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9 juin 2011 - Assemblée générale - Sida - Intervention du Pr Patrice Debré, ambassadeur chargé de la lutte contre le VIH/Sida

Monsieur le Président,

Excellences, chefs d’Etat et de gouvernement,

Mesdames et Messieurs les ministres,

Ambassadeurs et représentants permanents,

Honorables délégués,

La France se devait de répondre présente à ce rendez-vous exceptionnel.

Depuis la découverte du virus du sida il y a 30 ans, nous avons parcouru un chemin considérable.

La lutte contre le VIH/SIDA est l’illustration d’une mobilisation exemplaire de toutes les composantes de la communauté internationale : Etats, ONG, communauté scientifique, associations de malades, secteur privé.

L’approche adoptée pour lutter contre l’épidémie s’est révélée inédite. Pour la première fois, nous avons appris à écouter les malades et les groupes affectés et à les associer à la définition des programmes.

Il fallut imaginer de nouveaux partenariats, notamment publics/privés, tels que le Fonds Mondial ou UNITAID. Il y a dix ans, beaucoup pensaient que l’accès aux traitements, parce que trop cher, n’était pas la solution. Pourtant nous y avons cru et c’est au sommet du G8 de Gleaneagles que nous nous sommes engagés en faveur de l’accès universel aux traitements.

A côté des financements, il a également fallu agir sur les mentalités. Le rôle des ONG et des associations de malades a été déterminant et c’est pour cela que nous continuons de défendre leur rôle et leur droit de se faire entendre.

Tous ces progrès sont porteurs d’espoir.

Mais nous ne devons pas nous arrêter en chemin. Le SGNU l’a dit : la lutte contre le sida est dans une phase décisive. Nous ne devons pas ralentir la lutte, au risque de voir nos acquis anéantis. Bien au contraire, il faut continuer d’aller de l’avant, lancer une nouvelle dynamique.

Pour une personne mise sous traitement, deux nouvelles personnes sont infectées. L’épidémie continue de progresser et nous ne parvenons pas encore à la rattraper. Malgré les campagnes d’information, le virus continue de se transmettre, en particulier chez les jeunes.

Comment peut-on le permettre alors qu’on connait bien aujourd’hui les modes de transmission ?

La prévention est essentielle. Pour la première fois dans l’histoire de la lutte contre le VIH/sida, l’état des connaissances scientifiques actuelles permet d’envisager un monde sans nouvelle infection d’ici 20 à 30 ans. Ce monde sans nouvelle infection doit être notre objectif, au même titre que celui de l’accès de tous les malades aux traitements. On peut espérer pouvoir atteindre l’objectif du " zéro infection ". Mais pour cela, de nombreux progrès restent encore à réaliser, en particulier à l’égard des groupes vulnérables.

Parmi ces groupes vulnérables, on oublie souvent les femmes et les adolescentes qui sont les premières touchées par l’épidémie. Il est crucial que leurs droits sexuels et reproductifs soient garantis. Celles-ci doivent pouvoir avoir accéder à l’information et à des services de santé intégrés et adaptés à leurs besoins. Elles doivent pouvoir disposer librement de leur corps, et avoir le libre choix de leur vie sexuelle et conjugale.

Il est difficile de tenter de citer toutes les populations vulnérables sans en omettre certaines. Mais je voudrais nommer ici les usagers de drogue, les prostituées, les migrants, les prisonniers, les handicapés. Ceux-ci n’ont souvent pas accès à l’information et sont souvent laissés de côté par les programmes de santé. Je voudrais également insister sur l’importance des politiques de réduction des risques, en particulier à l’égard les usagers de drogues.

Sans parler des hommes qui ont des rapports sexuels avec d’autres hommes et des transexuels, qui sont certainement les groupes qui souffrent le plus des discriminations et stigmatisations, et trop souvent absents des politiques de lutte contre le VIH/SIDA. A ce titre nous réitérons notre appel à la dépénalisation de l’homosexualité.

Nous espérons que la Déclaration qui sera adoptée à la clôture de cette Assemblée représentera un progrès important à l’égard de tous ces groupes vulnérables.

Le rapport du SGNU le confirme : trop souvent, les plans nationaux ne ciblent pas ces groupes vulnérables. De même, la criminalisation de la transmission n’a d’autre conséquence que d’accroitre encore davantage les stigmatisations et d’exclure une partie de la population de l’accès universel.

— Mais la prévention passe aussi par l’élimination de la transmission de la mère à l’enfant. Ces programmes, que la France soutient, nécessitent, pour être efficaces, l’intégration des activités de PTME dans la santé reproductive.

— Ces mesures ne sont pas les seules ; la prévention passe aussi par la recherche, dont la recherche vaccinale, et les traitements utilisés comme outil de prévention.

Le traitement, les soins et l’accompagnement sont complémentaires de la prévention.

Dix millions de malades étaient encore en attente de traitement au cours de l’année 2010.

Nous ne pouvons que souscrire à l’objectif d’accès aux traitements fixé par le SGNU. C’est l’horizon que nous sous sommes fixés : que chaque malade puisse bénéficier d’un traitement. Le dépistage doit pouvoir s’accompagner du principe éthique visant à proposer systématiquement un traitement. Il est également essentiel de pouvoir assurer la continuité des soins.

La mise en place par les pays, de systèmes de santé robustes et d’une couverture universelle permettant une prise en charge des traitements, contribue un élément crucial

Pour atteindre l’objectif d’accès universel, nous sommes pleinement conscients de la nécessité de poursuivre les efforts en matière de financements et de trouver de nouvelles sources de financement complémentaires.

La France s’est engagée à allouer 60 millions d’euros supplémentaires par an au Fonds Mondial, ce qui porte sa contribution totale à 360 millions d’euros par an. Nous sommes certains que la réforme qui est actuellement en cours lui permettra d’aller encore de l’avant. Nous encourageons l’ensemble des pays qui n’en sont pas encore contributeurs, à rejoindre l’effort collectif.

Nous continuerons également de soutenir UNITAID et de plaider pour une taxe sur les billets d’avion étendue à l’ensemble de la planète.

La France encourage la production des médicaments génériques et la mise en place de nouveaux instruments pour faciliter l’accès aux traitements. La mise en place d’une communauté de brevets ou " patent pool ", au sujet duquel les pays du G8 ont récemment réaffirmé leur engagement à Deauville, fait partie de ces instruments.

La recherche doit aussi viser des molécules plus efficaces et accessibles financièrement pour les pays. L’accès aux traitements est encore beaucoup trop couteux et représente un obstacle de taille à l’accès universel.

Nous bénéficions aujourd’hui d’un ensemble d’Organisations dont chacune a un rôle bien précis et qui sont complémentaires : les fonds que sont le Fonds Mondial et UNITAID, l’ONUSIDA pour l’aspect "droits de l’homme" et "coordination", et dont nous soutenons pleinement la stratégie, l’OMS pour son aspect normatif. Il est crucial que ces Organisations coopèrent étroitement entre elles.

La lutte contre le VIH/sida relève d’une responsabilité collective : celle des donateurs, des organisations internationales, des ONG, des acteurs sur le terrain, mais également des pays bénéficiaires. Ces derniers doivent être garants de la bonne utilisation des fonds.

Aucun progrès ne sera possible sans une réelle volonté politique. C’est pour cela que nous sommes tous réunis ici. Aussi la France réitère-t-elle solennellement son engagement à considérer la lutte contre le VIH/sida comme une priorité majeure et à continuer de mettre tout en œuvre pour que l’accès universel devienne enfin une réalité.



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