolais méritent la paix, tout autant que n’importe quel autre peuple.



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