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29 septembre 2009 - Conférence de presse aux Nations unies de M. Alain Joyandet, Secrétaire d’Etat chargé de la Coopération et de la Francophonie : Guinée, Côte d’Ivoire, Gabon, Libye, enfants-soldats

Avant mon intervention ce matin prévue au conseil de Sécurité concernant la situation en Côte d’Ivoire, j’ai évidemment, compte tenu de l’actualité, fait une brève intervention concernant les événements de Guinée Conakry. La France, évidemment, a condamné avec très grande fermeté ce qui s’est passé. La situation qui est estimée aujourd’hui nous indique qu’il y aurait vraisemblablement plus une centaine de morts, plusieurs centaines de blessés, des militaires ont tiré sur une foule de manifestants pacifiques, les témoins nous rapportent des atrocités absolument inacceptables.
Je crois qu’on est vraiment dans une atteinte aux droits de l’homme tout aussi inacceptable. La France est très indignée de ces exactions, et je vous rappelle simplement que le capitaine Camara, lors de ma visite en Guinée le 3 janvier dernier, avait pris trois engagements : mettre en place un gouvernement civil - majoritairement civil - ce qui a été fait ; convenir de dates pour organiser des élections, ce qui a été fait, et également s’engager à ne pas participer - lui-même ni les militaires - à ces différentes élections, présidentielles et suivantes. Depuis un certain nombre de semaines nous étions inquiets, voyant bien que les déclarations d’intention de janvier étaient de plus en plus remises en cause. Et c’est cette société civile, au fond, qui s’est mobilisée pour que ces engagements soient tenus, qui a payé le prix fort de cette réaction des militaires. Je connais bien cette société civile de Conakry, parce que j’y suis allé deux fois, longuement, et je les ai rencontrés également longuement. A cette occasion, j’ai pu constater à quel point ils étaient mobilisés pour redonner vie à la Guinée Conakry à travers un processus électoral auquel ils avaient l’intention de tous participer. Donc on est vraiment, je trouve, dans un gâchis, puisque la situation à Conakry aurait pu déboucher sur quelque chose de très positif pour ce pays. Hélas, nous sommes sans doute dans une période à très grand risque pour les jours à venir et les semaines à venir s’il n’y a pas des signes rapides qui sont donnés par les militaires et notamment le capitaine Camara.

La France a donc condamné très fermement ces événements et s’apprête à demander une réunion avec nos partenaires européens. Je crois aussi que l’Union africaine a réagi, la communauté internationale va donc tenter de se mobiliser pour essayer d’éviter que plus grave n’arrive à Conakry.

En ce qui concerne la Côte d’Ivoire, la France a réaffirmé sa confiance dans le processus électoral, mais en même temps, elle a exprimé quelques inquiétudes concernant le calendrier. Et elle souhaite vraiment que cette élection, transparente, libre, très ouverte, soit organisée dans les délais les plus brefs. Les Ivoiriens eux-mêmes ont indiqué que ce serait le 29 novembre. Nous espérons que cette date pourra être respectée même si un certain nombre de problèmes techniques, semble-t-il, existe encore pour que cette date du 29 novembre soit respectée. Nous avons réaffirmé, évidemment, tout notre soutien au facilitateur, le Président burkinabé, Président Compaoré, et puis à M. Choi qui, sur place, fait également un excellent travail. Je suis à votre disposition pour répondre à quelques questions.

Q : J’ai deux questions : n’était-ce pas, de la part du gouvernement français, faire preuve de naïveté de penser que quelqu’un comme Camara, qui prend le pouvoir par la force, même s’il vous fait des promesses va les tenir ? Ensuite, par rapport aux enfants soldats, en dépit des pressions exercées, non seulement sur les gouvernements mais sur les seigneurs de la guerre, qui promettent souvent de ne plus utiliser d’enfants-soldats, on ne voit pas vraiment d’amélioration. Et quand ils sont libérés, on ne sait jamais quoi en faire. Que préconisez-vous ?

Sur les enfants-soldats c’est une question particulièrement compliquée, c’est pourquoi nous allons en parler ici. On ne peut pas contester votre appréciation. C’est un phénomène qui existe, que nous combattons, et pour lequel nous cherchons de vrais remèdes, que nous n’avons pas encore trouvés.

Pour la question sur Dadis Camara, il a pris trois engagements publics, dès le 3 janvier, devant la France, devant moi-même, en présence des journalistes, y compris occidentaux. Premier engagement : mettre en place ce gouvernement civil, il l’a fait dans les 8 jours ; deuxième engagement, s’engager sur des élections, il l’a fait aussi très vite ; troisième engagement, ne pas participer. S’il n’y avait pas ces événements aussi tristes, je pourrais vous dire sous une forme anecdotique ce que, ce jour-là, Dadis Camara avait déclaré, devant les journalistes en question, et devant moi : " S’il me prenait l’idée de revenir sur mon engagement de ne pas être candidat à l’élection présidentielle, je vous demande - s’adressant à moi - je vous demande de faire en sorte qu’un mandat international soit lancé pour qu’on m’arrête, et qu’on m’empêche de faire cette folie. " Voilà ce qu’avait déclaré le 3 janvier le Président Camara. Bien évidemment, on n’est pas du tout dans ce contexte là, je vous dis simplement cela pour illustrer les engagements qu’il a pris, la sincérité qui était la sienne à ce moment-là, et il n’y avait pas de raison de ne pas lui faire confiance à ce moment-là. Mais depuis plusieurs mois, nous sommes évidemment inquiets.

- Q : Sur la Côte d’Ivoire : qui, d’après vous, est responsable des retards du processus électoral et qu’est-ce qui se passera si la date du 29 novembre n’est pas respectée ?

La date du 29 novembre est celle qui a été choisie par les autorités ivoiriennes. Je vous rappelle que c’est un décret en Conseil des ministres qui a été pris à la suite des recommandations de la Commission nationale électorale indépendante, qui avait elle-même dans un premier temps recommandé la date du 15 octobre. Donc, c’est une décision des Ivoiriens eux-mêmes. Ce n’est pas nous qui allons remettre en question cette date du 29 novembre. Pour l’instant, personne en Côte d’Ivoire, officiellement, n’a dit que ce ne serait pas le 29 novembre. Les observateurs constatent qu’il y a encore quelques problèmes techniques à régler. Il y eu une bonne nouvelle car il semble que les listes électorales provisoires soient prêtes, et qu’elles devraient être accessibles, pour les différentes formations politiques, dès le 1er ou 2 octobre, ce qui veut dire que le processus avance.

Et donc, je veux faire le lien entre la question de Madame tout à l’heure, sur l’éventuelle naïveté, ou de la France ou de la communauté internationale. A un moment donné on est bien obligé de faire confiance. Et donc, à ce stade, nous faisons confiance aux autorités politiques de Côte d’Ivoire pour que cette élection soit véritablement organisée. On nous oppose essentiellement, y compris Monsieur Choi - enfin on nous oppose, on nous signale - encore quelques problèmes techniques à régler : c’est la question des listes, c’est la question de la diffusion du matériel électoral, l’organisation des bureaux de vote... Aujourd’hui, il semble qu’il n’y ait plus d’obstacle politique à l’organisation de ces élections. C’est ce que nous disent aussi bien Monsieur Choi que le président burkinabé. Il ne s’agirait que de problèmes techniques qui subsistent encore et qui devraient être réglés dans les semaines à venir.


- Qu’est-ce qui se passera si cette date n’est pas respectée ?

Les Nations Unies ne soutiendront pas, c’est clair, la Côte d’Ivoire, avec 8000 personnes sur place, si la Côte d’Ivoire n’organise pas ces élections. Je pense qu’on est vraiment dans une phase où les choses doivent être irréversibles - c’est le terme qui a été employé par le Président Gbagbo devant l’Assemblée générale des Nations Unies. Alors entre ceux qui nous disent, évidemment, que nous sommes un peu naïfs puisqu’il y a quand même eu un certain nombre de reports - oui, plusieurs années - et puis ceux qui veulent quand même avoir confiance parce qu’il semble que nous soyons vraiment dans un processus irréversible, nous avons choisi de faire à nouveau confiance. Je pense que cette fois-ci, avec les Nations Unies, c’est quand même la dernière ligne droite, dans laquelle nous devons absolument être, dans l’intérêt de la Côte d’Ivoire d’ailleurs, si elle veut avoir le soutien de l’ensemble de la communauté internationale.

Q : Au Gabon, le Président Sarkozy avait félicité Ali Bongo. C’est toujours la même chose. Et par rapport aux installations de Total (inaudible)… ?

Au Gabon, nous nous réjouissons que la Constitution ait été parfaitement respectée. Depuis le décès de l’ancien Président, dès l’article 13 de la Constitution qui prévoit la mise en place d’un Président intérimaire à savoir le président du Sénat, en l’occurrence une présidente, qui a fait d’ailleurs un excellent travail, un gouvernement a été mis en place ; le candidat, Ali Bongo, a renoncé à son portefeuille dès le début de sa campagne officielle ; les observateurs sur place considèrent que le scrutin " n’a été entaché que de quelques faiblesses ou irrégularités " qui ne peuvent pas remettre en question la sincérité générale de ce scrutin ; une proclamation avec des résultats d’ailleurs, vous l’aurez notez, qui ne sont pas des résultats qui donnent 80 ou 90% des voix à un candidat, mais un peu plus de 40% au premier puis le deuxième et le troisième dans un étiage à peu près à 25% ; des recours qui sont formulés comme la constitution, là aussi, le prévoit ; la Cour constitutionnelle se prononcera dans les semaines à venir quand elle aura regardé ces recours ; bref, au Gabon, la situation institutionnelle est plutôt satisfaisante, et nous nous en réjouissons. Ca, c’est pour la question des institutions.

Vous avez prononcé le nom de " Total ". Je voudrais ramener les choses à leur juste proportion, car il y a souvent des caricatures, donc c’est bon de remettre les choses en place. Le pétrole du Gabon, ça représente 3% des approvisionnements de Total en pétrole dans le monde entier. Donc le Gabon n’est pas stratégiquement indispensable pour le groupe Total en ce qui concerne son approvisionnement.

Pour le reste, un commentaire personnel : je crois qu’après 40 ans de stabilité et de paix civile sous le règne de l’ancien Président, je crois que le nouveau Président, si la Cour constitutionnelle confirme son élection, ce sera un mandat de rupture. Même si c’est le fils du père, il devra conduire un mandat de rupture. Il y a une telle attente au Gabon - comme ailleurs d’ailleurs - je crois qu’en termes de gouvernance, de répartition des fruits, notamment, du pétrole, sur tous ces sujets, sur une nouvelle politique socio-économique, sur le développement, sur la lutte contre la pauvreté… Je crois vraiment que le nouveau Président aura à conduire une nouvelle politique pour construire sans doute un nouveau Gabon. Mais j’ai écouté ses déclarations, j’ai l’impression qu’il y a une volonté de modernisation de la vie politique au Gabon et de réorientation de cette politique, en tous cas c’est ce qu’il faut espérer. Pour nous, qui passons une bonne partie de notre temps et de notre action - quand je dis nous, c’est à dire au ministère des Affaires étrangères et plus spécialement au secrétariat d’Etat à la coopération, nous sommes évidemment particulièrement sensibles à ce que les politiques qui tendent à atteindre les Objectifs du Millénaire et à lutter contre la pauvreté soient mises en place d’abord par les Africains et que nous venions, nous, après, en soutien et en partenariat. Que nous ne le faisions pas à la place mais que ce soit d’abord les gouvernements des Etats africains qui soient volontaristes en la matière.

Q : La France va-t-elle demander que le Conseil de Sécurité prenne position, fasse une déclaration sur la Guinée ?

Vous savez qu’en la matière, il y a toujours des étapes à respecter même si je considère qu’en Guinée nous sommes dans une situation d’extrême urgence. Pourquoi on est dans une situation d’extrême urgence ? Parce que je pense que d’abord l’irrémédiable a été commis, je sais que le pire n’est jamais sûr, mais il pourrait y avoir pire. Je pense notamment à la situation dans laquelle se trouvent un certain nombre de leaders de l’opposition guinéenne. Je crois qu’il est absolument capital que ces leaders de l’opposition guinéenne soient protégés et qu’ils puissent sortir de ces événements dans la capacité qui est la leur de conduire leur action politique. Parce que si on allait au-delà, et que l’on porte atteinte à ces personnes, alors nous pourrions entrer dans une situation encore beaucoup plus tendue, et sans doute beaucoup plus risquée en Guinée. Je crois que des personnages - on ne va pas citer de noms - des personnages qui représentent véritablement quelque chose en Guinée, qui incarnent des grands courants politiques en Guinée, si ces personnes venaient à être soit inquiétées soit mises en cause dans leur intégrité physique par exemple, je pense que là, on pourrait avoir véritablement une situation d’insurrection dans ce pays, et je pense qu’il faut tout faire pour éviter ça et vraiment j’en appelle, la France en appelle, c’est pour ça aussi qu’il y aura une réunion qui sera provoquée avec nos amis européens - Bernard Kouchner l’a annoncé ce matin. On veut surtout, vraiment, faire une pression la plus forte possible pour qu’on s’arrête là dans l’escalade de la violence et de la répression. C’est la première chose. Deuxième chose, il faut d’abord que les organisations régionales africaines se saisissent de la situation. Je pense que la CEDEAO est en première ligne sur le sujet. Je ne vois pas comment, sauf si c’est la demande de la CEDEAO, je ne vois pas comment, compte tenu de la gravité de la situation, le sujet ne viendra pas devant les Nations Unies, mais, dans le cadre des procédures habituelles.

Q : Est-ce que vous pensez que Kadhafi reste toujours fréquentable comme vous l’avez dit, il y a quelques jours de cela, après son discours à l’Assemblée Générale des Nations Unies ?

Bon, tout dépend les références que l’on prend. Si on prend en référence l’année 2003, qui est l’année au cours de laquelle Kadhafi a renoncé officiellement au terrorisme, on peut dire que les choses vont dans le bon sens. Premier point. Deuxième point, si vous regardez la situation dans cette partie de l’Afrique, je pense à toute la bande du Sahel, ça commence en Mauritanie et ça se termine à l’Est. Je ne vois pas comment on pourra faire face au danger qui nous guette du terrorisme, Al-Qaïda, sa filiale, l’AQMI, le trafic en tous genres dans toute cette bande de l’Afrique, qui menace l’Afrique, mais qui menace aussi, je vous le rappelle, l’Europe, je ne vois pas comment nous pourrons faire face à cette situation si quelque part, les différents Etats de la région et les Européens n’ont pas une collaboration avec la Libye. Vous allez me dire que c’est de la Realpolitik, peut-être, mais en tous cas je pense que compte tenu du mouvement que la Libye a fait et des nécessités du moment en termes de sécurité, je pense que nous avons raison de rencontrer et de dialoguer avec Kadhafi.

Q. C’est là-dessus que vous répondez à la question ?

J’ai répondu à la question. Vous m’avez demandé si Monsieur Kadhafi était fréquentable, et je vous ai expliqué pourquoi la France le fréquentait. Qu’est-ce que vous voulez que je vous dise de plus ?

- Qu’est ce que vous inspire son discours à l’Assemblée Générale des Nations Unies ? Et le geste ? Déchirer la Charte ?

Il ne m’appartient pas de commenter le discours de M. Kadhafi aux Nations Unies. Je pense que je suis dans mon rôle, par contre, si j’essaye de vous expliquer quelle est l’attitude diplomatique de la France à l’égard du Président Kadhafi.

Q : Sur le Gabon : est-ce que vous attendez un changement du fils d’un président dont la famille est tellement corrompue et qui a contribué à l’appauvrissement du Gabon. Est-ce que vous attendez vraiment que son fils soit différent du père ?

D’abord une remarque générale. Pour moi, ce qui est le plus important, ce n’est pas tant que le fils succède au père, ce qu’il y a de plus important, c’est les conditions dans lesquelles le fils succède au père. Les conditions dans lesquelles, sur le plan institutionnel et démocratique, le fils succède au père, de l’avis de tous les observateurs internationaux, ces conditions institutionnelles sont des conditions qui sont tout à fait acceptables. Et je préfère, de loin, la situation institutionnelle du Gabon qu’un certain nombre d’autres situations institutionnelles d’autres Etats africains et même, permettez moi de vous dire, sur les cinq continents, parce qu’il ne faut pas toujours stigmatiser l’Afrique et les Etats africains, il y a beaucoup d’autres endroits - ça ne veut pas dire que ça nous console - mais il y a beaucoup d’autres endroits dans le monde entier dont on ne parle jamais, dans lesquelles les situations institutionnelles sont sans doute aussi difficiles qu’en Afrique. Donc, ne stigmatisons pas trop l’Afrique et en ce qui concerne le Gabon, pour moi, l’important, c’est que le fils succède à son père dans des conditions démocratiques normales. Il y a d’autres démocraties, proches des nôtres, où on a vu parfois le fils succéder au père - il me semble même qu’on est aujourd’hui dans un pays où ça a même dû arriver. Et donc l’important c’est quand même qu’il y ait des élections qui soient organisées, et qu’elles soient organisées sous la surveillance des autorités internationales et qu’elles soient acceptables.
Deuxième chose, pour répondre complètement à votre question, il y a beaucoup de cas, où le fils n’a pas forcément envie de faire la même chose que son père, voire même de faire totalement différemment. Il y a les générations qui sont différentes, il y a les époques qui sont différentes, il y a les attentes qui sont différentes. Au Gabon, quelque chose a été exceptionnel, c’est 40 ans de stabilité. Pour moi, les 40 ans du Gabon, ça a été 40 ans de stabilité institutionnelle. Je pense que ça a été quand même un exemple sur ce plan avec quand même très peu de mouvements, la paix civile. Et maintenant, il y a sans doute une autre page à écrire - beaucoup moins institutionnelle puisque les institutions viennent de démontrer qu’elles fonctionnent - l’autre page à écrire, c’est la page du développement, et c’est en cela, je crois, que le nouveau Président va porter une responsabilité majeure quant à sa capacité justement à porter une nouvelle politique pour assurer le développement. Mais oui, j’ai confiance, pas qu’au Gabon, j’ai confiance dans la nouvelle génération d’Africains pour qu’ils conduisent des politiques de développement./.






(Photo : UN Photo/Paulo Filgueiras)



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