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15 mai 2013 - Assemblée générale - Syrie - Déclaration avant le vote de M. Gérard Araud, représentant permanent de la France auprès des Nations unies

Déclaration de la France avant le vote de la résolution sur la Syrie
Assemblée générale - 15 mai 2013 - Franceonu photo


Monsieur le Président,
Chers collègues,

Je ne lirai pas de discours préparé, mais vais plutôt essayer de retenir l’approche d’un modeste diplomate lisant un texte et s’apprêtant à voter sur ce texte, c’est-à-dire essayer d’éviter les prises de position d’ordre général et regarder le langage qui nous est soumis.

Essayons de travailler de manière pragmatique, essayons de dépasser les caricatures que nous avons entendues jusqu’ici.

La première question que nous pouvons nous poser est pourquoi venons-nous à l’Assemblée générale pour traiter de la question syrienne. La réponse est simple et tragique.

Tout d’abord, vous avez un pays qui est en train de s’effondrer : 80 000 morts, une région risque d’être entrainée dans la crise.

Puis vous avez un Conseil de sécurité qui a été bloqué par trois vétos. On nous dit que le Conseil de sécurité a été bloqué parce qu’il voulait faire pression sur une seule partie. C’est faux. Les trois projets de résolution qui ont fait l’objet d’un véto prévoyaient des menaces de sanctions à l’encontre des deux parties si ces deux parties n’acceptaient pas d’aller à la négociation.

Du fait du blocage du Conseil de sécurité, les membres de la Ligue des Etats arabes, en particulier le Qatar, se présentent à vous. Je dirais que c’est une démarche un peu désespérée du fait de l’impuissance du Conseil de sécurité.

Deuxième point, on nous dit « ce texte est déséquilibré, il ne condamne pas le terrorisme, il ne condamne pas les violences des deux côtés ». C’est faux. Dans de nombreux paragraphes du texte, à la demande de certains, le texte condamne les violations commises par les deux côtés.

Il aurait également fallu parler du terrorisme d’Etat car le terrorisme d’Assad utilise des bombes à sous-munition, utilise des missiles balistiques contre des quartiers civils. Vous savez qu’un scud n’est pas précis, c’est fait pour tuer, pas pour mener une action de guerre. Cela aussi c’est du terrorisme.

Le texte que vous avez sous les yeux est un texte équilibré qui condamne les violations commises par les deux côtés. Des violations des droits de l’Homme ont été commises par les deux parties. Mais la réalité est que le régime syrien est le premier responsable de violations massives des droits de l’Homme par l’utilisation d’armes, certaines interdites d’ailleurs, contre des populations civiles.

Le deuxième argument que j’ai entendu est de dire « on vous demande de reconnaitre la Coalition Nationale Syrienne comme le seul représentant de l’opposition ».

Je suis étonné. Je suis diplomate, pas un homme politique. J’ai un horizon un peu limité. Je crois aux mots. Je lis l’OP 26 du texte qui dit qu’il « se félicite de l’établissement de la Coalition Nationale Syrienne comme interlocuteur effectif et représentatif nécessaire pour une transition politique ». Oui, nous reconnaissons la Coalition Nationale Syrienne comme interlocuteur pour une transition politique.

Il y a quand même une certaine hypocrisie d’un côté de nous dire « l’opposition est divisée, l’opposition est incapable de négocier ». Nous travaillons justement pour essayer de créer une organisation « parapluie » qui réunisse toutes les tendances de l’opposition afin qu’elle puisse négocier dans le cadre d’une transition politique. Maintenant on nous dit « non, cela n’est pas valable, c’est dangereux ». Mais c’est dangereux pour qui ? Ce n’est certainement pas dangereux pour une solution politique. Comme l’a dit la représentante permanente des Etats-Unis – puisque les Etats-Unis sont parvenus à un accord avec la Russie – ce texte, loin de s’opposer à une solution politique, encourage la solution politique parce qu’il apporte le soutien de la communauté internationale à la création de la Coalition Nationale Syrienne, de cet interlocuteur dont nous avons besoin.

Pourquoi avons-nous besoin d’un interlocuteur ? Parce que pendant 50 ans le régime d’Assad a tué, a torturé, a emprisonné toutes les oppositions. Nous nous retrouvons aujourd’hui avec en effet une opposition fragmentée, impuissante. Nous devons les aider à travailler ensemble afin de pouvoir négocier, afin de pouvoir aller à Genève. Ils iront à la réunion de Genève si celle-ci se tient et nous espérons de tout cœur qu’elle puisse se tenir.

Chers collègues,

Je vous demanderai simplement de regarder le texte honnêtement, de regarder les mots qui sont sur la page car, contrairement à ce qui a été dit, le représentant permanent du Qatar a mené des consultations avec tous les groupes géographiques et a essayé de répondre à leurs préoccupations.

C’est un texte modéré. C’est un texte qui aidera la Coalition Nationale Syrienne, qui aidera les forces d’opposition syriennes à aller à la négociation.

C’est la raison pour laquelle la France vous demande de voter en sa faveur.

Je vous remercie.


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