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11 mars 2014 - Intervention de Mme Najat Vallaud-Belkacem, Ministre des droits des femmes, porte-parole du Gouvernement, au débat général de la 58ème session de la Commission de la condition de la femme

"Nous devons l’affirmer haut et fort dans cette enceinte : les droits sexuels et reproductifs doivent être protégés partout" - Mme Najat Vallaud-Belkacem, Ministre des droits des femmes, porte-parole du Gouvernement, intervient lors du débat général de la 58ème session de la Commission de la condition de la Femme
New York - 11 mars 2014 - Crédits : Franceonu photo


Merci Monsieur le président.

Je tiens à vous féliciter et à remercier Madame Phumzile Mlambo-Ngcuka – et à travers elle ONU-Femmes – pour son action quotidienne en faveur des droits des femmes.

Mesdames et messieurs,

L’autonomisation des femmes, thème de notre session, n’est pas qu’une belle formule. Elle se décline de manière très concrète en termes de développement, de santé, de droits.

Sur tous ces sujets, des progrès considérables ont été réalisés depuis le milieu du 20ème siècle. Dans un grand nombre de pays, les rêves, les utopies en apparence les plus folles des féministes du siècle précédent, sont devenus réalité. L’égalité entre les femmes et les hommes est aujourd’hui affirmée par le droit international, inscrite dans de nombreuses constitutions. Les femmes ont les mêmes droits que les hommes : droits politiques, droits civiques, droit à l’instruction, accès au travail, à tous les emplois, liberté de se marier, ou de ne pas se marier, d’avoir des enfants, ou de ne pas en avoir.

Chacune de ces libertés, il faut s’en souvenir ici, est une conquête, le résultat de longues luttes. Mais ce que nous savons aussi, c’est que les écarts entre les femmes n’ont été aussi grands qu’aujourd’hui. Dans tous les pays du monde, on trouve des femmes qui jouissent des droits que je viens de rappeler, mais dans les même temps, dans les mêmes pays, le plus souvent dans les campagnes, des centaines de millions de femmes vivent encore dans une société patriarcale, considérées comme inférieures, placées toute leur vie sous la domination d’un homme et d’un clan, bonnes seulement à produire des garçons. Elles sont souvent victimes de violence dans leurs familles, en dehors de leurs familles. Et cette société patriarcale qui se sent menacée aujourd’hui devient plus oppressive encore. Elle souhaite en particulier enlever aux femmes leur liberté, et avant tout leur liberté dans le domaine sexuel.

Et pour cause. La liberté sexuelle et les droits reproductifs sont à la source de toute autonomisation des femmes. Ce sont les premières conditions de l’égalité des chances entre les femmes et les hommes. C’est pourquoi, dans mon propos d’aujourd’hui, je voudrais insister sur ce point. Nous devons l’affirmer haut et fort dans cette enceinte : les droits sexuels et reproductifs doivent être protégés partout.

Mesdames et messieurs,

Le dire ici n’est pas faire une ingérence dans des questions qui seraient culturelles ou religieuses et donc propres à chaque Etat. Non. La liberté de disposer de soi est un droit humain fondamental. Je vous rappelle que lorsque les droits humains sont en jeu nous avons un devoir d’universalité et une obligation absolue de protection.

Garantir les droits sexuels et reproductifs, qu’est-ce exactement ?

C’est créer les conditions qui permettent aux femmes et aux hommes de faire des choix libres, éclairés et responsables quant à leur vie. C’est assurer un accès à des services adaptés et de qualité qui permettent enfin aux filles de ne plus mourir en couche, qui permettent enfin aux femmes de vivre sans crainte, de choisir le nombre de leurs enfants, d’accéder à l’éducation, au savoir, au travail, aux responsabilités, et donc de contribuer au développement et au progrès social de leur pays.

Tout cela est la responsabilité des Etats et dans l’intérêt de nos sociétés.

Refuser de reconnaître ces droits, à contrario, c’est accepter comme une fatalité les 50 000 femmes qui meurent chaque année des suites d’un avortement à risque et les millions d’autres mutilées à jamais pour n’avoir pas eu d’autre choix que de perpétrer cet acte dans des conditions épouvantables.

Refuser de reconnaître les droits sexuels et reproductifs, c’est se dédouaner des 240 morts maternelles pour 100 000 naissances qui sont aujourd’hui encore la dure réalité des pays en développement.

Refuser de reconnaître ces droits sexuels et reproductifs dans notre Commission sur le statut de la femme et demain dans les Objectifs du Développement Durable, c’est accepter la persistance de la pratique la plus vieille du monde, à savoir le contrôle des femmes.

Oui, mesdames et messieurs, il est grand temps que la communauté internationale garantisse l’accès universel à la planification familiale, à l’avortement sécurisé et à l’éducation à la sexualité. Nous devons y consacrer les moyens nécessaires et la France est prête à s’investir sur cette question. Nous en ferons un des sujets à part entière de la préparation de l’agenda pour le développement.

Je vous remercie.


En savoir plus sur les droits des femmes.



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