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3 décembre 2013 - Conférence de presse de M. Gérard Araud, président du Conseil de sécurité, pour l’ouverture de la présidence française du Conseil de sécurité

M. Gérard Araud, président du Conseil de sécurité, présente à la presse le programme de travail du Conseil de sécurité pour le mois de décembre 2013.
New York - 3 décembre 2013 - Franceonu Photo / Martin Loper


Bonjour à tous,

Vous avez sans doute tous eu le programme de travail du Conseil de sécurité pour le mois de décembre.

Le premier sujet pour nous est la République centrafricaine. Je ne répèterai pas la gravité de la situation humanitaire, les efforts que la France mène depuis des mois, depuis le mois de juin, pour mobiliser la communauté internationale. Nous avons présenté un projet de résolution sur la base du rapport du Secrétaire général. Nous sommes en train de parvenir à un consensus sur le texte après d’intenses négociations. Nous devrions pouvoir adopter le projet de résolution d’ici jeudi. Il y a urgence à agir.

Cette résolution donnera notamment un mandat à la force de l’Union africaine, la MISCA, pour protéger les civils et stabiliser le pays. Elle créera un fond fiduciaire pour recueillir les contributions volontaires pour apporter un appui à la MISCA. Elle autorisera les forces françaises à soutenir la MISCA. Elle demandera au Secrétaire général un rapport d’ici trois mois pour la transformation éventuelle de la MISCA en une opération de maintien de paix des Nations unies si cela se révélait nécessaire à l’examen de la situation sur le terrain. Elle met en place une commission d ‘enquête sur les violations des droits de l’Homme. Elle met en place un embargo sur les armes. Enfin elle met en place un régime de sanctions individuelles.

La résolution devrait être adoptée je pense jeudi matin au plus tard.

Le deuxième sujet est la Syrie. Nous avons eu le briefing de Mme Amos, Secrétaire générale adjointe aux affaires humanitaires, ce matin. Là aussi, nous faisons face à une situation humanitaire tragique, sans doute la plus grave à laquelle le monde doit faire face depuis le génocide rwandais en 1994. Nous travaillons tous sur la base de la déclaration présidentielle du Conseil de sécurité adoptée il y a quelques semaines. C’est le seul texte que nous ayons.

Mme Amos nous a dit que quelques progrès avaient été accomplis mais qu’ils restaient extrêmement limités et qu’on était loin du compte. L’accès humanitaire est une priorité.

A la fin de la réunion, en tant que Président, j’ai fait une conclusion générale en disant que quelques soient nos divisions politiques, qui sont très fortes et qui subsistent, nous sommes tous d’accord sur la gravité de la situation humanitaire, sur la nécessité de mettre en œuvre la déclaration présidentielle, sur le fait que des progrès ont été accomplis mais qu’ils restent très largement insuffisants et que le Conseil devrait continuer à travailler avec Mme Amos, avec OCHA pour suivre la situation.

OCHA a créé un groupe qui se tient à Genève et qui réunit une vingtaine de pays intéressés. Des priorités ont été sélectionnées. Les membres de ce groupe agiront avec les parties avec lesquelles ils sont en relation pour essayer de progresser sur les domaines sélectionnés.

En ce qui concerne les armes chimiques, Mme Kaag, la Coordonnatrice spéciale de la mission conjointe ONU-OIAC, présentera son rapport demain après-midi. C’est un rapport mensuel qui est prévu par la résolution 2118. La Mission ne dispose que de moyens modestes, elle dépend donc largement des contributions des Etats membres. A cet égard, les Etats-Unis devraient apporter une large contribution puisque la destruction des armes chimiques pourrait avoir lieu sur un navire américain. Les Américains devraient également apporter des capacités de conditionnement sous la forme de containers. Nous sommes très reconnaissants aux Etats-Unis.

Il reste cependant beaucoup d’incertitudes sur la manière dont la destruction doit se passer. Mais le directeur général de l’OIAC - puisque c’est l’OIAC qui est en charge de cette question en première ligne- devrait apporter des précisions le 17 décembre sur la manière dont nous devrions à la fois transporter les composants d’arme chimique à travers la Syrie puis hors de Syrie et ensuite en ce qui concerne leur destruction.

Sur la Syrie également, nous attendons en principe à la mi-décembre le rapport final de la Commission Sellström sur l’usage d’armes chimiques au printemps et à l’été 2013 en Syrie. Lorsque le rapport nous parviendra nous organiserons une séance de consultations sur cette base.

Le troisième sujet est la protection des journalistes. Le 13 décembre nous organiserons conjointement avec le Guatemala une réunion officieuse « Arria » sur la question de la protection des journalistes. Nous le faisons sous le choc de la mort de deux journalistes, Mme Dupont et M. Verlon, le 2 novembre à proximité de Kidal au Mali.

L’Assemblée générale vient d’adopter une résolution sur cette question. A l’initiative de la France, le 2 novembre, jour de la mort des deux journalistes, a été symboliquement déclaré par l’Assemblée générale "Journée internationale pour mettre fin à l’impunité des crimes contre les journalistes". Ceci à la demande expresse de la France.

Avec la réunion que nous prévoyons le 13 décembre, il s’agit pour la France d’impliquer de nouveau le Conseil de sécurité sur cette question. Parmi les panélistes, nous aurons la Procureure de la Cour pénale internationales, Mme Fatou Bensouda, la Directrice générale de l’UNESCO, Mme Bokova -l’UNESCO joue un rôle important sur cette question- ,le Directeur général de Reporters sans frontières, ainsi que des journalistes.

La rencontre sera entièrement ouverte à la presse, vous êtes bien sûr invités à y participer. La France réfléchit également à l’adoption d’une déclaration à la presse du Conseil de sécurité sur cette question.

Quatrième sujet, le Sahel. Le 12 décembre le Secrétaire général des Nations unies présentera le résultat de la tournée qu’il a effectuée dans cette région. Il s’exprimera devant le Conseil avec le Président de la Banque mondiale, la Présidente de la Commission de l’Union africaine, et de représentants de l’Union européenne. Cette visite a permis de renforcer la mobilisation de la communauté internationale pour le développement du Sahel, la crise de sécurité qu’a subi ce pays a en partie également des causes liées à la crise économique et climatique que subit cette région.

Pour l’instant la France n’a pas d’objectif de production d’un texte mais un membre du Conseil de sécurité nous a fait savoir qu’il réfléchissait à cette question. Il se peut donc qu’il y ait un texte à l’issue de cette réunion.

Par ailleurs le 18 décembre, nous organisons une réunion consacrée au trafic de drogue au Sahel et en Afrique occidentale puisque toutes ces questions sont évidemment liées : le trafic de drogue en provenance d’Amérique latine mine la gouvernance, développe la criminalité organisée et entraîne le développement d’une corruption à large échelle à travers toute la région et même au-delà, menace la sécurité même du continent européen.

S’exprimeront à cette occasion le Secrétaire général, le directeur général de l’ONUDC et le représentant du Secrétaire général pour l’Afrique occidentale, M. Djinnit.

Au-delà de ces quatre priorités françaises, il y aura de multiples sujets : le renouvellement de la force des Nations unies au Golan, les mandats des juges du TPIY, le renouvellement du mandat du bureau de l’ONU en Afrique de l’Ouest, puis des réunions du Conseil sur la Libye (9 décembre), la Somalie, (10 décembre), le Mali (10 décembre), la République démocratique du Congo (11 décembre), le Soudan et CPI (11 décembre), l’Afghanistan (16 décembre) et le débat mensuel du Conseil sur le Moyen-Orient (16 décembre).

Enfin, nous tiendrons une réunion sur les activités de médiation. Ces réunions ont été inaugurées par nos collègues britanniques sous le nom de « Horizon scanning meetings ». Cette réunion sera consacrée à la dimension de prévention des conflits. Le Département des Affaires politiques a attiré notre attention sur le fait qu’ils font beaucoup de choses dans le domaine de la prévention des conflits et que ces activités ne sont pas portées à la connaissance du Conseil de sécurité. DPA nous présentera donc sur la base d’un certain nombre des cas spécifiques, par exemple Guinée Conakry, la manière dont les Nations unies se livrent à ces activités de médiation.

***

République centrafricaine

Q : Par rapport à la Centrafrique, vous disiez tout à l’heure que la résolution que vous vous apprêtez à adopter prévoira la transformation éventuelle de la force africaine en une opération de maintien de la paix si cela s’avérait nécessaire sur le terrain. Qu’est-ce qui peut s’avérer nécessaire à la transformation en une OMP, dans quelle mesure ce serait nécessaire, quels sont les éléments qui décideront de ça ?

La situation en République centrafricaine est évidemment très différente de celle du Mali. Au Mali nous faisons face à des terroristes et à des groupes armés. En République centrafricaine fondamentalement ce sont des voyous, d’ailleurs qui dès l’annonce de l’arrivée des Africains et des Français, sont en train de quitter Bangui avec leur butin.

Je crois que l’objectif central va être le rétablissement de l’ordre. A ce stade il est difficile de savoir si la Force africaine, avec le soutien des Français, sera capable de faire le travail. Donc nous avons demandé au Secrétaire général un rapport dans les trois mois. Ce rapport sera également un rapport sur la situation sur le terrain pour nous dire ce que pense le Secrétaire général de la situation sur le terrain.

De son côté le Conseil de sécurité aura son propre jugement. Le débat entre Forces africaines et forces des Nations unies est en partie artificiel, puisque de toute façon, dans l’immédiat, c’est la Force africaine qui est sur le terrain. Créer une force de maintien de la paix prend entre trois et six mois. Donc nous avons besoin de soutenir la Force africaine en tout état de cause.

Ensuite la transformation dépendra de la situation. Si la Force africaine fait le travail, il n’y aura pas besoin de force de maintien de la paix. Si la Force africaine ne peut pas faire le travail, alors nous passerons à une opération de maintien de la paix. Quand je dis que la Force africaine ne fait pas le travail, ce n’est pas un jugement qualitatif, c’est un vrai problème qui est un problème de financement. Un des grands avantages des forces de maintien de la paix de l’ONU c’est leur financement pérenne par le biais des contributions obligatoires. Quand nous avons une opération de maintien de la paix nous savons qu’elle sera financée par les Nations unies.

Dans le cas de la Force africaine, nous avons deux moyens de financement possibles : le paquet de type AMISOM - mais cela un membre du Conseil de sécurité refuse absolument que l’on duplique ce modèle. Il s’y était totalement opposé pour le Mali, il s’y oppose totalement pour la République centrafricaine. Donc il ne nous reste plus que le fonds fiduciaire (« trust fund »). Or nous savons par expérience que les fonds fiduciaires ne permettent pas ou sont souvent insuffisants pour permettre un financement pérenne parce qu’il y a des contributions qui arrivent et puis ensuite on en reste là. Ce sera donc une des questions que nous devrons examiner.

Puis il y a les effectifs, la Force africaine : c’est 4000 hommes. Une force de maintien de la paix pourrait être plus importante. Nous devrons juger la situation.

Q : L’opération « coup de balais » en République centrafricaine avec l’intervention déjà en cours des forces françaises et des forces africaines va, comme vous l’avez dit, conduire à faire s’égayer les milices rebelles dans la nature. Dans quelle mesure est-ce que les forces qui sont en train d’arriver vont avoir une action offensive pour poursuivre ces milices et dans quelle mesure la sécurisation des axes autour de la capitale va devenir, avec le temps, qui passe de plus en plus instable puisque ces milices peuvent revenir à tout moment dès qu’elles sentiront qu’il y a de la place ?

La question que nous devons nous poser est : quel va être le comportement de ces milices ? J’ai dit que c’étaient plutôt des groupes de petits voyous qui ont entre quinze et dix-huit ans et qui ont visiblement pris des substances.

Pour le moment, nous avons déjà 450 hommes sur le terrain et chaque fois qu’il y a eu une patrouille de l’armée française, ils se sont, comme vous le disiez égayés, ils n’ont absolument pas recherché l’affrontement. L’analyse que nous faisons est que ce ne sont pas des combattants.

L’objectif qui va être le nôtre va être en effet d’abord la sécurisation de Bangui, puis la sécurisation des axes routiers pour permettre l’accès humanitaire. Le problème est que dans un certain nombre de villes, ce que l’on nous dit, c’est que lorsque l’on roule à travers le pays, un grand nombre de villages sont abandonnés, la population s’est enfuie. Soit elle s’est enfuie dans la brousse, puisque la végétation le permet, soit elle s’est réfugiée dans les villes. Donc un certain nombre de villes sont devenues des sortes de vastes camps de réfugiés. Sécuriser les axes permettra aux organisations humanitaires d’aller dans ces villes, d’organiser les camps de réfugiés, d’apporter l’aide humanitaire.

Ensuite, quelle sera l’attitude de ces groupes, nous ne pouvons pas le prévoir. Vont-ils rentrer chez eux, vont-ils reprendre le travail, vont-ils se battre ? Nous n’en savons rien. Est-ce que la Force africaine sera suffisante pour faire face à ce problème- puisque l’objectif est évidemment, lorsque la Force africaine est pleinement opérationnelle, que les Français ne soient plus en première ligne. Ce sera la Force africaine qui fera le travail, nous sommes en soutien de la Force africaine. Nous verrons si la Force Africaine est suffisante, si elle a les moyens. Là se posera la question de l’éventuelle transformation en opération de maintien de la paix. Mais nous avons beaucoup de questions parce que nous ne savons pas finalement ce qui se passe vraiment dans ce pays, à part à Bangui.

Q : I want to ask about Central African Republic again. Are you on schedule for the adoption to take place on Thursday and have the concerns of certain powerful members of the Security Council regarding looking into a possible peacekeeping force been addressed ? And a question on Syria, the Sellström report keeps on getting pushed back, do you have any sense of why that is ?

En ce qui concerne la résolution, nous sommes parvenus ce matin à résoudre les dernières questions. Nous allons diffuser le texte sous procédure de silence pour cet après-midi. En tout cas, les derniers problèmes ne portaient pas sur la question que vous avez posée. Nous avons trouvé du langage qui à la fois permet au Secrétariat d’étudier et de préparer une éventuelle opération de maintien de la paix sans créer cette opération de maintien de la paix. C’était cela le débat. Nous sommes parvenus à un accord sur cette question.

En ce qui concerne le rapport Sellström, je pense que le problème est un problème technique car il fallait faire des analyses extrêmement pointues. Le Secrétariat nous a dit que le rapport serait diffusé le 13 décembre.

Q : On CAR, did the United stated express concern or resist the creation of a peacekeeping force on the basis of the difficulties with getting Congress to finance it ? And on Syria, does France favor a resolution that would compel Syria to cooperate provide greater humanitarian access or do you think the contact group is sufficient and is it yielding anything as the Saoudis and Iranians doing anything to help ?

En ce qui concerne l’opération de maintien de la paix, le texte de la résolution satisfait les Etats-Unis. Nous avons trouvé le bon équilibre : notre nécessité était de donner la base juridique au Secrétariat pour préparer une opération de maintien de la paix et notre contrainte était de la part des Etats-Unis de ne pas donner l’impression que cette opération de maintien de la paix était décidée. C’étaient les deux bornes de l’exercice. Nous avons trouvé quelque chose qui rentre dans ces deux bornes.

En ce qui concerne l’aide humanitaire à la Syrie et le besoin d’une résolution. Si une résolution est présentée, la France sera prête à la défendre. Cela étant, nous avons des messages très clairs de certains membres du Conseil disant qu’ils sont prêts à opposer un veto même à une résolution humanitaire. Ceci est un élément important. Certains membres du Conseil par ailleurs considèrent que déclencher une crise sur une résolution humanitaire pourrait porter atteinte à la tenue de la réunion de Genève II. Ces membres du Conseil préfèrent que le débat ne soit pas ouvert à ce stade sur une résolution humanitaire.

Pour l’heure, les deux pays au sein du Conseil qui portent le texte humanitaire, le Luxembourg et l’Australie, ne me paraissent pas déterminés à aller à une résolution humanitaire. Il reste le groupe arabe, puisque le groupe arabe avait décidé de présenter une résolution humanitaire. Mais je ne sais pas quelle sera la décision du groupe arabe. Si le groupe arabe présente un texte, la France le soutiendra.

*

Syrie

Q : Ma question concerne Genève II qui se tiendra le 22 janvier prochain, l’Ambassadeur de Syrie, M. Jaafari, vient de déclarer que l’Arabie saoudite, le Qatar et la Turquie font blocus contre Genève II. Quelles sont les attentes de la France en ce qui concerne la sortie de crise en Syrie et la mise en place d’un cessez-le-feu. Seriez-vous optimiste sur le prochain retour des réfugiés syriens du Liban, de la Jordanie et de la Turquie ?

S’il y a un mot que je n’utilise pas sur la crise syrienne c’est l’optimisme hélas. En ce qui concerne l’organisation de la conférence de Genève II, je vous laisse interroger l’Ambassadeur d’Arabie saoudite sur la position de l’Arabie saoudite.

L’objectif est d’avoir une réunion le 22 janvier mais auparavant il y a une échéance qui est la constitution d’une délégation de l’opposition. L’opposition est largement divisée. Au cœur de cette opposition, il y a la Coalition Nationale Syrienne, reconnue par plus de cent pays à la réunion de Marrakech de janvier 2013 comme étant représentante du peuple syrien. Mais il y a aussi d’autres organisations qui peuvent prétendre participer à la négociation. Il faut donc créer une sorte de délégation chapeau puisqu’il faut une délégation unique, tout le monde est d’accord. Il faut créer une délégation chapeau qui réunisse autour de la Coalition Nationale Syrienne d’autres groupes, par exemple les Kurdes.

Le travail qui est conduit à l’heure à l’actuelle par tous les pays, la France mais aussi la Russie, les Etats-Unis, et d’autres, et aussi l’Arabie saoudite parce que ce que nous disent nos amis saoudiens c’est qu’ils sont favorables à la tenue de la réunion de Genève II. Mais sur ce point adressez-vous à l’Ambassadeur de l’Arabie saoudite.

Donc tous ces pays sont en train d’essayer d’organiser une délégation de la coalition. Une fois que nous aurons cette délégation, nous aurons aussi besoin que le gouvernement dise qu’il est prêt à la mise en œuvre de la déclaration de Genève I. Je ne sais pas ce que dit M. Jaafari et cela m’est relativement indifférent, mais les autorités à Damas tous les deux jours nous disent qu’ils iront à Genève mais n’iront pas à Genève pour une transition politique. Hors la déclaration de Genève I dit très clairement « une transition politique avec la constitution d’une autorité de transition ayant tous les pouvoirs exécutifs. C’est ça Genève I.

Donc les obstacles que nous devons surmonter sont la constitution d’une délégation de l’opposition qui soit représentative, obtenir de la part du gouvernement de Damas qu’il endosse la déclaration de Genève I. Nous espérons de tout cœur qu’il y aura une réunion à Genève le 22 janvier mais les obstacles sont toujours là.

Q : You said before that Syria has to agree to Geneva I. Is that a condition for France to participate to Geneva II ?

Yes.

Q : So if Syria doesn’t retract what it said, which is “if you are looking for a change of government, forget about it”. If they don’t retract that, France will not be there ?

Ce n’est pas que la France dira « je n’y vais pas parce que la Syrie n’y va pas », c’est que tout simplement les autres participants n’iront pas. Il n’y a aucune raison pour que l’opposition aille à Genève si d’entrée de jeu le gouvernement syrien dit qu’il ne respecte pas Genève I et notamment qu’il n’accepte pas l’idée d’une autorité de transition avec pleins pouvoirs exécutifs, c’est une évidence. Si vous êtes un opposant, vous n’allez pas à Genève pour négocier. Négocier quoi ? Cela n’a pas beaucoup de sens. Il y a une base qui a été agréée par le Conseil de sécurité dans la résolution 2118. C’est sur cette base que nous devons travailler.

Cela porte d’ailleurs aussi sur tous les autres pays. Par exemple l’Iran n’a jamais accepté Genève I et chaque fois qu’on pose la question à l’Iran, on l’a posé 25 fois, ils se gardent de répondre précisément à cette question et donc nous pensons, la France pense qu’on ne peut pas aller à Genève II si on n’accepte pas la base de la négociation, base de négociation endossée par le Conseil de sécurité, négociée à l’origine par le P5 qui est Genève I.

Q : In your statement, when you had the outset of this press briefing, you said that in Syria, the genocide that is taking place is compared to what happened in Rwanda. Now what I’m saying is genocide that is taking place and the killing that is taking place in Syria, there are so many parties involved in that killing, you know that. How would you be able to identify all those parties which have perpetrated this crime against humanity ? How would you be able to do that and bring them to justice in ICC ?

Tout d’abord, je n’ai jamais comparé ce qui se passe en Syrie au génocide rwandais. Ce n’est pas un génocide. J’ai dit que c’est la crise humanitaire la plus grave depuis le génocide rwandais. Il n’y a aucune comparaison entre un acte de génocide, aussi atroce et horrible que le génocide rwandais, et ces activités de combat.

C’est une évidence que plus le temps passe, plus l’opposition se fragmente. Mais vous savez c’est ce qui arrive dans toute guerre civile. Dans toute guerre civile, il y a peu à peu un mouvement de fragmentation dans l’un des deux camps. Il devient donc en effet très difficile d’abord de pouvoir obtenir une délégation représentative de l’opposition, c’est un vrai défi. Ensuite même si des décisions sont prises, de les faire mettre en œuvre, c’est une évidence et tout le monde en est extrêmement conscient.

Il est évident que s’il y a un accord, les groupes liés à Al-Qaïda risquent de ne pas le mettre en œuvre. C’est la raison pour laquelle nous avons toujours tous travaillé à essayer d’unifier les groupes les plus modérés de l’opposition. La coalition nationale syrienne, soutenue par plus de cent pays à la conférence de Marrakech en 2013, a été reconnue comme étant la représentative du peuple syrien.

La France a tenu comme vous le savez un événement en marge de l’Assemblée générale qui a été l’événement où il y a eu le plus grand nombre de ministres qui ont participé : des dizaines de ministres européens, arabes, ont participé à cette réunion. Pourquoi le faisons-nous ? Pour essayer de donner justement à ces modérés de l’opposition le maximum d’influence et de puissance dans le débat intérieur syrien. D’ailleurs c’est ce que nous avons toujours dit à nos amis russes. Nous avons dit à la Russie : « Votre intérêt, vous russes, c’est de soutenir la Coalition Nationale Syrienne parce que ce sont les modérés de l’opposition ». Et si cette Coalition Nationale Syrienne échoue, et bien ce sera Al-Qaïda. Alors évidemment à Damas on préfère que l’ennemi soit Al-Qaïda que la Coalition Nationale Syrienne. Nous savons que le gouvernement syrien fait en sorte qu’Al-Qaïda soit puissant. C’est l’intérêt de Damas de dire que tous les gens en face d’eux sont des terroristes. Mais la réalité, si l’on veut un accord de paix, il faut que l’on ait un interlocuteur modéré. Cet interlocuteur modéré pour le moment, avec toutes ses limites que nous connaissons, c’est la Coalition Nationale Syrienne et c’est elle que nous essayons tous de renforcer.

Q : From everything you have said on Geneva II Conference and on the Syrian crisis, there seems to be a serious dissent. As the Ambassador of Syria said before, it’s not humanitarian but rather political. And regarding to that indeed, it also seems that the unification of the Syrian opposition, having all these arguments, including Al-Qaida and other radicals, it is mission impossible. Do you as France, as one of the major players in power, have any plan B if this Geneva II conference does not succeed ?

Le fait de dire que ce soit « politique » ou « humanitaire », il est évident que c’est humanitaire parce qu’il y a une crise politique. En général les gens qui disent c’est une crise politique et pas humanitaire, c’est parce qu’ils ne veulent pas faire d’efforts dans le domaine humanitaire. Il y a un autre pays qui dit la même chose au sein même du Conseil. C’est curieux d’ailleurs qu’ils disent la même chose. Soyons clairs, c’est à la fois une crise politique et une crise humanitaire. Vous ne pouvez pas dire que 9 millions et demi de Syriens qui ont besoin d’aide, ce n’est pas une crise humanitaire. Donc c’est un travail difficile. Vous pouvez trouver vingt raisons aujourd’hui pour dire qu’il n’y aura pas de Genève II mais il faut toujours essayer, c’est la seule solution pour le moment que nous ayons : tout faire pour qu’il y ait une réunion de Genève II, tout faire pour qu’il y ait une délégation unifiée et représentative de l’opposition, donc qui comprenne autour de la Coalition Nationale Syrienne des Kurdes mais aussi des représentants des groupes de combattants qui excluent naturellement les gens d’Al-Qaïda et du même acabit. La réunion est convoquée pour le 22 janvier. Pour le moment il n’est pas question d’un échec, il est question de tout faire pour réussir.

*

Mali

Q : About Mali, there was this incident that took place just before the week end, in Kidal, where now the MNLA has said they will no longer negotiate and have broken up the cease-fire. Have you got some kind of briefings in terms of what some people described as protesters being shot at by the Malian army while they were unarmed ?

Sur le Mali, dans toutes mes interventions au Conseil de sécurité et devant les journalistes, j’ai toujours répété que ce n’est pas la victoire des forces françaises ou l’arrivée des forces des Nations unies qui allait résoudre les problèmes au Mali. Nous allons avoir des problèmes, nous allons avoir des incidents.

Au Mali, la situation reste une situation difficile. Cela pour deux raisons. Tout d’abord, les groupes armés, les groupes terroristes n’ont pas été éradiqués. Quand vous avez plusieurs millions de km2 de désert, il est impossible de détruire les groupes terroristes. Donc les groupes terroristes sont là. Ils ont été affaiblis par l’armée française notamment. Mais ils sont là, ils se regroupent et nous devons attendre que ces groupes terroristes se livrent à des actes terroristes.

Deuxièmement, il y a toujours le problème politique des Touaregs. Cela fait 50 ans que ça dure dans le cadre du Mali indépendant. La population du Mali dans le sud considère que les Touaregs ont été responsables ou ont été complices de l’effondrement du pays il y a deux ans. Là aussi la question Touareg est une question extrêmement délicate et qui prendra du temps à résoudre. Donc nous aurons des incidents.

L’incident auquel nous avons assisté et qui est évidement extrêmement regrettable est l’arrivée à l’aéroport de Kidal d’une délégation ministérielle du Mali. Il y a eu une manifestation violente qui a mal tourné, des pierres ont été lancées contre la délégation du gouvernement malien, il y a eu des tirs. Comme chaque fois dans ce genre de situation, chaque partie accuse l’autre d’avoir tiré la première. Toujours est-il que deux manifestantes ont été blessées gravement.

Il faut qu’il y ait plusieurs enquêtes. Tout d’abord une enquête judiciaire malienne parce qu’il y a eu acte de violence. Et une enquête administrative, à la fois malienne pour savoir comment ça s’est passé, si les mesures de sécurité ont été bien prises mais aussi enquête de la part de la MINUSMA pour savoir si les précautions qui étaient nécessaires avaient été prises, sur ce qui s’est passé. Mais dans ce genre d’incident, chacun accuse l’autre d’être responsable de l’incident. Attendons les résultats des enquêtes.

Q : Par rapport à votre évaluation sur l’état actuel de déploiement de MINUSMA : dans le dernier rapport du Secrétaire général il y avait la perspective que la MINUSMA allait être entièrement opérationnelle vers la fin de l’année. Je voulais savoir votre évaluation sur la mise en œuvre du mandat de la résolution 2100 et aussi le calendrier pour le retrait de forces françaises.

Nous trouvons que le déploiement de la MINUSMA est un peu lent. En même temps c’est une conclusion que nous tirons pour tous les déploiements des forces en général des Nations unies parce qu’il est difficile de recruter des pays contributeurs. Donc le déploiement se fait à sa vitesse. Je crois qu’il est toujours très facile d’être critique, mais que s’est-il passé au Mali depuis l’arrivée de la MINUSMA ? Il y a quand même eu des élections présidentielles qui se sont tenues de manière remarquablement pacifique, il y a eu le premier tour des élections législatives qui s’est tenu de manière parfaitement pacifique, représentatif et démocratique. Il n’y a pas eu de violences, il n’y a pas de mise en cause des résultats et nous allons avoir le deuxième tour des élections.

Il n’y a pas eu d’incidents majeurs dans tout le sud du pays et je dirais même dans une ligne qui est au sud de Tombouctou et de Gao. Donc il y a une amélioration considérable de la situation.

La question qui reste, nous venons de le voir avec l’incident à Kidal, est évidemment le problème touareg, c’est-à-dire la ville de Kidal. La MINUSMA est présente à Kidal, les autorités maliennes font un retour, mais nous pensons qu’il est certainement nécessaire de renforcer encore et de déployer à la fois les forces maliennes et la MINUSMA dans cette partie du pays. En ce qui concerne les forces françaises, nous avons dit que nous n’avions pas de calendrier artificiel, nous n’allons pas partir sur la base d’un calendrier fixé à l’avance, nous partirons sur la base de la situation. Dans les circonstances actuelles nous ne voyons pas de raisons, après le deuxième tour des élections législatives dans quelques jours, de ne pas continuer le retrait de nos forces. Donc le niveau de nos forces continuera de diminuer. Mais comme nous l’avons toujours dit, il y aura un contingent résiduel français pour un certain temps au Mali qui sera aux environs d’un millier d’hommes.

*

Q : Vous avez souligné certains points qui sont prioritaires pour votre pays au sein du conseil. Parmi ces points figurent la protection des journalistes. Vous avez indiqué en même temps qu’il y aurait une réunion officieuse à ce sujet. Pourquoi, si c’est prioritaire, vous et vos collègues avez opté pour une séance officieuse au lieu d’avoir une séance officielle qui permettrait à la communauté internationale de suivre activement ces discussions ?

Il y a déjà eu une séance officielle du Conseil en juillet qui a été organisée par les Etats-Unis et qui a donné lieu à une résolution. La France aurait été favorable à une réunion officielle, mais un ensemble de pays n’en veulent pas, ils disent « on en a assez des journalistes, la résolution 1738, la résolution du mois de juillet, il n’y a aucune raison pour avoir une nouvelle réunion, il y a des dizaines de journalistes tués, ce n’est pas parce qu’il y a eu deux journalistes français, etc., etc. et » Deuxièmement, nous avons pensé également que en ce qui concerne le Conseil de sécurité le sujet des journalistes a été assez bien couvert par les textes. Nous avons des textes assez forts sur ce sujet. Donc nous avons étendu à l’Assemblée générale. Nous avons une résolution à l’Assemblée générale qui est importante parce que la résolution 1738 n’a pas très bonne presse au sein de l’Assemblée générale. Nous nous heurtons au sein de l’Assemblée générale à de fortes résistances. Nous ne pourrions pas faire voter la résolution 1738 par l’Assemblée générale. Donc nous avons poussé aussi nos efforts pour l’Assemblée générale.

Nous avons pensé également qu’une séance officieuse permettrait de faire parler aussi les journalistes, les ONG et Reporters sans Frontières. Cela n’avait pas été possible au mois de juillet donc c’est une manière d’avoir un débat un peu plus interactif. Nous avons aussi organisé une réunion comme ça sur la situation humanitaire en République centrafricaine. Je trouve que c’est un assez bon format pour la sensibilisation des Nations unies au-delà du Conseil de sécurité.

Q : On DRC, we had an important development for the UN early on today, for the first time we saw UN drones in the sky. I would like to ask you your view of this experimental, whether it could be expended elsewhere.

J’ai l’impression que vous les journalistes êtes assez archaïques. Les drones on en utilise des centaines. Dans le ciel de New York, il y a des drones en permanence, de la part de la police. Les services météorologiques, les services agricoles pour les récoltes utilisent des drones. Il y a à l’heure actuelle dans le ciel américain des milliers de drones qui volent. La surprise est que les Nations unies n’aient pas utilisé des drones avant. Je sais bien que l’administration Obama a un usage un peu particulier des drones. Le drone est un appareil pas très sophistiqué. Les enfants font voler des petits avions, ce sont des drones. Ce n’est pas très sophistiqué et cela permet de prendre des photos.

Il est évident que dans des zones comme la République démocratique du Congo, les Kivus représentent la surface de l’Espagne avec un demi million de km2, il y a très peu de routes. On peut se demander pourquoi personne ne l’a fait avant.

L’envoi en RDC est l’expérience, il faudra ensuite en discuter avec les Etats membres naturellement. Mais il y a d’autres missions qui disent déjà qu’elles auront besoin de drones, ce qui améliorera pour à la fois protéger les soldats, voir les menaces et pour assurer la protection des civils. Par exemple au Soudan du Sud, il y a très peu de routes pavées, une centaine de kilomètre dans tout le pays. Les drones permettront de mieux connaitre les menaces et donc de mieux assurer la protection des civils.

Je signale que le 19 décembre, la mission du Pakistan organise une journée de réflexion sur le maintien de la paix. Parmi les sujets que l’Ambassadeur du Pakistan veut soulever, il y a les nouvelles technologies. Soyons clairs nos bataillons en sont encore à 1945, ils font des patrouilles comme on en faisait en 1945. Beaucoup de choses ont changé d’un point de vue technologique qui devraient permettre à la fois d’être plus efficaces mais également éventuellement d’utiliser moins de soldats. La France et beaucoup de pays disent que les Nations unies doivent moderniser leur action. Elles le font sous le contrôle du Conseil de sécurité et de l’Assemblée générale via la cinquième commission.

Q : My question involves first of all the briefing listed for December 11 with Sudan and ICC, if you could elaborate on that. And there was a contentious at the Security Council meeting last month regarding the Kenyan request for referral of the ICC prosecution, I know it’s been taking back to the State Assembly, do you have any plan during your presidency to try to mend any relations with the African Union and specifically Kenya, in terms of issues that they raised at that meeting.

Je suis toujours favorable à regarder l’avenir. Le projet de résolution présenté par un certain nombre de pays africains n’était pas parrainé par tous les membres de l’Union africaine. Je vous rappelle qu’il n’y avait qu’un certain nombre de parrainages de la résolution.

Il faut regarder l’avenir et notamment les décisions très importantes prises par l’Assemblée des Etats parties. Ces décisions permettent par exemple à un Président d’être représenté par son avocat dans un procès. Il y a d’autres possibilités. L’Assemblée des Etats parties a vraiment pris des décisions très importantes. Nous espérons et continuons d’espérer que nos amis kényans examineront ces avancées et en concluront que cela répond à leurs besoins.

En ce qui concerne la présence de Mme Bensouda au Conseil de sécurité, c’est la mise en œuvre de la résolution 1593. Je vous rappelle que le Conseil de sécurité avait référé le Soudan à la Cour pénale internationale. Dans le paragraphe 8, la résolution dit « invite the procesutor to adress the Council within three months of the date of adoption of this resolution and every six months thereafter on actions taken pursuant to this resolution”. La réunion est donc une réunion de routine, il n’y a rien de nouveau de ce point de vue-là.

Q : Could you share with us your prospect of what the Security Council should do following the recent agreement on the Iranian nuclear program ?

On the Iranian nuclear issue, the only way the Security Council has handled the issue has been through three/ four resolutions of sanctions. I guess the issue will come back when there is an agreement between the six negotiators and Iran, when they reach an agreement saying that we have to dismantle our sanctions apparatus. But we have not reached this point. And before the UN sanctions you have a lot of national sanctions.

And the agreement reached said that there won’t be any new nuclear sanctions for the coming six months. So that’s the only point in the agreement with Iran. When the Iranians and the six come to us saying “you can lift the sanctions, or you can lift part of the sanctions”, the Security Council will act. But without this red flag, coming from the negotiators, we won’t move, there won’t be any new activity.



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