Twitter Facebook Flickr Youtube RSS Share

5 octobre 2010 - 65ème AGNU - Première Commission - Intervention de M. Eric Danon, Ambassadeur, représentant permanent de la France à la conférence du désarmement

Monsieur le Président,

Chers Collègues,

Mesdames et Messieurs,


Mon pays reprend bien sûr à son compte le discours prononcé hier au nom de l’Union Européenne. Je souhaite y ajouter quelques réflexions à titre national.

I/ 1/ Comme d’autres, nous nous sommes réjouis des succès importants enregistrés depuis les douze derniers mois : la conclusion de l’accord New START, la Conférence d’examen du TNP, le Sommet sur la sécurité nucléaire, le premier PrepCom du Traité sur le Commerce des Armes, l’entrée en vigueur de la CASM. Bref, toutes les instances concernées par le désarmement et la non prolifération ont permis des avancées importantes, à l’exception notable de la Conférence du Désarmement. Pourtant, nous avons été, en mai 2009, très proches d’un redémarrage de ce forum avec l’adoption d’un nouveau programme de travail prévoyant notamment l’ouverture de la négociation d’un traité " cut-off " interdisant la production de matières fissiles à des fins d’armes nucléaires. Nous partageons les légitimes frustrations des uns et des autres nées du blocage de la CD. Nous devons réfléchir ensemble aux causes réelles de ce dernier et, comme l’Union Européenne, faire des propositions constructives pour sortir de l’impasse. La rencontre de haut niveau du 24 septembre dernier, dont nous remercions encore le Secrétaire Général d’avoir pris l’initiative, a eu le mérite de clarifier le débat. L’arrêt des travaux de la CD a pour origine des antagonismes de nature politique. Des améliorations de procédure ne suffiront pas à débloquer ce forum. Surtout, nous devons d’abord, ensemble, insister auprès des pays qui pensent tirer avantage de ce blocage, qu’ils vont désormais à contresens de l’histoire.

2/ La question nucléaire ne doit évidemment pas occulter les autres négociations multilatérales de désarmement. La mobilisation demeure nécessaire dans tous les domaines : biologique, chimique, conventionnel, prolifération balistique ou espace. Il s’agit non seulement d’améliorer la sécurité internationale mais aussi d’empêcher que le désarmement nucléaire ne puisse être compensé par une nouvelle course aux armements dans ces domaines. Trois négociations ont abouti depuis une quinzaine d’années et la France s’en félicite d’autant plus qu’elle y a pris une part active. La convention d’Ottawa sur les mines antipersonnel, le protocole sur les restes explosifs de guerre, la convention d’Oslo sur les armes à sous-munitions ont au demeurant un point commun : elles concernent les armes conventionnelles qui ne sont pas déterminantes pour l’issue des conflits mais entraînent les dommages humanitaires les plus considérables pour les populations. Il faut y voir l’influence bénéfique et la capacité de mobilisation de la société civile, dont la place dans le dispositif multilatéral doit être encore renforcée. Enfin nous nous félicitons de l’ouverture réussie, en juillet dernier ici même, des travaux préparatoires à l’adoption d’un Traité sur le Commerce des Armes. Certes, il ne s’agira pas de désarmement mais de régulation. Cependant, le fait que l’ONU débatte enfin, de façon constructive, de ce sujet éminemment sensible montre, là encore, une amélioration du climat international et l’émergence de préoccupations fortes de protection des populations.

II/ Monsieur le Président,

J’en viens aux actions que la France compte mener dans les mois qui viennent.

1/ Notre feuille de route, dans le domaine nucléaire, est désormais le document adopté par consensus à l’issue de la dernière Conférence d’examen du TNP. Le succès de celle-ci a montré que, pour la première fois, la communauté internationale était prête à se saisir de la question nucléaire de façon globale et équilibrée. Faisons en sorte que chaque Etat Partie remplisse la part qui lui revient des plans d’actions adoptés ; nous aurons alors collectivement progressé vers un monde plus sûr. En ce sens, comme vous le savez, nous avons invité à Paris en 2011 nos partenaires du P5 pour la première réunion de suivi de la Conférence d’examen. Cette démarche illustre la volonté des Etats dotés de poursuivre la mise en œuvre d’actions concrètes destinées à assurer le plein respect de leurs engagements à l’égard du Traité. La réunion s’inscrira aussi dans la logique de transparence établie par le Président de la République, M. Sarkozy, à Cherbourg en mars 2008 et concrétisée il y a un an à Londres entre partenaires du P5.

2/ A titre national, la France portera dans tous les forums - y compris au G8 dont nous allons assurer la présidence l’an prochain - un effort particulier sur la réduction du plus grand danger qui guette notre planète aujourd’hui, à savoir la prolifération nucléaire, comme le montre les crises actuelles de prolifération, très singulièrement en Iran et en Corée du Nord. Le renforcement du régime de non prolifération est pour nous une priorité absolue, avec notamment le renforcement des garanties de l’AIEA, la généralisation du Protocole Additionnel, l’entrée en vigueur du Traité d’Interdiction Complète des Essais nucléaires et l’ouverture de la négociation de la négociation d’un Traité " cut-off ". Je rappelle que nous souhaitons que la négociation du " cut-off " soit menée à la CD dont c’est la vocation.

3/ Enfin, un des volets les plus importants dont nous aurons à traiter dans les prochains mois concerne la mise en œuvre de la résolution de 1995 sur le Moyen Orient. Là encore, la Conférence d’examen du TNP a permis une avancée importante. La France prendra toute sa place dans la mise en œuvre du document adopté en mai dernier, avec l’espoir réel, même s’il est fragile, que la Conférence prévue en 2012 pourra se réunir dans les meilleures conditions, avec tous les acteurs concernés autour de la table.

III. Monsieur le Président,

J’en viens, pour finir, à notre rôle durant cette session de notre Commission. La France va présenter cette année trois résolutions.

1/ Le Code de Conduite de La Haye, qui réunit à ce jour 131 Etats signataires, constitue l’un des rares instruments multilatéraux de lutte contre la prolifération des missiles balistiques. Il contribue, par ses mesures de confiance et de transparence, au renforcement de la sécurité internationale et régionale. A l’origine de cette initiative, la France est engagée à promouvoir l’universalisation du HCOC ainsi que sa mise en œuvre concrète. Elle a fait de ce double objectif l’axe privilégié de sa présidence, jusqu’en mai 2011. Mandatée par les Etats membres, en sa qualité de présidente en exercice, la France soumettra ce projet de résolution, qui fait déjà l’objet du co-parrainage de ses partenaires européens.

2/ Il est important, dans le prolongement du sommet de Washington sur la sécurité nucléaire, de maintenir l’attention de la communauté internationale sur la prévention de l’acquisition par des terroristes de sources radioactives. Afin de marquer l’intérêt et le rôle de l’Union européenne dans ce domaine, l’Allemagne et la France ont choisi de présenter ensemble une version actualisée du texte introduit pour la première fois à l’AGNU en 2005. Rappelant le rôle central joué par l’AIEA dans le domaine de la sureté et de la sécurité des sources radioactives, ce projet tient compte des initiatives récentes conduites dans ce domaine ; il fait également valoir la nécessité d’un renforcement des mesures nationales de prévention et de contrôle de ce risque et l’intérêt que présente, dans cette perspective, le développement des efforts collectifs, notamment dans le cadre des partenariats existants, comme le G8 ou le GICNT.

3/ L’Institut des Nations Unies pour la Recherche sur le Désarmement célèbre cette année son 30ème anniversaire. Institut autonome, il occupe une place unique au sein du système des Nations unies, contribuant par la qualité et l’indépendance de ses travaux à nourrir la réflexion et l’analyse des Etats membres. Ses publications sont une source significative de diffusion et de valorisation des connaissances dans le domaine du désarmement et de la non prolifération. Au moment où la communauté internationale réfléchit aux moyens de renforcer l’efficacité des instances multilatérales de désarmement, la France souhaite souligner l’importance d’un engagement continu en faveur de l’UNIDIR en vue de préserver la qualité de son expertise comme son rôle d’impulsion.

* * *

Monsieur le Président, chers Collègues, telles sont quelques unes des réflexions dont je tenais à vous faire part ainsi que les actions que la France compte mener, contribution pour progresser vers un monde plus sûr et vers cette gouvernance mondiale axée sur la paix et sur la sécurité de tous que mon pays appelle de ses vœux.



Bookmark and Share
Bookmark and Share
Rss
Organisation des Nations Unies Présidence de la République France Diplomatie La France à l'Office des Nations Unies à Genève Union Européenne Première réunion de l'ONU