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2 août 2012 - Syrie - Interview de M. Gérard Araud, représentant permanent de la France auprès des Nations unies, accordée à France 3

Gérard Araud, bonsoir, merci d’avoir répondu à l’invitation de Soir 3,

Est-ce que cette démission n’est pas au fond la dernière démonstration de l’incapacité de l’ONU à dénouer, un temps soit peu, cette crise syrienne ?

C’est hélas la conclusion qu’on peut en tirer. Le Conseil de sécurité a été bloqué trois fois par la Russie et la Chine contre l’ensemble du reste du Conseil au moment où nous essayions de promouvoir un processus politique pour un mettre un terme à cette stratégie. Kofi Annan était le médiateur des Nations unies, il jette l’éponge car il a l’impression, comme il l’a dit lui-même, qu’il n’est pas soutenu lui-même par le Conseil de sécurité. Nous sommes donc dans une impasse.

La mission principale de l’ONU est d’éviter la guerre, de protéger les civils. Là on en est à 20 000 civils, il y a une crise alimentaire qui est en train de se nouer dans le pays, elle concerne plusieurs millions de syriens… Est-ce qu’au fond, avec cette affaire syrienne, l’ONU n’a pas perdu un peu de sa crédibilité ?

Le plus important dans cette affaire, et vous l’avez dit, c’est le fait que près de trois millions de syriens sont dans une situation humanitaire très précaire. Nous avons la présidence du Conseil de sécurité au mois d’août et donc Laurent Fabius a estimé que nous devions agir. Nous allons organiser une réunion ministérielle du Conseil de sécurité avant la fin du mois, justement pour essayer de retrouver l’unité du Conseil, au moins sur les questions humanitaires. A l’heure actuelle, les organisations humanitaires n’ont pas accès à la Syrie, sauf le croissant rouge syrien, qui fait un travail admirable mais qui est submergé. Laurent Fabius espère réunir le Conseil, puisque nous sommes divisés politiquement, au moins sur l’accès humanitaire à la Syrie.

Au-delà de l’aspect humanitaire, d’un point de vue diplomatique, quel va être votre travail de diplomate dans les prochains jours à la tête de cette présidence du Conseil de sécurité de l’ONU ? Comment allez-vous tenter de rapprocher les points de vue chinois et russe surtout du point de vue européen ?

Je ne vais pas commencer la présidence du Conseil de sécurité en disant que je suis découragé. Mais il y a un véritable gouffre entre les positions d’un côté des Russes et des Chinois qui ont décidé de soutenir jusqu’au bout le régime d’Assad, qui refusent toute pression, même modérée sur ce régime et, de l’autre, l’ensemble du reste du Conseil de sécurité : ce n’est pas des Européens dont il faut parler. Le dernier projet de résolution a été voté par l’Inde, il a été voté par le Guatemala, la Colombie, donc il n’est pas question d’Européen, il n’est pas question de l’Ouest, il est vraiment question de la communauté internationale. Nous serons donc obligés de travailler en dehors du Conseil de sécurité. C’est ce que fait Laurent Fabius, par exemple, avec l’opposition syrienne. Il faut organiser l’opposition pour qu’elle donne des garanties aux minorités, afin que le peuple syrien lui fasse confiance et que commence la transition politique dans ce pays.

Cette opposition syrienne, cette armée syrienne de libération, a commis quelques exactions visiblement. Peut-on affirmer que l’on peut toujours discuter avec eux ?

Le problème est que plus le temps passe – cela fait déjà 18 mois que les combats se prolongent - et plus il y aura des risques de radicalisation, il y aura des risques d’exaction, vous l’avez dit. C’est hélas quasiment inévitable dans cette situation de chaos. C’est la raison pour laquelle nous disons que nous avons essayé de dire aux Russes et aux Chinois, qu’il faut agir le plus rapidement possible. Plus nous attendons, plus il y aura des violations des droits de l’Homme, plus il y aura des risques de chaos, de guerre civile, voire d’explosion de la Syrie avec toutes les conséquences que cela risque d’avoir sur la région.

Est-ce que la décision d’Obama de faire livrer des armes en Syrie ne va pas compliquer la négociation diplomatique ? Cela pourrait vexer les Russes …

Vous savez, pour le moment, soyons clairs, il n’y a pas de diplomatie. Il n’y a pas de processus politique en Syrie. Je ne sais pas ce qu’ont vraiment décidé les Américains, mais je crois, qu’au point où nous en sommes arrivés à l’heure actuelle, il n’est pas tellement question de « gêner » un processus politique qui n’existe pas.

Merci Gérard Araud.

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