Twitter Facebook Flickr Youtube RSS Share

20 mai 1999 - Mise en oeuvre des résultats du sommet mondial pour le développement social et examen de nouvelles initiatives : Intervention de M. Michel Thierry, représentant de la France auprès des Nations unies

Monsieur le Président,

La France s’associe pleinement à la déclaration prononcée par la délégation allemande au nom de l’Union Européenne dans le cadre du débat général.

Nous souhaiterions insister plus particulièrement aujourd’hui sur certains aspects relatifs à la réalisation de l’engagement 7 de Copenhague sur l’Afrique et les pays les moins avancés.

Le travail d’évaluation des suites de Copenhague est un exercice difficile. Pour beaucoup d’entre nous, la tentation est grande de céder au pessimisme. Les effets de la récente crise financière, qui a durement touché certains pays émergents, nous a montré à quel point les efforts tangibles menés après Copenhague, tant au niveau international qu’au niveau national, doivent encore s’inscrire dans la durée. Les résultats, fragiles, peuvent en effet ne pas résister aux phénomènes de grande ampleur, comme ceux que nous avons connus l’an dernier.

Pour autant, il est au moins un sujet pour lequel les objectifs fixés à Copenhague ne paraissent désormais plus tout à fait hors d’atteinte. Je veux parler de la réduction de la dette, et en particulier pour les pays les plus endettés. Ce point est essentiel, parce qu’il conditionne le développement des pays les moins avancés. C’est également, dans une certaine mesure, un test majeur de la volonté politique des pays développés d’assumer leurs responsabilités dans la lutte internationale contre la pauvreté, un moyen enfin de dégager des ressources additionnelles pour atteindre les objectifs de développement social fixés à Copenhague.

Je rappellerai brièvement ce qu’indiquaient les engagements de Copenhague. L’engagement 7, tout d’abord. Je cite :

’’Nous trouverons des solutions efficaces, favorables au développement et durables aux problèmes de la dette extérieure, par l’application immédiate des conditions de remise de la dette convenues par le Club de Paris en décembre 1994, qui prévoient notamment la réduction de la dette pouvant aller jusqu’à son annulation ou d’autres mesures d’allégement ; nous inviterons les institutions financières internationales à rechercher des approches novatrices pour venir en aide aux pays à faibles revenus ayant une importante dette multilatérale, en vue d’alléger le fardeau de leur dette ; nous élaborerons des modalités de conversion de la dette à appliquer aux programmes et projets de développement social conformément aux priorités définies lors du sommet’’.

Les objectifs, repris dans l’engagement 9 sur l’accroissement des ressources disponibles pour le développement social et développés dans le paragraphe 90 du programme d’action, se sont rapidement concrétisés. Des mesures ont été prises, qui ont permis d’accroître le champ des dettes pouvant faire l’objet d’une réduction, de marquer la priorité en faveur des pays pauvres les plus endettés, de lier les allégements consentis à des objectifs sociaux.

Depuis Copenhague, les approches d’allégement de la dette se sont étendus à l’endettement multilatéral et à un meilleur traitement des dettes commerciales. L’initiative en faveur des pays pauvres très endettés, lancée en 1996, a connu d’importants développements depuis deux ans. La dernière réunion du comité de développement des institutions de Bretton Woods a confirmé la volonté politique des pays créanciers de renforcer encore cette initiative, en soulignant notamment le lien à établir entre allégements de dette et stratégies de développement durable, conformément à l’esprit de Copenhague.

Plusieurs Etats-membres de l’Union européenne ont pris des initiatives importantes. La France, pour sa part, s’est engagée dans un effort considérable en matière d’annulations bilatérales, puisqu’avec un montant total de 55 milliards de francs français (9 milliards de dollars US), elle a réalisé plus de la moitié des annulations de dettes bilatérales décidées par des pays développés dans la dernière décennie.

Au début de cette année, le gouvernement français a lancé une nouvelle initiative placée sous le triple signe de la générosité, de l’équité et de la responsabilité.

Nous appuyons par ailleurs les propositions du Secrétaire général sur le renforcement nécessaire des efforts de réduction de la dette des pays les plus endettés.

Monsieur le Président,

La France continuera de militer dans toutes les enceintes internationales pertinentes, pour une approche de réduction de l’endettement. Elle devra être à la fois large dans son champ d’application, intégrer les dettes multilatérales et commerciales, être plus favorable vis-à-vis des pays les moins avancés et les plus lourdement endettés, et davantage articulée avec les stratégies nationales de développement social.

Sur ce sujet comme sur d’autres, la France continuera de manifester une préoccupation particulière pour les pays d’Afrique, gravement touchés par les problèmes de pauvreté.

Ce faisant, nous ne réglerons pas les problèmes de l’inégalité des richesses. J’ai noté avec beaucoup d’intérêt l’intervention de la distinguée représentante du Bénin, lors de la première journée de nos travaux, qui faisait très justement remarquer qu’au-delà du processus de réduction de la dette, il fallait ’’casser la machine à reproduire la dette’’.

Nous nous ne pouvons qu’être d’accord. C’est là tout l’enjeu de nos travaux actuels, en ce qui concerne les aspects internationaux de la lutte contre la pauvreté, et c’est pourquoi nous sommes ouverts à tout ce qui favorisera l’allocation de ressources additionnelles au développement social, l’instauration de bonnes pratiques en matière de politiques économiques et sociales, l’accentuation des progrès, déjà perceptibles, dans la synergie entre les diverses institutions mondiales ou régionales concernées.

Au-delà du renforcement indispensable de la réduction de la dette pour les pays les plus touchés, la question du financement du développement reste posée. La France est très attentive aux réflexions menées à ce sujet dans le cadre de l’ECOSOC et du groupe de travail sur le financement du développement mis en oeuvre par l’Assemblée générale.

Parallèlement aux mesures de renforcement indispensables de la réduction de la dette pour les pays les plus touchés, que je viens d’évoquer, il nous faudra aussi progresser sur un certain nombre d’orientations structurelles, comme :

* l’accès au crédit et le développement de formules de microcrédits propres à dynamiser le développement rural ; * la complémentarité des interventions des donateurs pour une meilleure mise en oeuvre des objectifs sociaux prioritaires ; * l’approfondissement de la réflexion sur les voies et moyens de promouvoir l’accès au marché des produits africains ; * le soutien aux initiatives de coopération régionale et d’intégration économique en Afrique.

C’est dans cet esprit que le Président de la République française a appelé nos partenaires à traiter en priorité, dès le prochain sommet du G8, en juin, à Cologne, les conséquences sociales et humaines de la mondialisation. Ceci, et je cite, ’’pour que les populations brutalement atteintes par la crise financière (...) bénéficient enfin de vrais filets de sécurité (...), pour que les pays laissés sur le bord du chemin de la croissance, notamment en Afrique, bénéficient de nouvelles initiatives de réduction de leur dette et d’un surcroît d’aide publique dès lors qu’ils mettent en oeuvre les principes de bonne gouvernance’’.

Il s’agit bien en définitive, comme l’a souligné le Président de la République française, d’oeuvrer ensemble pour que ’’l’aube du prochain millénaire puisse être celle d’une mondialisation civilisée, humanisée ’’.

Je vous remercie, Monsieur le Président.



Bookmark and Share
Bookmark and Share
Rss
Organisation des Nations Unies Présidence de la République France Diplomatie La France à l'Office des Nations Unies à Genève Union Européenne Première réunion de l'ONU