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29 octobre 2013 - Assemblée générale - Deuxième commission - Développement agricole, sécurité alimentaire et nutrition - Intervention de M. François Gave, Conseiller, coordinateur pour les questions de développement, à la Mission de la France auprès des Nations unies

Madame la Présidente,

La France s’associe à la déclaration de l’Union européenne.

842 millions de personnes ne mangent pas à leur faim dans le monde et plusieurs centaines de millions d’êtres humains souffrent de malnutrition, en particulier en Afrique sub-saharienne et en Asie du Sud-Est.

Dans ce contexte, au cœur de la lutte contre la pauvreté et l’insécurité alimentaire il y a et il doit y avoir le soutien aux agriculteurs et aux agricultrices.

Et ce d’autant plus qu’en matière de lutte contre la pauvreté, un investissement dans le secteur de l’agriculture est en moyenne deux fois plus efficace que dans les autres secteurs.

La France souhaite rappeler, à cet égard, l’importance de la question de l’emploi dans la lutte contre la faim. La création d’emplois est une question centrale en matière de développement agricole et rural. En Afrique sub-saharienne, 330 millions de jeunes vont entrer sur le marché du travail d’ici 15 ans, et la plupart d’entre eux travailleront dans le secteur agricole. Au-delà de son rôle de production, le secteur agricole devra également créer plus d’activités et de richesses. Il nous faut donc veiller à ce que l’aide apportée contribue à la création d’emplois et à la redistribution des richesses.

Pour la France, cette action en faveur de l’agriculture passe par quatre grandes priorités.

En premier lieu, il faut renforcer les exploitations familiales.

Il est avéré que ce modèle représente le meilleur potentiel de production et de création d’emplois, et génère la majeure partie des richesses en milieu rural. L’année de l’agriculture familiale en 2014 sera une occasion de concentrer l’attention du monde sur le rôle de ce modèle dans la réduction de la faim et de la pauvreté. A ce titre, nous devons promouvoir une agriculture familiale, productrice de richesses et d’emplois et respectueuse des écosystèmes. La France soutient pleinement les recommandations adoptées par le Comité de la sécurité alimentaire mondiale en faveur de l’investissement dans la petite agriculture. Sur cette base, nous appelons à une mobilisation internationale en faveur de l’agriculture familiale.

Ceci suppose un cadre institutionnel et économique favorable et des politiques publiques soutenant et reconnaissant le rôle économique mais aussi social de l’agriculture. Les stratégies d’appui au développement et à la modernisation des agricultures familiales ne peuvent être que différenciées, prenant en compte les réalités locales.

En second lieu, nous devons contribuer à une dynamique mondiale vers un nouveau modèle agricole, une « révolution doublement verte », qui concerne aussi bien les agricultures conventionnelles hautement productives comme l’agriculture européenne, que les agricultures familiales des pays en développement.

L’approche agro-écologique est fructueuse. Elle permet l’élaboration de systèmes de culture écologiquement intensifs et durables. Elle est aussi un moyen d’atténuer le changement climatique et d’adapter l’agriculture aux impacts du réchauffement climatique.

En troisième lieu, il importe de réduire les pertes alimentaires aux stades de la production, de la récolte, de l’après-récolte et de la transformation dans les pays en développement et les gaspillages au stade de la consommation dans les pays développés.

Les pays industrialisés et les pays en développement perdent ou gaspillent des quantités comparables de nourriture, entraînant une dilapidation accrue des ressources (eau, terre, énergie, travail et capital) et l’accroissement des émissions de gaz à effet de serre. Cette question est directement liée à celle de la réforme de nos modèles de consommation et de production vers des systèmes alimentaires plus durables, que la France soutient dans le cadre de la définition du futur agenda de développement après 2015.

Enfin, la France souhaite rappeler l’importance de la nutrition. La malnutrition maternelle et infantile constitue un obstacle au développement pour des sociétés entières. La mobilisation de la communauté internationale en faveur d’une meilleure prise en compte de cet enjeu à travers des politiques sectorielles cohérentes et la mise à l’échelle des interventions directes ayant prouvées leur efficacité est cruciale. A cet égard, le succès du Mouvement pour le renforcement de la nutrition (Mouvement SUN) doit être salué et soutenu afin d’accompagner les pays dans cet effort collectif.

Madame la Présidente,

Face à ces défis, l’agriculture a besoin d’investissements publics et privés. Ceci implique des garanties fortes.

Nous devons tout d’abord nous assurer que les investissements des entreprises ou ceux de l’aide publique au développement ne nuisent pas aux communautés locales des zones où ils sont réalisés. Par exemple, en ce qui concerne l’accaparement des terres, les « Directives volontaires pour une gouvernance responsable des régimes fonciers » adoptées le 11 mai 2012 par le Comité de la sécurité alimentaire mondiale sont essentielles. Nous devons maintenant lancer des initiatives très concrètes pour les mettre pleinement en œuvre.

Nous devons ensuite nous assurer que ces investissements améliorent effectivement la situation des petits agriculteurs, qu’ils aient un réel impact favorable sur leur niveau de vie, contribuent de manière significative à la sécurité alimentaire. A cet égard, les négociations en cours dans le cadre du Comité de la sécurité alimentaire mondiale pour des principes pour un investissement agricole responsable sont fondamentales. Dans ces discussions, nous ne devons pas perdre de vue que notre objectif prioritaire est d’éradiquer la faim, qui frappe durement les populations rurales. Cela passe par une meilleure prise en compte des intérêts des petits producteurs.

Enfin, éradiquer la faim dans le monde, et assurer un accès régulier à une alimentation suffisante et de qualité aux millions de personnes qui souffrent de la faim, nécessitent d’agir sur l’ensemble des causes de l’insécurité alimentaire :

— par la création d’emplois décents et de dispositifs ciblés d’aide aux personnes les plus vulnérables ;
— en améliorant l’efficience des filières agricoles et des marchés vivriers afin d’offrir une alimentation diversifiée, suffisante et de qualité tout au long de l’année, à des prix compatibles avec le pouvoir d’achat des ménages ;
— en assurant un accès aux services essentiels, comme les services de santé maternelle et infantile, l’eau potable et l’assainissement, ainsi que l’éducation de base, qui contribuent au recul de la malnutrition maternelle et infantile.

Dans ce contexte, les Nations unies ont un rôle essentiel à jouer dans la mobilisation internationale pour éradiquer la faim partout sur la planète. A ce titre, la France soutient pleinement l’initiative Faim Zéro du Secrétaire général des Nations Unies.

Je vous remercie.



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