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2 août 2012 - Présentation du programme de travail du Conseil de sécurité pour le mois d’août par M. Gérard Araud, président du Conseil de sécurité

Bonjour Mesdames, Messieurs,

Je vais vous présenter le programme de travail de la présidence française du Conseil de sécurité. Ce programme est en grande partie imposé par les échéances de l’activité du Conseil de sécurité.

Nous aurons un seul renouvellement de mandat au mois d’août qui est le renouvellement de mandat de la FINUL. Il y a un accord entre les membres du Conseil pour dissocier les sujets libanais et les sujets syriens. Sauf développement sur le terrain je pense que le renouvellement du mandat de la FINUL, avec les consultations qui auront lieu le 23 août, ne devrait pas poser de problème particulier.

Ensuite nous avons trois échéances qui découlent de trois résolutions.

Nous avons la résolution 2046 sur le Soudan. Le Conseil avait posé un certain nombre d’exigences aux deux Soudans avec comme échéance le 2 août c’est-à-dire aujourd’hui. Il est évident que le Soudan et le Soudan du Sud n’ont, l’un et l’autre, pas satisfait à toutes les conditions qui avaient été posées. En même temps des progrès ont été accomplis. Il appartiendra donc au Conseil de décider comment entretenir la dynamique assez fragile et partielle qui est apparue.

Demain, 3 août, aura lieu une réunion du Comité de paix et de sécurité de l’Union africaine qui devrait procéder à sa propre analyse de la mise en œuvre de la résolution 2046. C’est sur cette base que, la semaine prochaine, le Conseil se réunira pour voir comment entretenir cette dynamique. Je pense que le consensus autour de la table du Conseil est qu’il n’est pas temps, pas nécessaire de passer à des sanctions mais que nous devons continuer de faire pression sur les parties pour qu’elles poursuivent les négociations.

Deuxième résolution, la résolution 2056 sur la Mali qui doit donner lieu le 8 août à un briefing qui sera présenté par le Secrétaire général lui-même et qui sera suivi par des consultations. Cette séance ne devrait pas donner lieu à des décisions particulières du Conseil.

Ensuite et surtout, le point le plus difficile sera la résolution 2059 sur la Syrie. A la mi-juin le Général Mood a considéré que les conditions de sécurité ne permettaient plus à la mission des Nations unies en Syrie de poursuivre ses activités. Il n’a pas suspendu toutes les activités puisque la mission des Nations unies en Syrie a continué à faire quelques patrouilles depuis le 15 ou le 16 juin selon la situation sur le terrain mais dans les faits l’essentiel des activités de la mission a été suspendu.

A la suite du double véto russe et chinois, il a été décidé de renouveler le texte de la résolution 2059 dit pour « final extension » de trente jours, pour renouveler le mandat dans une reconfiguration qui avait été proposée par le Secrétaire général et ensuite de donner lieu à un rapport du Secrétaire général au bout de quinze jours. Donc en ce qui concerne la reconfiguration qui a été approuvée par le Conseil, elle a été mise en œuvre par le Secrétaire général qui a retiré à peu près la moitié des observateurs militaires qui ont été renvoyés dans les pays mais qui restent en alerte et que nous pouvons donc ramener à tout moment. Les observateurs restant ont été rassemblés à Damas sur quatre centres.

En ce qui concerne le rapport, au bout des quinze jours qui ont été prévus, sera donc présenté au Conseil cet après-midi par le Secrétaire général des Nations unies aux opérations de maintien de la paix au nom du Secrétaire général.

Le plus difficile sera la question du sort de la Mission puisque le mandat expire le 19 août. Nous aurons des consultations le 16 août pour décider de l’avenir de la mission. Comme l’adoption du programme de travail ce matin l’a prouvé, les divisions du Conseil restent toujours aussi profondes et nous pouvons prévoir hélas un affrontement entre ceux qui considéreront que la mission n’a plus de place, n’a plus d’activité et doit disparaitre et ceux qui jugeront qu’elle doit être prolongée. Je rappelle que pour qu’elle soit prolongée au-delà du 19 août il faudrait le vote d’une nouvelle résolution.

Autre échéance du Conseil de sécurité au mois d’août, qui dérive d’une déclaration présidentielle et non d’une résolution, est la fin de la transition en Somalie qui s’achève le 20 août. Un peu comme pour le Soudan et le Soudan du Sud, le verre est à moitié vide ou à moitié plein, des choses ont été faites mais on est encore loin du compte. Cela étant dans la dernière déclaration présidentielle le Conseil avait déclaré qu’il n’y aurait pas de prolongation de la transition. Le Conseil devra donc décider de la manière dont il réagit à la fin de cette période de transition. Les consultations auront lieu le 28 août.

Il y aura enfin le débat rituel sur le Kosovo qui ne devrait pas non plus donner lieu à de conclusion particulière mais on aura l’occasion de faire la connaissance du nouveau ministre des Affaires étrangères de Serbie.

Par ailleurs, le ministre français des Affaires étrangères a annoncé son intention de tenir une réunion ministérielle sur la Syrie. En Europe ainsi que dans un certain nombre d’autres pays, les événements de Syrie soulèvent une indignation de l’opinion publique. Les événements d’Alep en particulier sont sur les premières pages de tous les journaux, sont dans tous les journaux télévisés. Or le Conseil de sécurité est bloqué après trois vétos. Nous sommes en train d’explorer la manière de tenir une réunion ministérielle, que peut faire le Conseil de sécurité aujourd’hui face à ces trois vétos, en particulier en travaillant sur les aspects humanitaires de la crise.

Le ministre, Laurent Fabius, est en consultation avec ses collègues, nous sommes en consultation ici aussi pour voir de quelle manière le Conseil peut encore être d’une utilité quelconque en ce qui concerne cette crise syrienne, en particulier en ce qui concerne la situation humanitaire. Trois millions de Syriens ont besoin d’une aide humanitaire. Ce n’est pas seulement la ville d’Alep. Les autorités syriennes ne laissent pas d’accès aux organisations humanitaires, à part le Croissant rouge syrien qui fait un travail admirable mais qui est débordé par la situation. Il ne peut pas faire face seul à cette situation.

Cette réunion ministérielle devrait se tenir à la fin du mois. Mais ce n’est pas facile, les divisions du Conseil étant extrêmement profondes et extrêmement vives comme nous avons pu le constater ce matin et comme vous avez pu l’entendre ce matin de la bouche de mon collègue russe.

Dernier point, mais cela ne dépend pas du Conseil de sécurité, la Cedeao a annoncé à plusieurs reprises qu’elle reviendrait devant le Conseil pour demander le déploiement d’une force de maintien de la paix au Mali. Si la Cédéao revient devant le Conseil de sécurité, nous devrons alors examiner les termes de cette requête et y répondre.

Q : Sur Kofi Annan et les Nations unies : est-ce que ça signifie que les Nations unies ne feront rien ?

Nous nous sommes heurtés successivement à trois vétos. Le texte que nous avons soumis était d’un langage particulièrement modéré. Il n’y avait pas de sanctions, il n’y avait que des menaces de sanctions. Nous prétendions placer le plan Annan sous le chapitre VII, ce qui veut simplement dire que si on ne le met pas en œuvre, le Conseil doit éventuellement examiner des mesures. Tout ceci était extrêmement modéré mais les trois vétos ont été, eux, extrêmement clairs. En effet, le risque est qu’un certain nombre de pays en tire les conséquences que le Conseil de sécurité est définitivement impuissant en ce qui concerne la Syrie.

La France juge que ce serait malheureux, et que ce serait dangereux. C’est la raison pour laquelle nous voudrions au moins prouver que dans le domaine humanitaire, où la tragédie devient de plus en plus sérieuse, le Conseil peut réagir.

Nous avions confié à M. Annan une mission impossible, il faut bien le reconnaitre. Qu’il en arrive à cette décision n’est pas surprenant.

Ce qui est évidemment aussi très grave, c’est le sentiment que nous n’avons plus, nous n’avons pas, et peut-être nous n’avons jamais eu de processus politique. Il n’y a pas de processus politique, il n’y a pas de processus de négociations en cours. Nous avons donc l’impression que de part et d’autre, c’est la logique militaire qui l’emporte avec tout ce que cela entraine de souffrances pour les populations, et d’incertitudes, et de risques politiques pour la région.

Q : Il y a des divergences de vue au sein du Conseil ? Pensez-vous pouvoir surmonter ces divergences lorsqu’il sera question du mandat de la Mission suite à la démission de Kofi Annan ?

Honnêtement, je pense qu’il n’y aura pas d’accord. Je crois que la mission disparaitra au 19 août, je crois que c’est très clair. Les positions prises au plus haut niveau par certains Etats membres, de part et d’autre, font que je ne vois pas de scénario, sauf changement sur le terrain, qui permettrait le maintien de la mission. Ce qui veut dire que la mission, à mon avis, disparaitra le 19 août.

Q : Votre ministre des Affaires étrangères a déployé des efforts pour faire avancer les choses. Il ne va pas essayer de surmonter ces divergences de vues ?

Avec toute la modestie nécessaire, nous pensons que le Conseil peut être utile. Considérant le gouffre politique qui s’est révélé entre « deux membres du Conseil » et la « majorité du Conseil », nous essayons de travailler plutôt sur les questions humanitaires, et nous espérons pouvoir retrouver l’unité du Conseil sur ces questions. Mais il n’est pas nécessaire de réussir pour entreprendre. Nous verrons si nous parvenons à le faire. La détermination du ministre est très forte et je crois qu’il y aura une réunion ministérielle du Conseil avant la fin du mois.

Q : Est-ce que vous travaillez sur l’idée d’un successeur de M. Kofi Annan ?

Sur la démission de M. Annan et la nomination d’un successeur de M. Annan : il appartient au Secrétaire général en contact avec la Ligue arabe, puisque c’était un Envoyé spécial conjoint, de nommer éventuellement un successeur de M. Annan. Même si la situation est désespérée, même s’il n’y a pas de processus politique, je pense qu’il serait sans doute utile d’avoir un successeur pour M. Annan.

Q : Sur la déclaration à la presse concernant la RDC : il était question de l’extérieur ; Je ne sais pas si vous faites référence à un pays, (ou à plusieurs ?)

Je réponds en tant que président du Conseil de sécurité. Le langage de la déclaration présidentielle que j’ai lue, qui est un texte que nous avions diffusé lundi soir et qui a mis un certain temps à être approuvé, a évidemment buté sur la question de savoir si l’on allait citer nommément certains pays. L’expression que vous avez citée est le résultat d’un compromis délicat entre plusieurs positions pour savoir si on allait citer un, ou deux pays. C’est donc le résultat d’un compromis qui a été difficile à atteindre.

Sur la situation en RDC, je dis souvent que c’est sans doute, depuis les trois ans que j’assume ces fonctions, le sujet qui est pour moi moralement le plus tragique. Il y eu, nous le savons, des centaines de milliers de morts, et nous voyons éternellement tous les six mois, tous les ans, reprendre les souffrances, les combats. Cela donne l’impression d’une situation dont on n’arrivera jamais à trouver la solution. Je rappelle que depuis la reprise des combats, 200 000 personnes ont été déplacées. Le M23, comme la déclaration présidentielle le dit, a procédé à des enrôlements d’enfants. Des familles, des enfants s’abritent dans les forêts pour y échapper. De nouveaux des viols massifs ont eu lieu. Et il y a une impression d’impuissance. Il y a beaucoup d’activité diplomatique menée de manière bilatérale. Je crois que la MONUSCO fait aussi un travail très courageux. Elle a pris part aux combats pour essayer de protéger les civils. Il est facile de critiquer l’action des Nations Unies, mais comme vous le savez, il s’agit d’une surface qui doit être supérieure au territoire de l’Espagne, où il n’y a quasiment pas d’infrastructure et où nous avons une force qui est très réduite. 19 000 hommes sur un demi-million de km² ce n’est rien. Et la MONUSCO est allée au bout de son mandat. Il n’est pas habituel qu’une force de maintien de la paix participe activement à aux combats et elle l’a fait en utilisant notamment les hélicoptères lourds, en bloquant la route de Goma, et d’un point de vue diplomatique nous encourageons la RDC de parvenir à un accord. Il y a eu des rencontres entre les présidents Kagamé et Kabila. Il y a eu l’idée de création d’une force neutre. De nouvelles rencontres vont avoir lieu. Nous espérons de tout cœur parvenir à un résultat.

Q : Concernant le groupe d’experts sur la RDC, comment ont-ils été sélectionnés ?

Les Nations unies font de leur mieux pour recruter des experts, des erreurs peuvent être commises, c’est humain. Mais lorsque ces erreurs sont portées à la connaissance du Conseil, il faut éventuellement les examiner. Dans les deux cas que vous citez, autour de la table du Conseil, nous pensons que les conclusions du groupe d’experts sont relativement équilibrées.

En ce qui concerne le FDLR, c’est évidemment un groupe armé, qui s’est livré à des atrocités, donc c’est un groupe qu’il faut combattre. La MONUSCO aide d’ailleurs les Forces armées de la République Démocratique du Congo à le combattre. Il faut qu’il remette leurs armes. Et il faut naturellement qu’ils soient menés devant les tribunaux compétents, y compris éventuellement la Cour pénale internationale.

Q : La Syrie est inscrite à l’ordre du jour. Vous avez montré à maintes reprises que vous souhaitiez vraiment réguler les choses au Conseil de sécurité. Comment espérez-vous à ce point essayer de réguler la situation. Et en tant que diplomate chevronné, quelle est la hauteur du défi ?

En fait, si nous inscrivons la Syrie au programme de travail du Conseil de sécurité, ce n’est pas parce que nous avons décidé de le faire, c’est parce nous devons le faire. C’est prévu dans le cadre de la mise en œuvre de la résolution que nous avons approuvée la 2059. Comme vous le savez, nous devons, en vertu de cette résolution, voir comment la MISNUS met en œuvre son mandat, nous le verrons cet après midi. Nous devons nous pencher sur la question de l’échéance du mandat de la MISNUDS qui expire le 19 août. Par conséquent, la France doit inscrire cette question à l’ordre du jour comme le ferait la Russie.

Les divisions au sein du Conseil de sécurité sont vraiment très profondes, elles me semblent irréconciliables sur le plan politique. Comme je l’ai dit, même lors de la discussion du programme de travail ce matin, c’est un exercice de routine, mais nous avons tout de même eu des débats pendant une heure. Il s’agissait des deux pays, toujours les mêmes, contre la majorité. C’est tout ce que nous avons fait hormis certaines belles paroles diplomatiques sans importance.

Vous pouvez peut-être regarder la déclaration de mon homologue russe après le Conseil, vous pouvez la trouver sur UN TV, la chaine de télévision des Nations unies : c’est la même chose, c’était le même propos.

C’est la raison pour laquelle nous présentons une résolution à l’Assemblé générale. C’est la même chose qu’après le deuxième véto. Il y a eu une écrasante majorité, 137 voix contre. Nous espérons également que demain il y aura une majorité écrasante qui approuvera un texte fondé sur le texte qui a fait l’objet d’un véto par la Russie et la Chine pour envoyer un message.

Evidemment ce texte n’aura pas la même force, mais c’est un texte qui envoie le même message, à savoir que la communauté internationale veut vraiment agir et que la Russie et la Chine représentent une infime minorité qui bloque toutefois le Conseil de sécurité.

Encore une fois, je le dis et je le répète, face à cette incapacité d’action du Conseil, il y a un danger considérable de voir certains pays agir en dehors du Conseil. C’est quelque chose qui pourrait être dangereux. C’est la raison pour laquelle, à la fin du mois, nous essayerons de regrouper le Conseil autour de la question humanitaire. Il ne peut y avoir aucune dissension quant au fait que nous devrions apporter notre aide aux millions de Syriens qui souffrent.

J’ai dit que c’était bien un espoir parce que je doute qu’il soit très facile de le faire. Je peux déjà vous dire à l’avance quelles sont les objections qui seront avancées par les deux pays. Donc nous ferons de notre mieux pour avoir une réunion ministérielle d’ici la fin du mois.

Q : Vous avez décrit la situation au Conseil comme une situation de blocage, de positions irréconciliables. Vous avez dit que le Conseil de sécurité en ce moment est impuissant. Le Secrétaire général lui-même a décrit cette situation de blocage comme étant un obstacle à la diplomatie. Cette situation est très grave. Est-ce que vous et vos collègues au Conseil ne craignez pas que l’appui de la communauté internationale au Conseil, moral et financier, sera de plus en plus réduit ?

Comme je le disais, ce qui est grave, ce n’est pas tellement pour nos petites préoccupations du Conseil de sécurité. Ce qui est surtout grave, c’est pour les millions de Syriens, c’est ça le problème. Vous avez des millions de Syriens qui sont en train de souffrir, la ville d’Alep qui est sous les bombardements syriens. Vous avez surtout cette impression insupportable que la situation peut s’aggraver. Déjà la Croix-Rouge annonce officiellement qu’elle juge que c’est une guerre civile mais que ça ne va pas s’arrêter. Cela peut avoir des conséquences dans la région, notamment une pression sur le Liban. Je dois dire que la manière dont le Liban, les autorités libanaises, le peuple libanais, les partis politiques libanais, réagissent, c’est vraiment admirable, car ils sentent le danger, mais pour le moment ils réussissent à rester unis afin que la crise n’emporte pas leur propre pays.

Evidemment la crédibilité du Conseil est atteinte. De nouveau, même si je suis un diplomate et que je trouve que la crédibilité du Conseil est importante, ce qui est beaucoup plus important, c’est la situation du peuple syrien.

Q : N’estimez-vous pas qu’il y a une certaine contradiction dans les différents propos que vous avez tenus sur la Syrie, vous avez dit par exemple qu’il était dangereux que des pays agissent en dehors du Conseil, et vous avez dit par ailleurs qu’il y a une impasse, que les positions sont irréconciliables. Cela signifie que finalement sur le plan politique il n’y a pas d’autres solutions que d’agir en dehors du Conseil. Peut-être que quelque chose peut être fait sur le plan humanitaire, c’est là que le Conseil peut apporter une contribution plus modeste. Donc j’ai le sentiment qu’à ce stade on peut se demander quelles sont les autres options ?

Ce n’est pas une contradiction de dire que c’est à la fois inévitable et dangereux. Et les responsables, ce sont les deux pays qui ont opposé des vétos et qui ont empêché le Conseil de sécurité d’agir. C’est dangereux. Mais d’un point de vue politique pour le moment, on ne voit pas ce que l’on peut faire au Conseil de sécurité.

Alors nous, ce que nous allons essayer de faire c’est de travailler avec l’opposition syrienne, pour essayer d’avoir une opposition syrienne, à la fois unie et qui ait une plateforme commune afin que, le moment venu, cette opposition soit capable d’engager un dialogue politique si c’est possible. Mais c’est vrai que maintenant, la crise échappe très largement aux Nations unies. D’ailleurs elle a, sans doute, hélas, depuis le début, très largement échappé aux Nations unies.

Q : Sur la résolution de demain : après la démission de Kofi Annan la résolution dit « nous appuyons l’Envoyé spécial conjoint et son plan en six points », vous parlez maintenant d’activités humanitaires. Comment allez-vous faire face à ces nouveautés pour la résolution de demain ? Est-ce que le texte va beaucoup changer ? Quelle est votre position ?

Le texte a été préparé par le groupe arabe, ce n’est pas un secret de dire que nous avions, à un moment donné, exprimé certaines réserves par rapport à ce texte. C’est légitime que le groupe arabe présente son propre texte. Concernant l’Envoyé spécial conjoint - de nouveau, il peut y avoir un successeur à M. Annan - est-ce qu’il faut changer le texte ? Je dois vous avouer que je n’ai pas encore eu le temps de le relire et ce sera à nos amis arabes de changer le texte à la suite de la démission. Mais je ne sais pas, je n’en suis pas convaincu, il faudrait que je lise le texte pour savoir s’il y a des changements substantiels à lui apporter.

Nous allons voter demain à 10h et de nouveau j’espère que nous aurons une large majorité, la situation étant beaucoup plus délicate que la dernière fois car nous sommes au mois d’août et il y a beaucoup d’absents au sein de l’Assemblée générale. Cela peut peser sur les résultats.

Q : Je sais que le problème n’est apparu qu’il y a quelques heures, Monsieur le Président, mais avez-vous été vous-même en contact avec M. El Arabi ou Monsieur Ban Ki-moon ici à New York à propos de la nomination d’un successeur à M. Annan ? Selon vous, et à titre national, pensez-vous que quelqu’un devrait être nommé ?

Nous pensons qu’il n’y a rien de plus dangereux que le vide politique absolu et donc avoir un Envoyé spécial conjoint- car ce sont les Nations unies et la Ligue arabe qui sont en ligne - peut peut-être se révéler utile. Donc nous sommes favorables, à titre national, à la nomination d’un successeur à M. Annan. Quel sera ce successeur ? Il appartient à M. Annan de prendre contact avec M. El Arabi et ensuite il prendra contact avec nous. Des noms circulent et nous verrons sur quel nom s’arrête le choix de nos deux Secrétaires généraux.

Q : Sur la base de votre analyse du blocage au Conseil de sécurité, quelle est la position française pour appuyer l’opposition syrienne par des moyens militaires ? Confirmez-vous que la France va voter contre le renouvellement de la mission en Syrie ?

Comme mon pays l’a annoncé, il apporte un soutien politique à l’opposition syrienne. Nous travaillons avec d’autres pays, notamment la Turquie, à unifier l’opposition syrienne autour d’une plateforme démocratique qui garantisse les droits des minorités.

Par ailleurs, nous avons déjà annoncé que nous étions prêts à fournir des équipements non létaux, de communication notamment, à l’opposition syrienne. Mais à ce stade, les autorités françaises n’ont pas l’intention de livrer des armes à l’opposition syrienne.

En ce qui concerne le vote d’une résolution, je ne peux pas vous dire car je n’ai pas reçu d’instruction officielle de vote. Comme vous le savez, nous fonctionnons sur un système assez formel. Avant chaque résolution, je dois demander à mes autorités le vote. Mais la logique est de dire que la mission des Nations unies en Syrie avait deux fonctions. L’une était de contribuer à la diminution de la violence, l’autre était d’apporter son soutien au processus politique. Il n’y a pas de processus politique et la violence n’a jamais été aussi sérieuse. La sécurité des observateurs est en jeu. Pourquoi garder en Syrie des observateurs qui doivent rester dans leurs chambres d’hôtel 95% du temps ? Les gens n’ont pas assez souligné que, et c’est peut-être la première fois, les Nations unies ont envoyé leurs observateurs dans une zone de guerre. D’habitude, les forces des Nations unies sont appelées à mettre en œuvre un règlement de paix qui a été négocié entre les deux parties. Là, et il y a peut-être d’autres exemples, nous avons envoyé nos observateurs en plein milieu d’un affrontement et ils risquent leurs vies. Nous avons aussi la responsabilité, vis-à-vis des pays contributeurs de troupes, de la sécurité de ces soldats.

Si rien ne change d’ici le 19 août, il faudrait que l’on en tire les conséquences et qu’on mette un terme à la mission. Mais, de nouveau, j’aurai à demander mes instructions.

Q : Pourriez-vous nous dire avec plus de précisions les objectifs de cette réunion ministérielle en matière humanitaire ? A quels arguments adverses faisiez-vous référence auparavant ? Avez-vous déjà obtenu l’accord d’autres pays pour cette réunion ministérielle ?

Pour une réunion, nous n’avons pas d’accord à demander. Tout membre du Conseil de sécurité peut demander une réunion du Conseil. La réunion aura lieu si la France, la Russie ou l’Azerbaïdjan le demandent. Il y aura une réunion du Conseil si nous le demandons. Concernant le niveau, chacun se fait représenter au niveau où il le souhaite. Si la France veut être représentée au niveau de son ministre des Affaires étrangères, elle le peut. Les quatorze autres membres décideront s’ils veulent répondre à ce niveau en envoyant leur propre ministre. Dans toutes les réunions ministérielles que nous avons tenues, vous avez des ministres et des pays qui choisissent de ne pas envoyer de ministre, que ce soit pour des raisons de calendrier ou parce qu’ils considèrent que le sujet n’est pas assez important pour justifier la venue de leur ministre. De ce point de vue la réunion est décidée en principe : elle aura lieu.

Le problème c’est de faire en sorte qu’elle ait une utilité, notamment en matière d’accès humanitaire. Les organisations humanitaires n’ont pas d’accès aux populations syriennes. Il n’y a que le Croissant rouge syrien, qui fait un travail admirable, mais qui est submergé. Il faut donc essayer de voir si le Conseil de sécurité peut envoyer un message, sous une forme indéterminée, dans le sens de l’accès humanitaire. Le ministre est en contact avec ses collègues par téléphone, moi-même je suis en contact avec tous nos partenaires.

Le problème c’est, et nous l’avons déjà eu au moment des deux briefings de la Haut Commissaire aux droits de l’Homme, Mme Pillay, qui est venue nous décrire la situation, la volonté de la Russie à chaque fois de diluer le problème, de dire « pourquoi est-ce qu’on ne parle que de la Syrie, il faut parler de tous les sujets », ce qui est une manœuvre qui a comme seul objectif de détourner l’intention de la crise syrienne. Nous allons examiner le programme de cette réunion, la date, le programme… Dans l’esprit, nous ne voulons pas de nouvelle confrontation. C’est la raison pour laquelle nous sommes très prudents sur notre approche : je ne proclame rien aujourd’hui car je ne souhaite pas renouveler la confrontation à laquelle s’est heurté le Conseil de sécurité à plusieurs reprises.

Merci beaucoup.



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