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22 février 2014 - Syrie - Remarques à la presse de M. Gérard Araud, représentant permanent de la France auprès des Nations unies

(en français et en anglais)

Bonjour,

Les membres du Conseil de sécurité ont donc adopté à l’unanimité la résolution 2139 qui demande au régime syrien, et à l’opposition, de faciliter l’accès humanitaire aux populations civiles en Syrie.

Je ne reviendrai pas sur la gravité de la situation humanitaire. 3 millions de Syriens sont en situation de détresse humanitaire et près de la moitié de la population a dû quitter son logement. Cela parce que le régime s’attaque depuis le début du conflit aux civils, aux femmes et aux enfants, et qu’il utilise les armes lourdes, des missiles Scuds, des armes chimiques et maintenant des barils d’explosifs aux dépens de la population civile. Ce ne sont pas des armes pour vaincre une guerre mais pour tuer de manière indiscriminée des civils.

Dans ces conditions, on aurait pu penser qu’une résolution humanitaire serait facile à obtenir. Ça n’a pas été le cas.

Cette résolution, il a fallu la négocier âprement. La France a joué tout son rôle dans ces négociations. Certains défendent encore le régime d’Assad et sa barbarie. Il a fallu les convaincre qu’il n’était pas acceptable de bombarder des civils, affamer des populations et empêcher l’aide humanitaire de parvenir à ceux qui en ont besoin. Il a également fallu rappeler que même la guerre a des règles. La plus élémentaire d’entre elles est que les civils ne doivent pas être pris pour cible.

Cette négociation difficile a porté ses fruits. Nous aurions aimé avoir un texte beaucoup plus fort mais nous avons pensé qu’il était utile de voir se réunir tous les membres du Conseil de sécurité autour d’un texte qui, aussi insatisfaisant qu’il soit, porte quand même un message fort :

il faut cesser de bombarder les civils et d’utiliser des armes de terreur comme des barils explosifs. Il faut lever les sièges des villes qui conduisent à la famine des populations. Il faut autoriser des pauses humanitaires ainsi que l’accès de l’aide humanitaire à travers les frontières, et non pas la restreindre à un tout petit entonnoir, à Damas, contrôlé par le régime.

Maintenant cette résolution doit être mise en œuvre. Nous devons tout faire pour qu’elle ne reste pas lettre morte. Le régime, mais aussi l’opposition, devront appliquer sans délai les décisions du Conseil de sécurité.

Nous attendons donc le rapport détaillé sur l’application du texte que le Secrétaire général devra nous transmettre dans 30 jours. Il pourra nous dire si les sièges des villes énumérées dans la résolution ont été levés et si l’accès à travers les frontières a été autorisé comme le Conseil l’exige. Si ça n’est pas le cas, la France proposera au Conseil de sécurité de nouvelles mesures.

C’est donc un texte qui se veut opérationnel et concret, mais dont l’application dépend naturellement de la bonne volonté du régime syrien et de l’opposition.

Je vous remercie.

***

Q : A partir du moment où le texte dépend, vous le dites, de la bonne volonté du régime syrien, est-ce que vous en espérez réellement un impact concret sur le terrain ? Et que se passe-t-il pour les humanitaires de l’ONU si le texte n’est pas appliqué ? Quelle sera leur attitude sur le terrain, notamment pour la fourniture d’aide à travers les frontières ?

Comme ma collègue américaine vient de le dire, nous savons très bien que cette résolution ne va pas bouleverser du jour au lendemain l’attitude d’un régime qui ne cesse de tuer, de violer toutes les règles du droit humanitaire, et cela en un jour. C’est un premier pas. C’est la première fois que vous avez les quinze membres du Conseil de sécurité, et en particulier la Fédération de Russie, qui envoient un message au régime sur le thème « arrêtez d’utiliser les bombardements aériens et en particulier les barils d’explosifs, et acceptez l’aide à travers les frontières ». Très franchement, la France aurait voté le premier projet du Luxembourg, de l’Australie et de la Jordanie sans aucune hésitation. Nous avons dû accepter des compromis dans l’objectif d’obtenir l’unanimité des quinze membres. Dans trente jours, lorsque le rapport du Secrétaire général sera sur la table -et je partage vos doutes sur le fait que le régime mette en œuvre la résolution- la France proposera alors des mesures.

Q : Mr Ambassador, who is going to monitor the implementation of this resolution ? And when do you expect to see a real difference on the ground regarding the humanitarian situation in Syria ? Thank you.

It is up to the Secretary-general to prepare and present to the Council a report in thirty days. He will do it on the basis of his own assessment. I guess OCHA will also be a focus point to analyze the situation so that we see whether the resolution is implemented or not. As for the difference on the ground, as my Australian colleague told you, through the borders, we could provide humanitarian aid to more than one million people. When you look at the map of the humanitarian situation prepared by OCHA, you see on the Turkish and Iraqi borders that you can reach between one and two million inhabitants. If we could send aid through these borders, it would be a very quick relief.

Q : M. l’Ambassadeur, quelles sont vos attentes vis-à-vis du gouvernement syrien pour une meilleure mise en œuvre de la présente résolution, et éventuellement de ce qui pourra changer sur le terrain ?

Il suffit qu’il [Bachar al-Assad] mette en œuvre la résolution. C’est-à-dire qu’il arrête de bombarder les populations civiles, notamment avec des barils d’explosifs mais aussi avec des Scud, des bombes à sous-munitions ce qui est évidemment une violation du droit international. Il faudrait également qu’il autorise l’aide à travers les frontières. Il suffit qu’il mette en œuvre cette résolution, votée par la Fédération de Russie et donc certainement pas hostile au régime mais qui prend en compte la tragédie que connaît le pays. Merci beaucoup.

En savoir plus sur la Syrie.



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