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11 Janvier 2009 - " La France doit continuer à jouer son rôle " Bernard Kouchner, Ministre des affaires étrangères et européennes

Le Parisien - Propos recueillis par Henri Vernet | 11.01.2009, 07h00

Le patron du Quai d’Orsay rentre d’une tournée au Proche-Orient suivie de négociations à l’ONU à New York.

Que peut faire la France pour favoriser l’application du cessez-le-feu demandé par l’ONU ?

Bernard Kouchner. L’action de notre pays s’est déployée dans trois directions. Le président Sarkozy sur le terrain, avec la Troïka européenne, rencontrant tous les protagonistes. La France est un des seuls Etats à pouvoir parler avec tous les acteurs : Israël, les Palestiniens, l’Egypte, la Syrie, le Qatar. Cela a déclenché un début de dialogue qui pourrait permettre un cessez-le-feu. Deuxièmement, nous avons enclenché le volet humanitaire, avec notamment l’ouverture des corridors trois heures par jour, 3 millions d’euros donnés immédiatement aux organisations internationales et aux ONG palestiniennes (celle de Mustapha Barghouti) et israéliennes, médicales et des droits de l’homme, et des équipes médicales et un hôpital mobile que l’on souhaite déployer pour les habitants de Gaza. Troisième aspect, la diplomatie à New York. Le tout a convergé vers l’amorce d’un dialogue et l’adoption par le Conseil de sécurité des Nations unies, que j’ai présidé au nom de la France, d’une résolution sur la nécessité d’un cessez-le-feu immédiat. Mais elle n’a pas encore été suivie d’effets.

Le sera-t-elle ?

J’espère. Elle comporte des éléments inédits dans ce conflit qui dure depuis soixante ans. Pour la première fois, dans un souci d’équilibre, le terrorisme est condamné, la contrebande d’armes est dénoncée et le cessez-le-feu doit être durable et garantir la sécurité d’Israël et des Palestiniens. Il faut parvenir à un arrêt des combats, c’est-à-dire en même temps la cessation des tirs de roquettes du Hamas et l’arrêt des opérations israéliennes. Le texte demande aussi la levée du blocus de Gaza, ainsi que la réconciliation interpalestinienne.

Comment y parvenir ?

En ce moment se trouvent en Egypte le président palestinien Abou Mazen (NDLR : nom de guerre de Mahmoud Abbas) et trois représentants du Hamas. J’espère qu’ils se rencontreront.

L’Egypte aura-t-elle les moyens de garantir la sécurité à sa frontière ?

Il faut au moins que les deux protagonistes, Israéliens et Egyptiens, travaillent ensemble. Après la médiation du président Sarkozy, ils ont commencé à le faire. Nous travaillons aussi à un retour d’observateurs européens à Rafah, à la frontière entre Gaza et l’Egypte. Pour le moment, l’Egypte et Israël ne l’acceptent pas, mais la levée du blocus de Gaza pourrait comporter une présence internationale.

Mahmoud Abbas est-il le bon interlocuteur ?

Oui. C’est un homme de paix. Il est l’autorité représentative et légitime.

Faut-il parler avec le Hamas ?

Nous n’avons pas de contacts directs avec le Hamas mais nous avons des interlocuteurs qui ont des contacts avec eux : la Norvège, la Turquie, les Egyptiens, les Russes, le Qatar et la Syrie. Les Palestiniens du Fatah, eux-mêmes, n’ont plus de contacts avec le Hamas. Nous leur avons demandé de se réconcilier sinon rien ne sera possible. Ils pourraient se rencontrer prochainement.

Les Américains sont opposés à un tel dialogue…

Comme les autres pays en dehors de ceux que j’ai cités, les Américains sont opposés à un dialogue avec le Hamas. Tous refusent de parler à ceux qui continuent à ne pas reconnaître Israël et à tuer avec des roquettes. Il n’empêche que le Hamas représente quelque chose dans le peuple palestinien, il est donc indispensable que certains aient des contacts avec eux.

Pourrait-il y avoir une grande conférence de paix à Paris ?

Bien sûr. Mais on n’en est pas là du tout ! Les Israéliens refusent la résolution du Conseil de sécurité de l’ONU. Ils savent pourtant que l’opinion publique mondiale ne le comprend pas. En tout état de cause, eux et tous les autres protagonistes de ce conflit ont confiance en la France. Elle doit continuer à jouer son rôle.

Même si elle ne préside plus l’Union européenne ?

Oui. Le président Sarkozy a été très clair dans sa déclaration de soutien à la présidence tchèque de l’UE. J’ai participé à la Troïka européenne avec les Tchèques. Nous n’agissons pas comme si on détenait encore la présidence, mais en connivence et équilibre avec les Tchèques. Ce n’est une compétition avec personne, c’est une compétition pour la paix.

Craignez-vous une importation en France de ce conflit ?

Les manifestations sont légitimes. Mais les débordements nuisent à l’expression forte de sentiments nécessaires. Ce conflit est l’un des plus difficiles du monde, car l’actualité est sans mémoire. Se souvient-on qu’Israël est né des décisions de l’ONU après la Shoah ? Ce qui ne justifie pas l’extrême violence actuelle.



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