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17 septembre 2013 - Syrie - Conférence de presse conjointe de Laurent Fabius, ministre des Affaires étrangères, et de M. Sergueï Lavrov, ministre russe des Affaires étrangères

Propos de M. Laurent Fabius

"(...) Sur la Syrie, bien évidemment nous avons parlé de l’accord russo-américain. J’avais eu l’occasion de dire que c’était une avancée importante mais, en même temps, ce n’est pas la fin de l’histoire. Il faut maintenant traduire cette avancée à la fois dans les faits et les textes, qu’il s’agisse de l’organisation qui s’occupe des armes chimiques ou qu’il s’agisse du conseil de sécurité des Nations unies à l’aide de mécanismes, et enchâsser cela dans les décisions de l’ONU.

Nous avons abordé bien sûr ce sujet important, insistant comme Sergueï Lavrov sur la nécessité d’aller vite, d’avoir un plan d’action complet, car les armes chimiques présentent un danger exceptionnel ; c’est d’ailleurs la raison pour laquelle elles sont interdites. Maintenant que la Syrie a accepté de rejoindre la convention qui interdit les armes chimiques, il va falloir que tout cela soit mis en oeuvre sur le terrain ; ce ne sera pas facile mais c’est indispensable.

Nous avons abordé rapidement le rapport qui a été rendu hier par la mission de l’ONU sur les événements du massacre chimique du 21 août. Ce rapport est là, le secrétaire général des Nations unies a déclaré que c’était un rapport accablant, je le cite. D’autre part, c’est le point sur lequel nous avons sans doute des analyses qui sont un peu différentes, nous considérons - et c’est d’ailleurs ce que nous avions dit sur la base des renseignements de nos services - que ce rapport montre les responsabilités du régime syrien dans le massacre chimique du 21 août.

Nous avons beaucoup parlé - c’est même l’essentiel de notre discussion - de la solution politique qui est indispensable en Syrie. Nous sommes convaincus qu’il n’y a pas de solution militaire, que c’est par la discussion politique qu’il faut trouver une solution ; c’est ce qu’on appelle Genève II. Sergueï Lavrov et moi-même étions présents à Genève I et nous avions discuté de façon extrêmement précise. Nous étions arrivés à un texte commun. Malheureusement, ce texte a fait l’objet d’interprétations différentes mais nous nous rappelons très bien - le ministre russe l’a cité - que Genève I implique - je cite de mémoire - de bâtir un gouvernement de transition par consentement mutuel doté de tous les pouvoirs exécutifs ; c’est la définition qui avait été retenue. Ce qui n’a pas pu être mis en application pour Genève I doit être maintenant mis en application pour Genève II. Cela suppose évidemment, et le plus tôt sera le mieux, que du côté du régime d’une part et du côté de l’opposition d’autre part, les parties se rencontrent. Le représentant spécial des Nations unies, M. Brahimi, travaille en ce sens et le plus tôt sera le mieux puisque c’est seulement s’il y a une solution politique que l’on va pouvoir arrêter la tragédie syrienne.

Il faut bien avoir à l’esprit - c’est un point que j’ai souligné avec mon collègue russe - que d’ici quelques jours malheureusement on va se retrouver dans une situation qui apparaîtra aux yeux de l’opinion comme une situation très difficilement compréhensible : d’un côté nous avançons sur l’interdiction des armes chimiques - c’est très bien - mais de l’autre il ne faut pas que les combats continuent sur le terrain. Au moment où nous nous parlons, il y a certainement des dizaines, des centaines de morts en Syrie. Même si ce qui a été fait sur les armes chimiques demande bien sûr à être confirmé, à être réalisé et est très important, il est aussi important que l’on arrive à mettre fin à la tragédie syrienne ; ce qui nécessite la réunion de Genève II. Dans les jours qui viennent nous allons les uns et les autres déployer encore plus d’énergie pour essayer d’aller en ce sens.

Sur la Syrie il y a des différences d’approche mais M. Sergueï Lavrov a eu raison de dire que sur l’objectif, qui est de trouver une solution pacifique, nous sommes parfaitement d’accord. Après, il s’agit non seulement d’être d’accord sur l’objectif mais de trouver des méthodes pour pouvoir le plus vite possible aller vers cette solution politique.

Q - Monsieur Lavrov, vous avez parlé avec le ministre des affaires étrangères français du rapport d’hier. Selon vous, ce rapport est-il crédible ?

Q - Monsieur Fabius, il semble que les États-Unis ont adouci ces derniers jours leur position mais la France poursuit son approche sévère du maintien de la crise syrienne. Peut-on parler de désaccord entre les pays occidentaux ?

R - Sur la question précédente, celle du rapport des experts de l’ONU, il me semble que ce rapport est accablant, comme l’a dit M. Ban Ki-moon, et quand on examine à la fois l’importance du gaz sarin utilisé, les vecteurs qui ont été utilisés, les techniques que cela demande, et d’autres aspects encore, il n’y a aucun doute que le régime est à l’origine de ce massacre du 21 août.

Maintenant sur la question qui vient d’être posée. La France est une puissance de paix. Je veux rappeler que, lorsqu’il y a eu la guerre en Irak, les services de renseignement français, qui nous ont dit depuis le début que les massacres du 21 août étaient des massacres chimiques et que c’était le régime qui en était à l’origine, ces mêmes services français avaient dit - et ils avaient déjà raison - qu’il n’y avait pas d’arme de destruction massive en Irak. C’est à partir de leur information que le président Chirac et nous-même, dans l’opposition, avons déclaré qu’il ne fallait pas aller en Irak.

De la même façon, je veux rappeler qu’une des premières décisions du président Hollande a été de retirer les troupes d’Afghanistan. Pas besoin d’autre démonstration pour dire que nous sommes très attachés à la paix et que la France est une puissance de paix. En même temps, si on veut obtenir la paix, il faut faire preuve d’une certaine forme de fermeté dans la question syrienne à l’issue du massacre chimique du 21 août, dont le rapport des Nations unies dit qu’il n’a pas de précédent depuis 1988. Nous avons dit avec d’autres qu’il fallait absolument procéder par dissuasion si on ne voulait pas que le régime utilise de nouveau ces armes chimiques, qui sont interdites, contre son peuple et peut-être même contre ses voisins. Nous considérons que cette fermeté a été utile. Il y a eu aussi l’initiative russe à laquelle je veux rendre hommage puisque à partir de cette fermeté et de l’initiative russe, le régime syrien a accepté de liquider les armes chimiques. C’est un changement considérable.

Le 2 septembre, M. Bachar Al-Assad disait dans une interview au Figaro : « nous n’avons jamais dit posséder des armes chimiques ». Et le 7 septembre, son ministre des affaires étrangères disait : « nous sommes prêts à dire où se trouvent les armes chimiques et arrêter leur production ». Vous voyez donc qu’en cinq jours les choses ont changé. Ce qui montre bien que, fermeté d’une part et initiative russe d’autre, part, ont été extrêmement utiles.

Nous en sommes là, la Syrie s’est engagée à adhérer à la convention qui interdit les armes chimiques. Des mesures seront prises par les organisations compétentes. Il va y avoir la résolution du Conseil de Sécurité et puis tout cela va devoir se mettre en place. Nous restons très vigilants, non pas va-t-en-guerre mais vigilants, parce que c’est la fermeté et l’initiative russe qui ont permis que la Syrie change sa position et qui permettront demain que les engagements pris soient respectés."


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