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18 décembre 2008 - Manifestation organisée en marge de la déclaration relative aux droits de l’homme, à l’orientation sexuelle et à l’identité de genre : Déclaration de Mme Rama Yade, secrétaire d’Etat aux affaires étrangères et aux droits de l’homme

Nous sommes réunis, ici, aux Nations unies, à l’occasion d’un jour historique.

Soixante-six Etats, de cinq continents, ont décidé de lancer un appel à la dépénalisation universelle de l’homosexualité.

Nous venons de célébrer, le 10 décembre, le 60ème anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’Homme. Qui est le manifeste solennel de notre commune humanité ? Qui proclame que tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits ? Au lendemain d’une des plus sombres et barbares convulsions de l’Histoire, des hommes et des femmes, de toutes origines, ont proclamé leur foi dans l’Homme, sa dignité et sa liberté. A la terrible inhumanité des hommes, ils ont opposé le rappel de leurs droits. De leurs droits universels, inaliénables et indivisibles. Le combat pour l’Homme, sa dignité et ses droits, est un combat inlassablement, repris et poursuivi.

Nous devons aller plus loin, être plus exigeant, à la fois dans le respect des normes et dans leur élaboration. C’est ma conviction qu’on ne doit jamais s’arrêter en chemin. Chaque violation, chaque atteinte aux droits fondamentaux doit être combattue. On ne doit jamais s’accommoder de l’injustice. On la répare. Chaque violation doit être exposée et dénoncée. C’est le silence qui est complice du crime et de l’infamie.

Aujourd’hui, soixante-six Etats sortent de leur silence pour proclamer que la protection des libertés fondamentales et la question de l’orientation sexuelle et de l’identité de genre ont partie liée.

En cette aube de XXIème siècle, comment accepter que des personnes soient pourchassées, emprisonnées, torturées et exécutées en raison de leur orientation sexuelle ? C’est pourquoi j’ai souhaité lancer cette année dans le prolongement des initiatives néo-zélandaise et norvégienne en 2005 et 2006, l’idée d’une déclaration politique à l’Assemblée générale des Nations unies pour accompagner et encourager l’évolution des mentalités.

La tâche est difficile. Nous avons pu le constater tout au long de la campagne en faveur de notre texte qui s’est parfois heurté à l’incompréhension, voire à l’hostilité ouverte, et le procès en sorcellerie. Les bûchers de l’intolérance sont de partout - et de toujours.

Est-ce une raison pour baisser les bras ? C’est dans les traités que s’enracinent les droits de l’Homme. Les Nations unies, ont été porteuses d’avancées indéniables dans le domaine des droits de l’Homme. Pourtant la diversité des Etats qui la composent, si elle est représentative de la richesse du monde, peut parfois constituer un frein à la reconnaissance de situations inacceptables qu’il nous appartient de corriger.

Rappelons-nous que l’Organisation mondiale de la santé n’a arrêté qu’en 1992 de considérer l’homosexualité comme une maladie. Près de quatre-vingts Etats pénalisent encore l’homosexualité ou l’affirmation de l’identité de genre vécue par un individu. Six pays recourent à la peine capitale pour ce qu’ils considèrent comme un crime.

Que faire ? Agir. Sans anathème. Sans ostracisme. Avec pédagogie. En traçant le chemin de l’avenir. Face à ces pratiques, nous devons avancer pas à pas, mais avec détermination, pour faire en sorte que ce qui est acceptable pour certains à un moment donné devienne intolérable pour tous quelques années plus tard.

Le droit est toujours une leçon de lucidité, de courage et de patience. C’est ce qui est en train de se produire, je veux le croire, sur les droits de l’Homme appliqués aux personnes LGBT.

La France a porté ce combat cette année avec de nombreux pays que je souhaite remercier, notamment les membres du "Core group", M. Verhagen pour l’engagement des Pays-bas, mais aussi le Brésil, l’Argentine, la Norvège, le Gabon, la Croatie, le Japon. Ainsi que l’ensemble des soixante-six Etats qui nous ont rejoint dans ce combat contre la discrimination et en faveur de l’universalité.

Il n’est pas question ici de faire la promotion d’un modèle de société particulier qui serait issu d’une culture déterminée, mais de combattre l’esprit d’intolérance. Le fait que des pays de tous les continents se soient d’abord associés pour écrire le texte puis le soutenir en est la preuve. Quand nous parlons de droits de l’Homme, nous parlons de la dignité de tous les individus.

L’universel et le particulier sont indissociables.

La culture ne saurait justifier des atteintes à la vie privée.

Rien ne saurait justifier qu’on se cache derrière le paravent de la culture pour s’affranchir du respect de la dignité humaine. On touche ici une difficulté essentielle, celle du juste équilibre de l’intervention des pouvoirs publics pour protéger l’individu dans la société. La pénalisation de l’homosexualité est certes inacceptable, et l’objectif de la déclaration qui a été prononcée aujourd’hui est bien de rappeler ce qui nous apparaît comme une évidence. Mais tout aussi inacceptable est la violation d’un droit fondamental constituée par l’inaction de l’Etat. Les autorités ont le devoir de punir le responsable de violences, y compris quand celles-ci sont fondées sur l’orientation sexuelle ou l’identité de genre des victimes.

Nous en venons ici à la question qui préoccupe très directement une grande partie d’entre vous, défenseurs des droits de l’Homme. Vous venez parfois de pays où votre combat n’est pas reconnu ou que les autorités souhaitent réduire au silence. Il est évidemment de la plus haute importance que la communauté internationale se saisisse de la question et s’efforce de faire progresser le droit international et son interprétation.

C’est pourquoi nous sommes réunis ce jour.

Cependant, c’est surtout grâce à votre lutte au quotidien, opiniâtre, dans des conditions souvent très difficiles, voire dangereuses pour vous et pour vos proches, que peuvent apparaître les véritables évolutions.

Pour cette raison, je tiens particulièrement à vous rendre hommage, vous qui êtes si souvent exposés à l’esprit d’intolérance. J’espère que la déclaration que nous avons fait aboutir ensemble aujourd’hui est un levain d’espérance. Qu’elle vous apportera soutien et encouragement.

Nous ne pouvons décréter ici, aux Nations unies, le changement des mentalités. Mais il nous appartient à tous, Etats ou organisations internationales, de vous soutenir dans votre combat pour l’acceptation de la diversité humaine, qui n’est possible que grâce au respect de l’universalité des droits de l’Homme.



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