Twitter Facebook Flickr Youtube RSS Share

4 mars 2011 - Entretien de M. Gérard Araud, représentant permanent de la France auprès des Nations unies, avec BFM TV

(Libye et Côte d’Ivoire)

Q : Les troubles en Libye se poursuivent. Nous avons l’honneur de recevoir l’Ambassadeur Gérard Araud. Vous êtes le représentant permanent de la France auprès de l’Organisation des Nations unies ici à New York. Merci d’être avec nous. Ces dernières semaines ont été extrêmement chargées pour vous. Le Conseil de sécurité s’est réuni. Le message lancé à l’encontre du régime libyen a été très fort avec notamment l’appel très ferme à l’arrêt des violences, un embargo sur les armes a été demandé de même que le gel des comptes de Kadhafi et de ses proches. Néanmoins on dirait que la situation n’a pas beaucoup évolué.

Bonjour. Je comprends la frustration que l’on peut ressentir en disant il y a des civils qui se font bombarder, la situation est tragique, il y a des milliers de malheureux qui essaient de quitter la Libye. Mais vu du Conseil de sécurité, vu des Nations unies, ce que nous avons fait est totalement nouveau parce qu’il y a une logique au sein des Nations unies qui est la non-ingérence dans les affaires intérieures des pays parce qu’on nous soupçonne toujours, nous, les pays occidentaux, de vouloir intervenir. Là, c’est une affaire intérieure, il faut bien le dire. Et bien là, ce sont les pays arabes et les pays africains qui ont demandé l’intervention du Conseil de sécurité. Je dirais que c’est une nouvelle dynamique parce que d’habitude nous nous battons pour le respect des droits de l’Homme, nous les Occidentaux, nous nous battons pour essayer d’imposer un certain nombre de valeurs. Et bien là, ce sont nos amis arabes, nos amis africains, qui ont conduit l’assaut. Donc il y a une nouvelle dynamique. Vous savez, on l’a ressentie cette dynamique lorsque l’ambassadeur représentant permanent de Libye a comparé Kadhafi, son chef d’Etat, à Pol Pot et à Hitler et a demandé des sanctions contre son propre pays. Nous sommes des diplomates froids mais il y avait des diplomates qui pleuraient et tous les ambassadeurs arabes sont venus prendre dans leurs bras l’ambassadeur de Libye. Donc quelque chose s’est passé ce week-end.

Q : Quelque chose s’est passé mais c’est vrai que pour le moment sur le terrain en Libye on ne voit pas Mouammar Kadhafi céder à la pression internationale. Est-ce que le Conseil de sécurité continue de travailler pour imaginer de nouvelles sanctions, pour imaginer de nouveaux dispositifs, un nouvel appel ? Notamment Ban Ki-moon est très présent sur ce dossier et a, vu de l’extérieur, un message diplomatique peut-être plus fort que dans bien d’autres dossiers ?

Le Secrétaire général, d’ailleurs c’était une suggestion de la France que je lui ai faite le samedi soir, va nommer un représentant spécial qui va être chargé de la coordination de toute l’aide humanitaire parce que c’est un problème. Il y a des millions d’immigrés aux frontières tunisiennes, aux frontières égyptiennes. Et également il pourra éventuellement jouer un rôle politique. Donc il est à la recherche de la personne idoine, c’est-à-dire on cherche plutôt un homme politique qui a un passé politique et plutôt quelqu’un originaire de la région. En ce qui concerne le Conseil de sécurité, soyons francs, c’est quinze pays autour de la table et donc quinze pays qui défendent leurs intérêts nationaux. Et il y a des pays qui sont très nerveux avec cette idée de l’ingérence dans les affaires intérieures. La Russie, la Chine, sont des pays qui sont très nerveux, qui ont accepté de bouger, comme je vous l’ai dit, parce qu’ils se sont retrouvés confrontés à une demande des pays africains et des pays arabes. Mais ils soupçonnent toujours les Occidentaux de noirs desseins voire de lancer une opération militaire. Donc nous allons sans doute revenir au Conseil de sécurité mais ce ne sera pas facile. L’idée qui a été évoquée par tout le monde aujourd’hui c’est une zone d’interdiction aérienne pour empêcher Kadhafi d’utiliser son aviation contre sa propre population.

Q : Le Secrétaire de la Défense américain, Robert Gates, a dit que ça lui paraissait être une situation très compliquée à mettre en place. C’est très bien de le demander mais pour lui ça paraissait extrêmement compliqué à mettre en place.

Ce n’est pas facile.



Bookmark and Share
Bookmark and Share
Rss
Organisation des Nations Unies Présidence de la République France Diplomatie La France à l'Office des Nations Unies à Genève Union Européenne Première réunion de l'ONU