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7 décembre 2009 - Déclaration et conférence de presse du ministre des Affaires étrangères et européennes, Bernard Kouchner, à l’issue de sa rencontre avec le Secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon



Déclaration


Je félicite le secrétaire général pour son engagement et son leadership dans l’action contre le changement climatique. Son combat vient de loin et nous sommes maintenant un peu plus optimistes pour l’obtention d’une déclaration politique à la fin de la Conférence de Copenhague. La déclaration politique est très importante, bien sûr, ainsi que sa mise en œuvre au niveau du secrétaire général et de l’Organisation des Nations unies.

Cet entretien était également intéressant du point de vue des pays en voie de développement. Ils espèrent recevoir une aide spécifique pour leur développement après la Conférence de Copenhague. C’est un des objectifs prévus dans les Objectifs du Millénaire et il est associé au changement climatique.

Nous faisons face à ce fardeau supplémentaire et c’est la raison pour laquelle nous réfléchissons à des sources de financements innovants. Cette initiative a été lancée par la France et les 59 pays qui travaillent à cette contribution internationale de solidarité. Nous réfléchissons également au contrôle des émissions de carbone et à la création d’une organisation mondiale de l’Environnement.

Nous avons également évoqué d’autres questions en faisant un rapide et difficile tour d’horizon des sujets de politique internationale. Nous sommes en particulier préoccupés par le Soudan, l’Afghanistan et la Guinée.

J’aimerais vous remercier, Monsieur le Secrétaire général pour votre engagement et pour notre amical entretien. Je vous présente mes respects. Nous sommes fermement engagés avec le secrétaire général des Nations unies avant, pendant et sans doute après la Conférence de Copenhague : en assurant le financement du développement des pays pauvres et le suivi des engagements./.


Conférence de presse


Je viens de rencontrer le Secrétaire général et je l’ai félicité pour son implication et son combat sur le dossier du changement climatique. Nous allons maintenant à Copenhague. Souvenez-vous il y a deux mois, il y avait un véritable doute sur ce dossier et aujourd’hui on peut voir les prémices d’un succès. Espérons et nous verrons. Je crois que tout le monde, tous les pays, les chefs d’Etat et de gouvernement se rendent à Copenhague pour mettre en place d’abord une déclaration politique.

Mais ensuite, ce sera le rôle de l’ONU de mettre en œuvre, de contrôler et d’assurer le suivi de son application. C’est la raison pour laquelle j’ai évoqué avec le Secrétaire général notre proposition sur les financements innovants incluant précisément une contribution internationale de solidarité. Nous avons travaillé sur cette idée depuis la dernière Assemblée générale avec 59 pays et un groupe de 9 experts internationaux issus du monde bancaire, économique et politique qui ont rendu un rapport au début de l’année. De nombreuses pistes ont été explorées et le résultat des travaux sera prochainement transmis. Notre idée actuellement, qui n’a pas à ce stade été acceptée, certaines personnes parlent de l’ancienne taxe Tobin - ce qui n’est pas le cas - s’appuie sur une contribution générale sur l’ensemble des mouvements financiers, une contribution d’environ 0,005%, ce qui permettrait d’alimenter les fonds pour les Objectifs du Millénaire. En effet, dans l’institution où nous nous trouvons en ce moment, nous parlons des Objectifs du Millénaire proposés en 2000 qui ne sont pas atteints par manque de moyens. A ces objectifs s’ajoute la question du changement climatique, mais les objectifs restent les mêmes : santé, éducation, développement.

C’était un premier sujet et le Secrétaire général a manifesté son accord avec ces perspectives et j’espère que cela sera mentionné dans le texte final de Copenhague. J’ai rappelé qu’une conférence sur les financements innovants s’était tenue à Paris au mois d’octobre réunissant 13 des 59 pays les plus actifs sur les sujets ainsi que le groupe des 9 experts.

Deuxième point, nous avons évoqué l’idée d’instaurer une organisation mondiale de l’Environnement, non pas une importante et nouvelle organisation, mais une organisation dédiée précisément au contrôle des émissions de carbone. Tous les pays, de la Chine aux Etats-Unis, de l’Europe à l’Asie ont proposé de réduire leurs émissions, il reviendrait donc aux Nations unies de suivre et gérer cette question. Nous avons, naturellement, évoqué d’autres dossiers importants tels que l’Afghanistan, le Soudan, la Guinée…

J’essaie de résumer au mieux cet intéressant et amical entretien que j’ai eu avec le Secrétaire général. Je lui ai rappelé le soutien de la France et je lui ai transmis l’amitié du président Sarkozy.

Q - Les 10 milliards de dollars US dont vous parlez, c’est un vrai chiffre et ce chiffre sera-t-il amené à augmenter avant le 18 décembre ?

R - 10 milliards de dollars ? Plusieurs chiffres circulent. J’ignore le montant exact mais 1 milliard de dollars US proviendrait de l’Union européenne. Avec l’idée d’une contribution internationale de solidarité - soit 0,005% des transactions financières -, cela constituerait environ 30 à 40 milliards d’euros. Mais c’est au groupe que revient la décision de proposer un autre pourcentage ou de le doubler. Je ne peux pas avancer officiellement un chiffre. Mais nous sommes conscients que les pays en voie de développement font face à des difficultés quotidiennes. On ne peut pas leur demander, alors qu’ils souffrent de la famine, de contrôler leurs émissions de CO2, ils ont besoin de bois pour manger, or ils n’ont même pas de quoi manger. Le point le plus important de la conférence de Copenhague, en dehors de la question cruciale et centrale du changement climatique, est de savoir comment contrôler et rééquilibrer, plus justement, les difficultés de la vie quotidienne et les grandes différences entre les pays les plus riches et les pays les plus pauvres. C’est très délicat, si nous parlions de la seule production d’énergie en Afrique, nous reculerions par rapport aux Objectifs du Millénaire. Avons-nous atteint ces objectifs ? Non. Nous faisons face à un défi, celui de sauver la planète et il s’agit de sauver les plus vulnérables.

Q - Pensez-vous que la révélation de courriers électroniques minimisant les preuves sur le changement climatique puisse affecter le sommet de Copenhague ? Ma deuxième question concerne la position de la France en Afghanistan. Pensez-vous qu’il y aura un renforcement du contingent français après la Conférence internationale de janvier ?

R - S’agissant de votre première question, ce que je peux vous dire c’est que nous faisons face tous ensemble à la recherche d’une nouvelle voie. Or, comme vous le savez, l’Afrique, certaines régions d’Asie ne sont pas confrontées aux mêmes problèmes que les pays les plus riches. C’est ici que réside la clé, il ne s’agit pas seulement d’insuffler la confiance à ces populations, mais d’être à leur côté, parce que nous avons le monde en partage, et que nous devons réussir à équilibrer la responsabilité de chacun. Comment partager ce monde que nous avons en commun de façon plus juste et plus équilibrée ? Concernant votre deuxième question sur l’Afghanistan. Comme vous le savez, nous soutenons l’excellent discours du président Obama. Nous ne retirerons pas nos troupes. Nous poursuivrons la même ligne, nous avons une mission, celle de contrôler deux vallées, Kapisa et Surobi. Nous verrons s’il y a un changement de stratégie dans cette mission. Selon nous, ce n’est pas seulement une question de nombre de soldats mais un problème de missions. Pour le moment, alors que nous avons en septembre dernier renforcer notre contingent sur place, nous n’enverrons pas davantage de soldats parce que notre mission demeure la même - nous avons suffisamment de soldats sur place pour la mener. Mais bien sûr, après nous aviserons.

Q - Je me demandais si vous pouviez nous dire quels sont les obstacles principaux, ceux qui s’opposent à cette taxe sur les transactions financières ? Les banques et les grands groupes financiers y sont-ils opposés ? Et quelle est l’opposition à la création d’une organisation mondiale de l’Environnement ?

R - Concernant votre première question, et si je peux me permettre, toutes les personnes dites libérales sont plus ou moins réticentes. Pour le reste, il n’y a pas de véritable obstacle. Et tout le monde devrait accepter cette contribution. Croyez-moi, on la mettra en place, j’ignore quand mais je sais que nous devons rééquilibrer les responsabilités et les souffrances de chacun. Ce sera fait et si cela se fait pendant la conférence de Copenhague, ce sera une très grande avancée. Je n’ai pas à convaincre les personnes ici et je n’ai pas eu à convaincre le Secrétaire général Ban Ki-moon, il était déjà convaincu. Nous avons commencé à transmettre les résultats de nos calculs et de nos travaux dès le mois de septembre.

S’agissant de l’idée d’une organisation mondiale de l’Environnement, je crois qu’elle sera développée avant la Conférence Rio+20. Bien évidemment nous avons besoin de résultats et pas seulement de négociations, même si les négociations sont importantes pour obtenir des résultats.

Q - S’agissant de Copenhague, comment pouvez-vous conclure un accord sans qu’il soit juridiquement contraignant ? Deuxièmement, à propos du communiqué du sommet européen sur la question palestinienne, nous avons entendu certaines polémiques sur l’appellation, notamment de Jérusalem Est, capitale de l’Etat palestinien, ou de Jérusalem, capitale des deux pays. Est-ce que la France considère Jérusalem comme un territoire occupé ?

R - Ma position est exactement la même que celle du président Sarkozy lors de ses discours à la Knesset et à Ramallah, les mêmes mots : Jérusalem, capitale de deux Etats.

Q - Certes, mais ma question concerne Jérusalem Est.

R - Mais j’ai répondu à votre question. Ma position, la position française est claire : Jérusalem, capitale de deux Etats. Il y a bien sûr des difficultés et il serait bien de pouvoir obtenir un consensus à Bruxelles. Tout ce que je sais c’est que la position française est claire ! S’agissant de votre première question, nous n’établirons pas un document juridiquement contraignant à Copenhague, mais après oui. Certains Etats n’avaient pas pris part au Traité de Kyoto, alors que d’autres oui, or ces derniers ont été contraints de suivre les engagements du Traité de Kyoto et pas les autres ! Comment voulez-vous négocier dans une telle situation de déséquilibre ? Conclure un accord c’est un slogan, faire un accord c’est une lourde responsabilité politique.

Merci beaucoup./.





(UN Photo/Eskinder Debebe)



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