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11 janvier 2013 - Mali - Déclaration de M. Laurent Fabius, ministre des Affaires étrangères

Le président m’a demandé avec le Premier ministre de vous apporter un certain nombre d’éléments sur le contexte dans lequel sa décision a été prise.

Cela fait maintenant plusieurs mois que nous attirons l’attention du monde entier sur la gravité de la situation du Mali. Se sont installés en effet au Nord du Mali des groupes terroristes et criminels qui non seulement ont porté atteinte à l’intégrité du Mali, mais en plus, compte tenu des armements puissants dont ils disposent, des ressources financières, de leurs idéologie et pratiques effrayantes, menacent le Mali, les pays voisins, l’ensemble de l’Afrique et l’Europe. Ce sont des groupes terroristes et criminels.

C’est la raison pour laquelle le Conseil de sécurité des Nations unies a pris un certain nombre de décisions dont la dernière, en date du mois de décembre, a prévu a juste titre de déployer une force appelée MISMA, la mission pour le soutien au Mali, et d’autres décisions permettant de lutter contre les terroristes et au Mali de recouvrer sa intégrité et de retrouver son développement.

Parallèlement l’Europe a pris des décisions pour aider à former, à reformer l’armée malienne. Les pays voisins du Mali, au sein de la CEDEAO, se sont engagés à fournir des contingents.

Voilà où nous en étions il y a encore quelques semaines.

Mais depuis quelques jours, la situation s’est malheureusement détériorée très gravement. Profitant du délai entre les décisions internationales prises et le moment de leur application, les groupes terroristes et criminels du Nord Mali ont décidé de descendre vers le Sud, leur objectif étant, selon toute évidence, de contrôler la totalité du Mali pour installer au Mali un Etat terroriste.

C’est la raison pour laquelle, les autorités maliennes ont saisi à la fois le Conseil de sécurité des Nations unies et la France pour leur demander d’intervenir en urgence. Le Conseil de sécurité s’est réuni hier et, dans une déclaration adoptée à l’unanimité, a estimé que la menace était extrêmement grave et qu’il fallait réagir.

Il a été saisi par les autorités maliennes et la France a également été saisie d’une demande d’appui aérien et d’appui militaire.

Compte tenu de cette situation d’urgence et en s’appuyant sur la légalité internationale, le Président de la République, chef de l’Etat, chef des Armées, a pris la décision de répondre positivement à la demande du Mali et à la demande de la communauté internationale. C’est le sens de la décision qu’il a annoncée aujourd’hui et qui a commencé de se traduire sur le terrain dès cet après-midi par notre appui aux troupes maliennes. Voilà où nous en sommes à l’heure où je parle.

Je voudrais ajouter quelques commentaires.

Cette décision s’inscrit dans le cadre de la légalité internationale et elle est dictée par la modification de la situation induite par l’urgence. Elle a fait l’objet d’une consultation internationale. Hier et aujourd’hui, toute une série d’autorités ont été consultées. Je veux citer, parmi d’autres, bien évidemment un contact constant avec le Mali, qui est à l’origine de la demande ; avec les responsables de la CEDEAO, la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest, dont son président, le Président Ouattara ; avec l’Union africaine, dont son président, le Président Boni Yayi et la présidente de ce qu’on appelle la Commission de paix et de sécurité, Mme Zuma ; avec nos amis algériens, avec lesquels je me suis entretenu hier ; avec nos amis nigérians ; avec la plupart des pays d’Europe et leurs représentants, notamment Mme Ashton, ainsi que mes collègues du Royaume-Uni et d’Allemagne ; ainsi qu’avec les membres permanents du Conseil de sécurité des Nations unies et bien évidemment avec l’ensemble du Conseil de sécurité.

C’est une décision grave mais qui est absolument nécessitée par la situation. Il faut stopper la percée des terroristes sinon c’est le Mali tout entier qui tombe dans leurs mains avec une menace pour toute l’Afrique et pour l’Europe elle-même.

Deuxièmement, comme l’a indiqué le Président de la République, il y a lieu d’avoir à ce sujet toutes les concertations nationales utiles. C’est la raison pour laquelle le Premier ministre recevra lundi avec le ministre de la Défense et moi-même l’ensemble des responsables politiques qui doivent être consultés. Le Parlement pourra comme il le souhaite nous entendre. En particulier le Président de la Commission des Affaires étrangères a pensé que mercredi peut-être ou à une autre date qui sera à la discrétion du Parlement, nous pourrions avoir toutes les consultations nécessaires.

J’ai pris l’initiative que les familles des otages que nous avons là-bas soient évidemment informées. Mais il faut bien comprendre que dans cette situation très difficile que ce sont les mêmes qui sont les ravisseurs d’otages et qui veulent descendre dans le sud pour continuer leur sinistre besogne.

Demain le ministre de la Défense sera à votre disposition pour s’exprimer et faire le point sur l’aspect proprement militaire de cette opération.


Pour en savoir plus sur le Mali.



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