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25 février 2014 - Assemblée générale - Situation humanitaire et des droits de l’Homme en Syrie - Intervention de M. Gérard Araud, représentant permanent de la France auprès des Nations unies

Monsieur le Président,

La France souscrit à l’intervention prononcée par l’Union européenne.

Je remercie les intervenants pour leurs présentations qui nous rappellent la tragédie subie par le peuple syrien. Depuis maintenant près de trois ans, 140.000 personnes ont perdu la vie et la moitié de la population de ce pays a dû fuir les horreurs du régime. La France partage leur douleur et loue leur courage. Elle salue la générosité des Etats de la région qui ouvrent leurs frontières aux millions de réfugiés qui fuient la guerre.

Le Conseil de sécurité a répondu tardivement à l’appel des populations en détresse et des acteurs humanitaires qui ne peuvent leur porter assistance. L’unité retrouvée du Conseil a permis d’adresser aux parties et en premier lieu aux autorités des demandes précises, concrètes et opérationnelles.

Le Gouvernement doit tout d’abord cesser de bombarder les civils et d’employer des armes de terreur que sont les barils d’explosifs. Qui peut croire qu’un baril d’explosif lâché d’un hélicoptère ou d’un avion est une arme ? Elles visent à l’évidence simplement à tuer, à détruire et à terroriser les populations civiles. Et de ce point de vue-là, comme vient de le faire remarquer la Représentante permanente de l’Etat du Qatar, les informations de Human Rights Watch sont préoccupantes puisqu’elles annoncent l’utilisation d’une nouvelle arme, les armes à fragmentation. Il sera très important de voir ce qu’il en est et, dans le cas positif, de savoir d’où viennent ces armes.

Le gouvernement doit également lever les sièges qu’il fait subir à 200.000 personnes, autoriser l’entrée de l’aide humanitaire dans les villes assiégées et permettre l’évacuation des civils en toute sécurité. Il doit autoriser les opérations transfrontalières, le conseil l’a exigé. Au moins un million de personnes pourrait alors recevoir une aide humanitaire d’urgence, notamment au nord-est du pays, par les frontières turques et irakiennes.

Par ailleurs, le Gouvernement devra lever les obstacles bureaucratiques qui empêchent les convois de passer à travers les lignes de conflit. C’est l’occasion pour nous de saluer le courage et le dévouement des travailleurs humanitaires qui portent secours aux populations civiles, et contribuer à alléger leurs souffrances au péril de leur vie. Ils ont déjà payé un lourd tribut.

Le régime ne pourra faire aucune interprétation cynique ou détournée de ses obligations. La résolution 2139 ne laisse aucune place au doute quant aux actions qu’il doit entreprendre. Ces exigences du Conseil doivent donc être désormais mises en œuvre. Nous saluons la préparation par les agences des Nations Unies d’un plan d’action. Il permettra aussi de mesurer les avancées réalisées sur le terrain.

Le régime tente de nous faire croire qu’il est un partenaire fiable et responsable sur les questions humanitaires. Depuis quelques jours, il multiplie les actions de communication sur des trêves localisées. Ne soyons pas dupes. Ces trêves sont imposées aux populations effrayées et épuisées par le régime qui utilise la famine comme une arme de guerre depuis des mois. Les évacuations de Moadamiyet et de Homs sont loin de constituer un modèle. N’oublions pas que plusieurs dizaines de personnes qui souhaitaient être évacuées sont toujours détenues par les autorités syriennes.

Il nous appartient de veiller à ce que les parties au conflit, et en particulier le régime, entendent le message de fermeté et d’urgence qui leur est adressé. En cas de progrès insuffisants, le Conseil a d’ores et déjà exprimé son intention d’adopter des mesures supplémentaires. Nous entendrons donc dans un mois le rapport du Secrétaire général et, dans le cas où le Gouvernement syrien resterait sourd à nos demandes, nous devrons prendre, en tout état de cause, les mesures qui s’imposent. La France veillera à ce que ce rendez-vous soit respecté.

Contre le sentiment d’impunité totale, évoqué par Mme Pillay, nous renouvelons notre appel à une saisine de la Cour pénale internationale ; les responsables des crimes de guerre et contre l’humanité perpétrés en Syrie, à commencer par Bachar al-Assad, devront rendre des comptes devant la justice.

Monsieur le Président,

La détresse humanitaire ne saurait trouver de solution que dans la transition politique. Nous ne pouvons accepter à cet égard un arrêt sans suite des discussions à Genève, dont le Gouvernement porte aujourd’hui l’entière responsabilité. Il nous appartient de manifester collectivement la même urgence et la même fermeté. La France n’abandonnera pas le peuple syrien.

Je vous remercie.

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