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23 septembre 2010 - Mini sommet sur la Somalie - Intervention de M. Bernard Kouchner, ministre des Affaires étrangères et européennes

Monsieur le Secrétaire général,

Mesdames et messieurs les chefs d’Etat et de gouvernement,

Mesdames et messieurs les ministres,

Cher amis,


La Somalie est aujourd’hui à un moment crucial de son histoire : l’espoir est là, mais cet espoir est fragile. Aujourd’hui, plus que jamais, la communauté internationale doit toute entière se mobiliser derrière les institutions de transition pour soutenir la paix et la reconstruction de la Somalie.

Monsieur le Secrétaire général, je vous remercie donc d’avoir convié cette réunion, quatre mois après la conférence que vous aviez organisée, à Istanbul, avec le Premier ministre turc.

Que s’est-il passé depuis Istanbul ?

Les extrémistes continuent, jours après jours, à faire la preuve de leur barbarie et de leur détermination à saper la paix fragile issue du processus de Djibouti. Attaques et attentats se succèdent, frappant sans répit les civils, les autorités et la force de paix de l’Union africaine (AMISOM). Aujourd’hui encore, près de vingt civils ont été tués dans une nouvelle attaque du Shebab, dont la capacité de nuisance s’étend désormais au-delà de la Somalie. Nos amis ougandais, parmi les principaux contributeurs de troupes de l’AMISOM, ont ainsi été touchés de plein fouet le 11 juillet dernier par des attentats sanglants à Kampala.

Mais l’Ouganda et le Burundi ne faiblissent pas, leurs gouvernements n’ont renoncé à rien et les soldats de la paix de l’Union africaine, sur le terrain, font chaque jour la preuve de leur courage. Je veux ici leur rendre hommage et leur dire que la France est à leurs côtés.

En dépit de la détermination meurtrière des extrémistes, des signes positifs nous sont parvenus aussi, y compris de Mogadiscio :

- le Gouvernement fédéral de transition (GFT) a poursuivi l’élargissement de sa base politique, dans l’esprit des accords de Djibouti - Monsieur le Président [Sharif], vous le savez, vous pouvez compter sur le plein soutien de la France. Votre mission est ardue, mais vous êtes un espoir pour la paix et nous vous engageons à aller encore plus loin ;
- un projet de Constitution est en cours de discussion pour assurer la fin de la transition ;
- main dans la main avec l’Union Africaine et l’IGAD (Autorité intergouvernemental pour le développement), le nouveau représentant spécial du Secrétaire général des Nations unies, M. Mahiga, a beaucoup avancé dans la coordination du soutien international, et je voudrais saluer sa détermination à assurer une présence continue de l’ONU en Somalie même. Il y a là des risques évidents, mais nous ne pouvons y renoncer. Les enjeux pour la Somalie, mais aussi pour la crédibilité de l’action des Nations unies dans le pays, sont trop importants.

Le message que je voudrais faire passer aujourd’hui est simple. Nous sommes tous engagés derrière le processus de Djibouti et nous ne pouvons reculer ni, pire encore, nous défausser. Nous devons faire plus, et mieux.

Chacun doit assumer ses responsabilités.

— Le GFT, en premier lieu. Les querelles internes auxquelles nous avons assisté ces derniers mois sont inacceptables et irresponsables. Elles se sont soldées par la démission du Premier ministre il y a deux jours. Ces disputes, souvent injustifiées, entraînent l’immobilisme. Le premier danger qui guette aujourd’hui le GFT vient de lui-même. La transition doit s’achever dans 10 mois à peine - et tant reste pourtant à accomplir pour convaincre la population que la paix et la stabilité sont préférables au chaos et à l’anarchie.

— L’AMISOM. Plus de 7000 soldats de l’Union africaine assurent la sécurité de l’approvisionnement de Mogadiscio - notamment en aide humanitaire - et des institutions de transition. Cette mission est vitale pour la Somalie. J’appelle ici solennellement tous ceux qui le peuvent à soutenir cette entreprise qui a aujourd’hui des besoins considérables. La France est favorable au renforcement de l’AMISOM, tel que demandé par l’Union africaine s’il peut permettre de desserrer l’étau dans lequel se trouve le GFT.

— Les Nations unies. Je voudrais redire ici ce que j’avais souligné à Istanbul : la France demande que tous les organes des Nations Unies pour la Somalie soient placés sous la direction du Représentant Spécial du Secrétaire général, qui aura ainsi - enfin - les moyens d’assurer la cohérence et l’efficacité de l’action de l’ONU en Somalie. C’est crucial pour l’avenir de ce pays. C’est vital pour la crédibilité des Nations unies. Nous ne pouvons tolérer des actions contradictoires de nos propres agences internationales à un moment aussi déterminant. Le Conseil de sécurité soutient le GFT. Il a demandé aux Nations unies de le suivre sur cette voie. Cet engagement ne concerne pas seulement le bureau politique, mais l’ensemble des organes, y compris les agences à vocation humanitaire.

— La communauté internationale. Le GFT doit être davantage soutenu par de l’aide directe. C’est certes difficile car nous n’avons pas tous les mêmes outils. Là encore, ceux qui en ont la possibilité se doivent d’aider le gouvernement somalien, qui pourra ainsi mettre en œuvre des politiques au service de la population. Je compte aussi sur la mobilisation de la diaspora somalienne, qui a un rôle déterminant à jouer pour soutenir les autorités du pays.

— Enfin, je voudrais dire un mot des zones qui bénéficient d’une certaine stabilité : les régions du Somaliland et du Puntland. L’aide de la communauté internationale y est déjà considérable. Mais elle peut encore être accrue, en particulier dans le domaine du renforcement de l’Etat de droit. Je pense notamment au jugement et à l’incarcération des pirates, indispensables pour mettre fin à l’impunité qui règne actuellement dans le golfe d’Aden et l’Océan indien. Aucune opération militaire n’en viendra à bout, c’est aux racines du mal que l’on doit s’attaquer.

Mesdames et messieurs,

Pour que l’histoire de la Somalie ne soit pas réduite à une dramatique série d’occasions manquées, nous devons continuer à avancer. A refuser, toujours, que la Somalie soit offerte aux extrémistes et s’enfonce dans le chaos. Nous le devons aux Somaliens. Nous nous le devons à nous-mêmes.

Je vous remercie./.



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