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2 mars 2010 - Participation des hommes à la lutte contre les violences envers les femmes et à l’égalité des sexes : Intervention de M. Gérard Araud, représentant permanent de la France auprès des Nations unies

54ème session de la Commission de la Condition de la Femme (CCF) - Evénement parallèle co-organisé par les Etats-Unis d’Amérique et le France



Je suis particulièrement heureux d’animer avec vous, Madame l’Ambassadeur, cette réunion, sur un thème qui me tient particulièrement à cœur et qui est une priorité du gouvernement français : la lutte contre les violences faites aux femmes et plus généralement la promotion de l’égalité entre les femmes et les hommes.

Sur ces sujets, il existe une totale communauté de valeurs, d’objectifs, d’engagements, entre l’Administration américaine et le gouvernement français, aussi bien sur la scène internationale - c’est une priorité de l’action diplomatique américaine et française - qu’au niveau national.

L’angle retenu pour notre échange, celui de la participation des hommes à la lutte contre les violences envers les femmes et plus généralement, à la promotion d’une culture de l’égalité, du respect entre les sexes et de la mixité, me paraît particulièrement pertinent.

En effet, le combat pour le respect de la dignité et de l’intégrité physique et psychique des femmes, pour l’égalité des sexes, ne peut se mener et se gagner qu’en partenariat étroit avec les hommes et lorsque ce combat est victorieux, les hommes comme les femmes en sont bénéficiaires.


I) LUTTE CONTRE LES VIOLENCES FAITES AUX FEMMES :

Les violences faites aux femmes coûtent au minimum un milliard d’euros par an, d’après une première estimation réalisée en France. Et que dire de la somme de souffrances, du gâchis engendrés pour la société dans son ensemble. C’est pourquoi le Premier Ministre a décidé le 25 Novembre dernier, de faire de la lutte contre les violences envers les femmes une grande cause nationale, c’est-à-dire non plus seulement un sujet d’intérêt général, mais un combat de société qui nous concerne tous.

Faire prendre conscience de l’ampleur du sujet, surmonter les préjugés, travailler à faire changer les mentalités par la pédagogie et l’éducation, telles sont les lignes de force de notre action.

Nous savons combien la visibilité médiatique est essentielle pour sensibiliser nos concitoyens à ces enjeux ; c’est pourquoi le Ministère du Travail et le Secrétariat d’Etat à la Famille et à la Solidarité soutiennent l’action des associations engagées avec une campagne de communication.

Cet effort s’inscrit dans le cadre de l’engagement constant de l’Etat depuis trois ans : des actions de sensibilisation importantes ont été engagées sur les violences conjugales, les violences psychologiques et les mariages forcés et une troisième étape sera franchie, cette année, pour insister sur la prévention des violences sexistes chez les jeunes et le respect entre garçons et filles.

II) EDUCATION DES JEUNES AU RESPECT :

Pour que les hommes et les femmes se mobilisent, ensemble, pour le respect des droits fondamentaux de tous les êtres humains et pour l’égalité des sexes, nous savons tous qu’il faut sensibiliser les garçons dès le plus jeune âge.

C’est pourquoi, l’éducation des jeunes au respect et à l’égalité entre les sexes est l’un des trois axes de la Convention pour la promotion de l’égalité des sexes dans le système éducatif, signée par huit Ministres le 29 juin 2006.

Dans ce cadre, des supports visuels (vidéo, court-métrage) sont réalisés pour accompagner des actions qui visent à lutter contre les comportements sexistes et violents et promouvoir le respect mutuel entre les sexes.

Par ailleurs, pour mobiliser encore davantage les réseaux des services des Ministères partenaires, sur le terrain, et pour mettre en œuvre concrètement la Convention, en tenant compte des réalités locales, des journées de travail inter-réseaux ont été organisées sur tout le territoire national. Les acteurs de terrain ont été sollicités, ce qui a favorisé l’échange de bonnes pratiques, sur le respect entre les sexes, la lutte contre les violences sexistes et sexuelles, sur la formation à l’égalité des sexes des acteurs éducatifs ainsi que sur l’orientation scolaire des filles et des garçons non stéréotypée, en vue de promouvoir l’égalité professionnelle.

III) LUTTE CONTRE STEREOTYPES :

La participation des hommes est indispensable pour éradiquer les stéréotypes qui continuent d’imprégner nos sociétés et qui constituent un des obstacles les plus difficiles à surmonter, si nous voulons parvenir à une réelle égalité entre les femmes et les hommes. C’est pourquoi la lutte contre les stéréotypes, les rôles communément associés aux hommes et aux femmes, est un axe essentiel de notre politique en faveur de l’égalité entre les femmes et les hommes. Nous nous attachons plus particulièrement à lutter contre les stéréotypes dans l’éducation et dans les média.

A) DANS L’EDUCATION :

Nous le savons, la reproduction des stéréotypes de genre, par les hommes comme par les femmes, est souvent involontaire et inconsciente. Aussi, pour faire évoluer les mentalités, il faut faire comprendre que certaines idées ou principes, pourtant largement admis, n’ont en réalité aucun fondement rationnel, par exemple pour déterminer telle ou telle orientation ou activité professionnelle en fonction du sexe. C’est pourquoi, l’un des trois axes de la Convention inter - ministérielle que je mentionnais tout à l’heure est de généraliser la formation des acteurs éducatifs à l’égalité entre les sexes, afin qu’ils intègrent pleinement cet objectif dans leurs pratiques professionnelles et pédagogiques, pour qu’à terme, les stéréotypes et les inégalités qui en découlent ne soient plus reproduits par l’éducation qui est censée les combattre. Mais ces messages doivent aussi être adressés aux élèves, filles et garçons, et bien-sûr aux pères et aux mères.

B) DANS LES MEDIA :

Dans une société où le visuel prédomine, les représentations stéréotypées et parfois dégradantes des femmes véhiculées dans les médias peuvent compromettre les progrès réalisés en matière d’égalité entre les femmes et les hommes. Un décalage est perceptible entre la représentation médiatique des femmes et des hommes et leur place véritable dans la société, qu’il s’agisse de l’accès au travail et au savoir, de l’équilibre vie professionnelle et familiale des soins dispensés aux enfants ou aux personnes dépendantes, ou du rapport au corps et au désir. Il est donc crucial de mobiliser l’ensemble de la société sur cette question, avec des actions de sensibilisation, de vigilance, de régulation et de contrôle.

Cette question concerne évidemment tous les pays et elle a été abordée à plusieurs reprises, ici, aux Nations Unies et dans des instances régionales. Ainsi, dans ses conclusions du 22 mai 2008, le Conseil de l’Union européenne a appelé les Etats membres et la Commission européenne à encourager, via les organismes appropriés, les campagnes de sensibilisation et les échanges de bonnes pratiques afin de lutter contre les stéréotypes fondés sur le sexe et promouvoir dans les médias une représentation réaliste et non discriminatoire des femmes et des hommes. Le Parlement européen a également adopté en 2008 un rapport sur l’impact du marketing et de la publicité sur l’égalité des genres.

En France, depuis la signature, en décembre 2003, de la Déclaration commune sur le respect de la personne humaine dans la production publicitaire, entre le Ministère chargé des droits des femmes et l’Autorité de régulation professionnelle de la publicité, un bilan annuel est présenté au Ministre et rendu public. Ce bilan permet de quantifier les dérives, de repérer les tendances négatives et d’intervenir auprès des professionnels auteurs de manquements.

Pour aller plus loin et engager une démarche plus globale, la Ministre chargée des droits des femmes a installé, fin février 2008, la Commission de réflexion " Image des femmes dans les médias " présidée par Michèle Reiser, réalisatrice et membre du Conseil Supérieur de l’Audiovisuel. La conclusion de son rapport, rendu en septembre 2008, montre que, en dépit d’avancées notables, les femmes demeurent souvent " invisibles ", " inaudibles " ou " secondaires " dans les médias. Cette Commission a été installée de façon pérenne le 18 juin 2009, avec pour missions de réaliser un suivi annuel des grands médias. Elle remettra chaque année un rapport sur les actions menées, ce qui encouragera les professionnels à s’autoréguler.


III) SANTE SEXUELLE ET GENESIQUE :

Pour que la contraception soit bien utilisée et efficace, il faut tenir compte des attentes et des modes de vie des femmes et des couples et il est souhaitable que les hommes participent au choix de contraception. Tel est le sens de la campagne que nous menons en France depuis 2007, sous le slogan : " La meilleure contraception, c’est celle que l’on choisit ".

IV) PARTAGE DES RESPONSABLITES FAMILIALES, SOCIALES ET PROFESSIONNELLES :

Lorsqu’ils sont seuls et sans enfants, les hommes et les femmes ont les mêmes taux d’emploi : lorsqu’ils deviennent parents, il y a plus de 20 % d’écart. C’est dire si aujourd’hui encore, l’arrivée d’un enfant pèse lourdement sur la situation des femmes sur le marché du travail et sur elles seules. On observe même, que les hommes travaillent davantage après qu’avant l’arrivée d’un enfant, alors que c’est souvent le contraire pour leur compagne, surtout à partir du 2ème et plus encore du 3ème enfant.

Faciliter, pour les hommes comme pour les femmes, la conciliation entre la vie professionnelle, familiale et personnelle, est donc un enjeu crucial, si nous voulons atteindre une égalité réelle entre les femmes et les hommes, garantir davantage de justice sociale et développer nos performances économiques Ouvrir un droit à un congé paternité d’une durée suffisante pour permettre au père de faire connaissance avec son enfant, adapter les dispositifs de congés parentaux pour que ceux qui choisissent d’en bénéficier ne soient pas pénalisés sur le marché du travail et pour inciter les pères à utiliser cette possibilité, offrir aux familles des modes de garde d’enfants en nombre suffisant, diversifiés, à des coûts abordables et de très grande qualité, lutter contre les stéréotypes sont les mesures que nous développons en France pour essayer de répondre à ces enjeux.

Imaginer une société plus égalitaire où hommes et femmes partageront, à parts égales, les responsabilités économiques, politiques, sociales et aussi les contraintes, mais aussi les joies de la parentalité, tel est le défi qui est devant nous.

A travers le monde, notre mobilisation pour l’égalité réelle devra aussi trouver un appui et un prolongement sur le terrain du droit. A l’Assemblée Générale, la France et les Pays-Bas présentent chaque année une importante résolution sur l’Intensification de l’action menée pour éliminer toutes les formes de violence à l’égard des femmes, toujours adoptée par consensus. La dernière résolution du Conseil des Droits de l’Homme sur l’élimination de la discrimination à l’égard des femmes, adoptée en septembre 2009, rappelle les enjeux - et les obligations - liés à l’élimination des législations qui, dans de nombreux pays, continuent de violer le droit fondamental des femmes d’être protégées contre la discrimination et participent du maintien des préjugés et stéréotypes à leur encontre dans des domaines multiples : capacité juridique, accès à la propriété et au travail, participation à la vie publique et politique...Là encore, le changement dépend de l’engagement de tous.

V) POUR UNE CULTURE DE L’EGALITE PARTAGEE PAR TOUS :

Après tous les progrès que nous avons réalisés, après toutes les démarches que nous avons entreprises pour continuer d’avancer, il nous reste à réaliser le plus difficile mais peut-être aussi l’essentiel : réussir cette double émancipation des rôles auxquels femmes et hommes sont encore trop souvent assignés : émancipation de la sphère publique, pour les hommes, pour qu’ils acceptent, comme certains le font déjà, de s’investir dans le travail non rémunéré et de prendre toute leur place dans l’éducation des enfants : émancipation de la sphère privée pour les femmes, afin qu’elles puissent ne plus s’identifier à la seule tâche d’éducation et de soin, qu’elles la partagent sans éprouver un sentiment de dépossession et que sans culpabilité elles investissent le monde du travail, la vie sociale, la sphère politique. C’est donc bien un nouveau contrat de société entre les femmes et les hommes dont il s’agit, où chacun, chacune peut trouver à gagner à ce nouveau partage.

A l’opposé des discours normatifs, la réalisation de l’égalité entre les sexes signifie que les droits et possibilités de chaque individu ne sont pas tributaires du fait d’être homme ou femme. L’égalité ne signifie pas l’uniformité. Elle vise la reconnaissance des hommes et des femmes en tant que sujets égaux en droit et en dignité, dont rien ne fonde la subordination ou la domination.

Les femmes et les hommes sont partenaires et co-créateurs de la société. En ce sens, l’égalité est un fondement pour une nouvelle organisation sociale, une nouvelle politique, une nouvelle éthique./.




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