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10 novembre 2010 - Entretien de M. Gérard Araud, représentant permanent de la France auprès des Nations unies, avec Radio Notre Dame

Q : Les violences s’intensifient depuis hier soir à l’égard des chrétiens d’Irak, 3 morts et 26 blessés aujourd’hui à Bagdad après une nouvelle série d’attentats qui a visé cette fois les domiciles de chrétiens, des attentats qui surviennent dix jours après le terrible attentat qui a touché la cathédrale catholique de Bagdad. Le dossier de ces chrétiens est à l’étude aujourd’hui au sein du Conseil de sécurité de l’ONU. Gérard Araud, bonsoir, vous êtes ambassadeur, représentant permanent de la France auprès de l’ONU à New York. Merci d’être avec nous en direct ce soir depuis New York. Quelle est la position du Conseil de sécurité à l’heure qu’il est ?

Bonsoir. Tout d’abord, l’horrible attentat contre Notre Dame du Salut avait provoqué une vive émotion au sein des autorités françaises et au sein de l’opinion publique française. C’est pour cela que la France avait demandé une réunion d’urgence du Conseil de sécurité pour évoquer cette question. Que les victimes des attentats soient des musulmans ou des chrétiens, ils méritent notre compassion ; que les mosquées ou les églises, car il y a aussi des mosquées qui sont ciblées, soient détruites, nous devons le condamner. Mais la France pensait qu’il y avait un cas particulier, le cas particulier des chrétiens d’Irak parce qu’ils sont visés parce qu’ils sont chrétiens pour anéantir la communauté chrétienne d’Irak. C’est d’ailleurs ce que déclare Al Qaeda. Al Qaeda a dit que les chrétiens d’Irak sont des cibles légitimes pour notre action.


Q : Comment peut réagir le Conseil de sécurité par rapport à tout ça ?

Il faut convaincre nos partenaires de réagir. Ce que je viens de déclarer au Conseil de sécurité c’est de dire que si l’on cible les chrétiens c’est pour détruire, attaquer la diversité, le pluralisme de la société irakienne. Le combat des chrétiens c’est une exigence morale mais c’est aussi une exigence politique. Il faut défendre la démocratie ; En attaquant les chrétiens en Irak et peut être demain les chrétiens ailleurs au Moyen Orient, on veut détruire l’aspiration à la démocratie. D’abord nous avons condamné ces actes et la France a obtenu l’expression de la condamnation des attaques contre les lieux de cultes chrétiens. Nous avons aussi demandé au représentant spécial des Nations unies qui travaille sur place de mettre en place avec les forces irakiennes des mesures de protection spéciale des lieux de culte mais aussi plus généralement de la communauté chrétienne, parce que ce ne sont pas seulement les églises, il y a aussi un harcèlement quotidien des chrétiens.


Q : Là certains ont été touchés chez eux, C’est nouveau. Avant c’était les églises maintenant c’est autant les domiciles. Il y a donc une intensification de la violence

Exactement. Il y a une offensive qui est conduite par Al Qaeda, par le terrorisme fondamentaliste contre les chrétiens en Irak. Je l’ai dit au Conseil de sécurité, le combat que nous menons en Irak est le même que nous menons de l’Asie centrale au Sahel. C’est le combat contre le terrorisme fondamentaliste.

Q : Vous avez parlé des forces irakiennes, elles ont aussi un peu leur part de responsabilité dans l’affaire. Est-ce que vous avez le sentiment qu’elles agissent comme il se doit pour protéger les troupes par rapport à ce qui s’est passé il y a dix jours ? On a entendu dire que les forces irakiennes n’avaient pas agi de la manière le plus adéquate pour protéger les chrétiens qui étaient dans l’église de Bagdad ?

Comme vous pouvez l’imaginer, je suis à New York donc je ne sais pas exactement ce qui s’est passé, il y a des commissions d’enquête qui ont été mises en place. Il faut se rendre compte que les jeunes autorités irakiennes sont en train de reconstruire leur pays et elles doivent faire face à une vague de terrorisme qui frappe les chrétiens, et c’est ce dont nous parlons ce soir, mais qui frappe aussi les mosquées chiites. C’est une tentative de déstabiliser l’Irak, de provoquer une guerre civile irakienne entre les différentes communautés.

Q : Alors vous avez dit qu’il s’agissait aujourd’hui de convaincre les partenaires. Où en est-on en matière de conviction, de travail pour convaincre ces partenaires ? Est-ce que vous avez l’impression que c’est bien parti ou que, au contraire, le fait qu’il s’agisse de défendre les chrétiens d’Irak pose quelques problèmes à certains au sein de l’ONU ? Quelle est l’atmosphère, la température ambiante ?

Vous savez, ce n’est pas le problème de chrétiens, de musulmans, c’est que le Conseil de sécurité a toujours des réticences à s’engager dans les questions religieuses, les tensions confessionnelles, de sembler prendre partie pour les chrétiens ou pour les musulmans ou pour les bouddhistes. C’est cela le message de la France, c’est de dire dans cette affaire, ce qui est en jeu c’est la diversité, le pluralisme de la société irakienne. Les chrétiens sont ciblés à cause de cela, parce qu’ils représentent une certaine modernité, une certaine ouverture, une certaine diversité de l’Irak. Et je crois que nous avons été entendus.

Q : Vous pensez que vous avez été entendu. Quelles mesures pensez-vous seront prises d’ici quelques heures, quelques jours ? Qu’est-ce qu’on peut imaginer du Conseil de sécurité de l’ONU ?

Je crois que le Représentant spécial du Secrétaire général, qui travaille pour le compte du Secrétaire général et sous l’œil du Conseil de sécurité à Bagdad, qui était là, que nous avions fait venir de Bagdad, rentrera en Irak avec des instructions très claires : c’est d’améliorer la sécurité des lieux de culte, des quartiers chrétiens avec les forces irakiennes et aussi naturellement avec les forces de la coalition qui sont encore sur place.

Q : Dernière question. Avez-vous abordé cet aspect de l’exil et de l’asile qu’on ne peut pas réellement considérer comme une vraie solution ? Est-ce que ça a été abordé aujourd’hui ou pas vraiment ?

Non, ce que nous avons dit, mais je n’ai pas été le seul, l’Ambassadeur d’Autriche l’a dit, l’Ambassadeur du Japon, l’Ambassadeur du Gabon, nous voyons avec inquiétude les chrétiens quitter l’Irak et nous devons essayer de leur prouver qu’un avenir est possible dans ce pays, ils ont un droit à la sécurité. Et j’ai rappelé que la langue liturgique des chrétiens de Notre-Dame du Salut, c’était l’araméen, c’est-à-dire la langue du Christ.

Q : Merci beaucoup, Gérard Araud, d’avoir pris le temps de répondre à nos questions. Vous êtes je le rappelle, représentant permanent de la France auprès de l’ONU.

Merci beaucoup, au revoir



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