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24 septembre 1997 - Débat général : Intervention de M. Hubert Védrine, ministre des affaires étrangères

Monsieur le Président, permettez-moi tout d’abord de vous exprimer la satisfaction de mon pays après votre élection à la présidence de cette cinquante-deuxième session de l’Assemblée générale des Nations Unies. Je souhaite également dire au Secrétaire général que la France est heureuse de l’action qu’il a déjà menée et l’assure de son soutien confiant.

J’ouvrirai mon intervention par une conviction que j’exprime au nom de mon pays : le monde a plus que jamais besoin de l’Organisation des Nations Unies. Non, les Nations Unies n’ont pas perdu leur raison d’être avec la fin de la guerre froide, de la course aux armements entre les deux blocs et du choc frontal des idéologies adverses.

Au contraire, jamais la nécessité d’une instance de régulation universelle n’est apparue aussi évidente. Les raisons, vous les connaissez. Nous sommes sortis, sans regret, de l’ère de l’affrontement bipolaire pour entrer, depuis 1991, dans un monde nouveau, global, évolutif, où 185 Etats coopèrent, s’allient ou se concurrencent dans des combinaisons durables ou, au contraire, instables. Dans ce monde, les Etats ne sont plus les seuls acteurs. Les très grandes entreprises, les marchés financiers, les médias, les groupes d’opinion, les organisations non gouvernementales, jouent un rôle accru. D’où un impérieux besoin de règles du jeu claires, équitables, prévisibles qui fournissent un cadre au règlement des conflits ou des simples différends. Car il n’y a plus de problème sérieux qu’un pays, même le plus puissant, puisse régler totalement seul.

Si nous n’y prenons garde, si nous ne parvenons pas à bâtir un monde où l’état de droit règne entre tous les Etats, un monde équilibré entre ses principaux pôles, ce sont d’autres scénarios qui l’emporteront : l’absence de contrepoids favorisera la prédominance d’une seule puissance et, inévitablement pour celle-ci, la tentation de l’unilatéralisme ; faute d’ensembles régionaux organisés, la globalisation exacerbera la lutte économique, et parfois politique, de chacun contre tous ; les Etats s’en trouveront encore affaiblis ; certains imploseront sous les coups de nationalismes agressifs souvent contagieux. L’âpreté des compétitions rendra quasi impossibles la préservation de l’environnement, pourtant si urgente, si vitale au sens propre du terme, ainsi que la lutte contre la drogue et la criminalité ; l’amélioration du respect des droits de l’homme sera compromise.

Notre tâche commune doit être de préserver de tels risques et en même temps de consolider ensemble les acquis des dernières années. Pour cela, des regroupements régionaux sont une des meilleures bases possibles. Depuis un demi-siècle déjà, l’Europe, qui avait été le foyer de tant de guerres dans le passé, a montré la voie. Mais ailleurs aussi les taux de croissance atteints par de nombreux pays d’Asie, d’Amérique latine et maintenant d’Afrique, annoncent l’émergence de nouveaux pôles de puissance et de prospérité. Des ensembles politiques ou économiques s’organisent et s’institutionnalisent : l’Asie du Sud-Est se réunit dans l’Association de l’Asie du Sud-Est (ASEAN), l’Amérique latine voit se développer le Marché commun du Sud (MERCOSUR), l’Afrique, la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADEC) dans le sud du continent ou la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) à l’ouest du continent. D’une certaine façon, on peut citer aussi des ensembles politiques et culturels comme le Commonwealth ou la francophonie. C’est une des façons judicieuses de s’adapter à la mondialisation.

Mais au niveau global, nous avons besoin d’une Organisation des Nations Unies cohérente, efficace, dotée des moyens nécessaires à l’accomplissement de ses missions. Il lui revient d’aider à la bonne organisation des relations internationales et de fixer des règles de droit universellement reconnues. Certes, il existe des organisations sectorielles qui ont des compétences propres, très importantes. Mais aucune ne peut se substituer à l’ONU pour donner au monde de demain ses règles d’ensemble. Fidèle à sa tradition, la France soutiendra tous les efforts de l’Organisation dans ce sens.

J’en viens à l’objet principal de la session qui s’ouvre. Pour remplir ce rôle majeur que nous attendons d’elle, l’ONU doit conserver ou retrouver des moyens de décider et d’agir. Nous avons pour cela à résoudre deux problèmes, celui de la réforme des Nations Unies, et celui du financement de l’Organisation. Des solutions que nous trouverons, tous ensemble, dépendra la capacité d’action des Nations Unies dans les années à venir.

La France a approuvé la démarche du nouveau Secrétaire général qui a poursuivi, dès le début de son mandat, la réflexion lancée par son prédécesseur, M. Boutros Boutros-Ghali. Les axes de travail que M. Kofi Annan nous a proposés, et l’impulsion qu’il a donnée au processus de rénovation de notre Organisation, ont rencontré, de la part de la France, un entier soutien, soutien partagé par les partenaires de la France au sein de l’Union européenne. Les propos tenus à cette tribune par son Président en exercice, le Ministre des affaires étrangères du Luxembourg, en sont l’illustration. J’évoquerai plus précisément trois points : le Conseil de sécurité, la réforme financière, la restructuration.

La composition actuelle du Conseil de sécurité ne reflète plus qu’imparfaitement la géographie politique du monde actuel. Il est clair qu’il doit être réformé, c’est-à-dire élargi, pour devenir plus représentatif.



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