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29 octobre 2008 - Mondialisation et interdépendance - Point 51 - Intervention de M. Philippe Delacroix

63ème ASSEMBLEE GENERALE
Débat général de la Deuxième Commission
Intervention prononcée au nom de l’Union Européenne par M. Philippe DELACROIX, Secrétaire général de la Présidence française de l’Union Européenne

Monsieur le Président,

J’ai l’honneur de prendre la parole au nom de l’Union européenne.

La Turquie, la Croatie* et l’ancienne République yougoslave de Macédoine*, pays candidats, l’Albanie, la Bosnie-Herzégovine, le Monténégro, pays du processus de stabilisation et d’association et candidats potentiels, ainsi que l’Ukraine et la République de Moldavie se rallient à la présente déclaration.

L’économie mondiale est entrée dans une phase difficile. La réalisation des objectifs internationaux en matière de développement, en particulier des objectifs du Millénaire pour le développement (OMD), est aujourd’hui particulièrement fragilisée par les perspectives économiques mondiales profondément remises en cause par les récents évènements financiers. Comme le rappelle le rapport du Secrétaire général relatif à l’impact de la mondialisation sur la réalisation des objectifs convenus au niveau international (A/63/333), du fait de la forte interdépendance entre les économies nationales, le ralentissement de certaines économies touchera inévitablement les autres, à des degrés divers selon leur situation. La crise financière actuelle révèle l’interdépendance du système économique mondial et requiert de réels efforts communs pour gérer la mondialisation de manière durable.

L’Union européenne tient ainsi à saluer la mise en place, décidée par le Secrétaire général le 28 avril dernier, de l’Equipe spéciale sur la crise alimentaire mondiale. Parce que la crise financière actuelle pourrait aggraver la crise alimentaire, malgré la récente diminution du prix des matières premières, une action coordonnée doit être favorisée. L’Union européenne appelle dans cet esprit à construire un partenariat global assis sur l’implication de tous les acteurs concernés. Elle s’est engagée à apporter son soutien aux pays en développement et à jouer pleinement son rôle dans la mise en œuvre de la déclaration issue du sommet du 5 juin à Rome. Parmi les mesures prises pour répondre aux besoins engendrés par la crise, et en sus du redéploiement d’une partie de ses programmes, elle envisage la création d’un instrument ad hoc, dit " facilité de réponse rapide à la flambée des prix alimentaires dans les pays en développement ", qui pourrait s’élever à un montant d’un milliard d’euros. L’Union européenne juge également essentiel que les pays adoptent des politiques nationales favorables au développement de leurs secteurs agricoles mais aussi aux petits exploitants locaux, ce qui constituerait des premières bases pour renforcer la sécurité alimentaire dans les pays les plus vulnérables.

Les effets des crises nécessiteront de renforcer les politiques en faveur de l’emploi et du travail décent, au cœur de l’élimination de la pauvreté, notamment en améliorant les capacités productives et en créant un cadre favorable à une croissance économique génératrice d’emplois durables, en favorisant l’emploi des femmes. Le développement des dispositifs de protection sociale nécessitera également une action plus soutenue des Etats, pour améliorer la protection des travailleurs, notamment des plus vulnérables. A cet égard, l’amélioration de l’éducation est indispensable pour former une main-d’œuvre compétitive et d’un meilleur niveau. En outre, l’accès à l’éducation primaire universelle, en particulier pour les filles, est un facteur favorisant la réalisation des objectifs convenus au plan international, y compris les OMD, parce qu’elle est au cœur des politiques de lutte contre les inégalités.

L’expansion rapide du commerce mondial des ressources naturelles et l’augmentation de la consommation mondiale ont généré une dégradation progressive du climat et des écosystèmes. L’Union européenne soutient la mise en place de réglementations adaptées pour s’assurer d’une utilisation raisonnée des ressources naturelles et pour garantir des pratiques durables impliquant le reboisement des forêts, le contrôle des émissions de gaz à effets de serre , la lutte contre le réchauffement climatique et la protection des écosystèmes. Elle promeut également l’adoption de politiques favorisant des schémas durables de production et de consommation.

Pour soutenir les objectifs convenus au plan international, y compris les OMD, il est nécessaire que les politiques nationales dans les domaines macroéconomique, commercial, financier, social et environnemental aillent vers une cohérence plus grande avec les objectifs de développement. L’Union européenne estime que la recherche de politiques nationales cohérentes est impérative pour que la mondialisation soit bénéfique à tous. Le Consensus du développement adopté en 2005, qui sous-tend l’action de l’Union européenne en matière de coopération dans les pays en développement, a ainsi souligné l’importance de la cohérence des politiques de développement des pays de l’Union. Des politiques, en dehors du seul champ du développement, participent également de l’action en faveur de la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le Développement. Les politiques de sécurité, de commerce et d’intégration, l’environnement, l’eau et l’énergie en font notamment partie.

Monsieur le Président,

L’intégration des économies en transition à l’économie mondiale est un enjeu majeur dans le contexte de globalisation actuel, où toutes les économies nationales doivent trouver leurs places.

Comme l’indique le rapport du Secrétaire général sur l’intégration de l’économie des pays en transition à l’économie mondiale (A/63/256), la croissance économique a été vigoureuse dans les économies en transition. Les pays ont progressé dans leur intégration à l’économie mondiale grâce à une meilleure participation dans le commerce international, grâce aux investissements directs étrangers (IDE) ainsi qu’aux migrations de main d’œuvre.

Le fort ralentissement de l’économie mondiale risque cependant de peser sur les résultats économiques des pays en transition et sur leur intégration dans l’économie mondiale. Leur vulnérabilité économique, très souvent liée à la faible diversification sectorielle de leur production intérieure et à la forte dépendance à l’égard des exportations de quelques produits de base à faible valeur ajoutée, risque de s’accentuer dans ce contexte. Il nous faut donc travailler ensemble pour aider ces pays à développer leurs structures industrielles et à élargir leurs productions.

L’intégration de l’économie des pays en transition dépend également des IDE. Le renforcement de ces flux de capitaux entrants sera nécessaire, notamment pour accélérer la modernisation technologique de ces pays. Celui-ci sera facilité si ces pays poursuivent leurs efforts pour favoriser un environnement économique stable, fondé sur des systèmes juridiques et réglementaires destinés à promouvoir la concurrence, l’état de droit, la bonne gouvernance et les services financiers. L’approfondissement de la qualification de la main d’œuvre est en outre indispensable. L’Union européenne encourage ainsi les pays en transition à consacrer des recettes publiques plus grandes à l’enseignement supérieur, la formation technique et au perfectionnement personnel.

L’Union européenne participe également au soutien à l’économie de ces pays, à travers le processus de stabilisation et d’association pour les Etats des Balkans occidentaux et la politique européenne de voisinage (PEV), qui concerne notamment certains pays de la Communauté des Etats indépendants (CEI).

Nous nous félicitons par ailleurs des discussions menées dans le cadre des conférences interministérielles des pays à revenu intermédiaire, notamment la dernière d’entre elles qui s’est tenue à Windhoek en Namibie les 5 et 6 août derniers. Ces conférences ont permis de souligner la nécessaire prise en compte des spécificités de ces pays, notamment à travers un soutien aux infrastructures.

Monsieur le Président,

L’Union européenne souhaiterait maintenant aborder ce terrible fléau qu’est la corruption, qui constitue un obstacle pour le développement durable et la bonne gouvernance.

Comme le rappelle le rapport du Secrétaire général sur ce point (A/63/88), la Convention des Nations Unies contre la corruption est le premier instrument juridique contraignant en la matière. Déjà ratifiée par 126 pays, elle illustre la détermination de la communauté internationale à lutter contre ce fléau, comme l’ont montré les travaux de la deuxième Conférence des Etats Parties à la Convention qui s’est tenue à Bali en janvier 2008. Le groupe de travail chargé de définir le mécanisme de suivi de l’application de la Convention a fait des progrès qui méritent d’être relevés. Par ailleurs, un projet d’expérimentation volontaire de l’examen de l’application de la Convention (programme pilote) est en cours. L’Union européenne espère qu’il sera possible d’adopter un mécanisme de suivi fort et efficace lors de la troisième Conférence des Etats Parties qui aura lieu à la fin de l’année 2009.

Le second enjeu, auquel l’Union européenne attache grande importance, est la mise en place d’un dispositif facilitant le recouvrement d’avoirs. Nous espérons qu’un tel dispositif puisse rapidement être effectif.

Monsieur le Président,

Comme le souligne le rapport du Secrétaire général sur ce thème (A/63/265), le lien entre migrations internationales et développement est désormais incontesté. Les migrations constituent des opportunités pour la croissance économique de tous : la Banque mondiale estime que la contribution des migrants à l’accroissement du revenu mondial avoisinera 772 milliards de dollars en 2025.

Comme a bien voulu le souligner le représentant de la Division de la Population, l’Union européenne estime donc impératif de développer le dialogue entre les pays hôtes et d’origine afin que chacun puisse profiter des effets positifs des migrations mondiales. Elle salue le gouvernement belge pour l’organisation du premier FMMD, en 2007, et remercie le Gouvernement philippin d’accueillir la deuxième réunion du Forum, du 27 au 30 octobre. L’Union européenne appuie fortement le forum qui donne aux pays l’opportunité de poursuivre le dialogue sur les migrations et le développement, et de contribuer au développement d’approches globales. Elle estime qu’il peut apporter une réelle valeur ajoutée, à condition qu’il reste informel, volontaire et conduit par les Etats. Elle se félicite de la coopération entre le Forum mondial et les Nations Unies établi par le Représentant spécial du Secrétaire général des Nations Unies, M. Sutherland.

Les Etats membres de l’Union européenne ont progressivement mis en place les fondements d’une politique européenne en matière migratoire et d’asile. En adoptant le 16 octobre dernier un " Pacte européen sur l’immigration et l’asile ", les Chefs d’Etat et de gouvernement des pays de l’Union européenne ont entendu donner une impulsion nouvelle en faveur d’une politique migratoire équilibrée et concertée, consciente des effets positifs des migrations pour le développement mondial. Dans un esprit de solidarité et de responsabilité, le Pacte européen vise à rendre bénéfique les migrations internationales à la fois pour les pays d’accueil et de départ, en permettant une immigration maîtrisée favorable tant pour les pays destinataires que pour les migrants eux-mêmes. Il veillera ainsi à promouvoir les migrations légales, notamment en tenant compte des besoins, priorités et capacités d’accueil de chaque Etat membre tout en luttant contre l’immigration irrégulière, notamment en assurant le retour dans les pays d’origine ou vers un pays de transit des étrangers en situation irrégulière, ceci bien entendu dans le respect des droits fondamentaux et de la dignité des migrants. Surtout, le Pacte européen visera à développer la coopération avec les pays d’origine des migrants en vue de bâtir avec eux un partenariat étroit favorisant les synergies entre les migrations et le développement. La politique migratoire européenne se veut fondée sur le dialogue et la transparence, afin de prendre en compte l’intérêt de nos partenaires, en particulier en matière de développement.

Le partenariat de l’Union européenne avec les pays d’origine se traduira notamment par la tenue, les 24 et 25 novembre à Paris, de la seconde conférence ministérielle euro-africaine sur la migration et le développement. Cette conférence assurera le suivi de la Conférence de Rabat qui s’est tenue en 2006.

L’Union européenne estime primordial de poursuivre les travaux permettant une meilleure compréhension des phénomènes migratoires et leur impact sur le développement. L’impact de la migration sur les pays d’origine, comme la fuite des cerveaux, pourrait faire l’objet de réflexion plus importante dans les programmes de développement nationaux afin que pays d’accueil et pays d’origine puissent trouver ensemble des politiques optimisant les potentialités des migrations sur leur développement économique respectif.

Monsieur le Président,

Permettez-moi enfin d’aborder la question du lien entre culture et développement. Ces deux notions sont en effet indissociables et interdépendantes : si la diversité culturelle est une force motrice du développement, elle est aussi un moyen d’accéder à une existence intellectuelle, affective, morale et spirituelle plus épanouissante. La culture constitue donc un atout unique pour un développement durable et indispensable à la lutte contre la pauvreté. Culture et développement apportent également une contribution primordiale aux efforts visant à promouvoir les droits de l’Homme, la démocratie et la paix, autant de facteurs essentiels pour atteindre les Objectifs du Millénaire du Développement d’ici 2015.

Certes, la culture ne figure pas parmi ces objectifs en tant que telle mais lors du Sommet mondial pour le développement, de Johannesburg en 2002, la culture a été reconnue comme le quatrième pilier du développement durable, au même titre que les piliers économique, social et environnemental.

Au cours de la dernière décennie, l’UNESCO a développé une approche globale afin de démontrer le rôle clé de la culture dans le développement socio-économique. Cette approche repose sur un certain nombre de principes juridiques internationaux ancrés dans les Conventions de l’UNESCO consacrées à la culture, que ce soit la Convention du Patrimoine mondial, la Convention pour la Sauvegarde du patrimoine culturel immatériel, ou encore la Convention sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles qui affirme que la diversité culturelle appartient au patrimoine mondial commun de l’Humanité.

Le rôle de l’UNESCO a été renforcé en 2007 par le lancement du fonds PNUD/Espagne pour la réalisation des OMD, qui lui confie la direction d’un volet thématique " Culture et développement ". L’Union européenne soutient pleinement cette initiative qui aborde la culture comme un pilier de développement et un facteur de cohésion sociale et de paix.

Monsieur le Président,

L’Union européenne est consciente des difficultés que soulève la réalisation des OMD à tous les niveaux dans un contexte international marqué par des bouleversements économiques de grande ampleur. Parce que la réalisation des OMD est indispensable pour aller vers une mondialisation bénéfique à tous les pays et surtout envers nos populations, sachez que l’Union européenne conserve toute sa détermination à poursuivre son action en ce sens.

Je vous remercie./.



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