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25 septembre 2013 - Petit-déjeuner sur la situation humanitaire et la réponse internationale à la crise en République centrafricaine - Intervention de M. Laurent Fabius, ministre des Affaires étrangères

(Seul le prononcé fait foi)

Je veux remercier la Secrétaire générale adjointe, Mme Valérie Amos, et la Commissaire européenne Kristalina Georgieva pour avoir pris l’initiative de cette réunion, et avoir invité la France à y participer.

Ce que vous venez de nous dire, mesdames, sur la situation humanitaire en RCA correspond, hélas, aux informations dont nous disposons sur ce pays. La RCA a connu, dans le passé, des situations graves, très graves. Mais jamais la RCA n’avait connu une situation aussi dramatique. Tous les acteurs, sur le terrain, le disent. C’est, aujourd’hui, tout un peuple qui est menacé. C’est, aujourd’hui, tout un peuple qui a peur, victimes de violations systématiques, et graves, des droits de l’homme : exactions d’envergure, villages brûlés, liquidations, viols, mariages forcés, avec, de surcroît, de manière croissante une dimension communautaire et religieuse. Les chefs d’Etat de la région s’en inquiètent, et le disent. Le sort des femmes est, hélas, en RCA, comme dans les Kivus (en RDC) ou dans le Darfour, dramatique. Nous n’avons pas le droit d’ignorer la RCA. Nous devons réagir, comme nous avons, ensemble, réagi quand les droits élémentaires étaient bafoués dans le Nord du Mali, avec le résultat que vous connaissez. Nous avons la capacité de faire la différence en RCA. Le moment est venu d’agir.

La situation en RCA menace, en outre, la paix et la sécurité régionale. Zone grise, zone sans Etat, zone sans colonne vertébrale, la RCA attire déjà toutes sortes de groupes dangereux : LRA venue de l’Ouganda, Janjaouites venus du Darfour, peut-être déjà des groupes venus du Mali/Sahel, passés par le Sud de la Libye et le Darfour, peut-être également, déjà, Boko Haram, qui évolue au Nigéria, si proche. La RCA est un maillon, sans doute un des plus faibles, d’une ligne, qui part de Nouakchott et va jusqu’à Mogadiscio. L’implosion de la RCA, la somalisation de la RCA ne pourra pas ne pas avoir de conséquences sur deux des régions les plus fragiles du continent, la région des grands lacs et les deux Soudans.

Nous devons donc, ensemble, agir. Nous pouvons, ensemble, agir. La communauté internationale doit se mobiliser.

— Agir d’abord pour sécuriser le pays. C’est dans cet esprit que la France salue l’action résolue des voisins de la RCA, pays membres de la CEEAC, qui, très vite, ont pris la mesure de la gravité de la situation. La France salue également l’Union africaine, qui s’est saisie du dossier, et qui, de concert avec la CEEAC, a décidé d’aller de l’avant, en déployant la MISCA (Mission internationale de soutien à la République centrafricaine). 1 400 hommes sont, déjà, déployés sur le terrain, où ils commencent à faire la différence, notamment à Bangui. D’autres renforts sont nécessaires, pour atteindre l’objectif, fixé, de 3 500 soldats, qui permettrait à la MISCA de sortir de Bangui, afin de sécuriser l’intérieur du pays, aujourd’hui livré à lui-même, aux pillards et aux tueurs.

Pour mener à bien sa mission, cette force devra bénéficier d’un soutien de la communauté internationale : soutien politique, soutien logistique, soutien financier. La France, vous le savez, est présente sur place, avec une force de 450 hommes, chargée, hier, d’épauler la force africaine MICOPAX, aujourd’hui, à la demande du conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine, d’épauler la MISCA. Mais cela ne suffit pas.

Il faudra aller plus loin, et trouver, notamment à Bruxelles, les ressources pour financer la MISCA, comme l’Union européenne l’a fait, et continuera à le faire en faveur d’une autre opération de l’Union africaine, l’AMISOM, en Somalie. Il faudra également que le conseil de sécurité des Nations Unies, déjà saisi du dossier, se prononce sur les possibles options de soutien des Nations Unies à la MISCA. La France souhaite aller aussi vite que possible. La situation sur le terrain l’exige.

— Agir aussi pour que des avancées concrètes soient réalisées, sur le plan politique, dans la ligne de l’accord de Libreville, de la déclaration de N’Djamena et de l’appel de Brazzaville, obtenus grâce aux efforts déployés par la CEEAC, dont je salue le médiateur, et par l’Union africaine. Le processus doit conduire à la tenue d’élections libres, régulières et transparentes. Il s’agit là, monsieur le premier ministre -je me tourne vers vous- d’une responsabilité essentielle des autorités de la transition, c’est-à-dire principalement de M. Djotodia, comme de vous-même.

— Agir enfin dans le domaine humanitaire, pour venir en aide à une population qui manque de tout, vit dans la peur et le dénuement le plus complet. Je remercie à cet égard la mobilisation, très forte, à la fois des Nations Unies et de l’Union européenne. Je sais, mesdames, que vous vous êtes rendues, ensemble, en RCA. Votre séjour, sur place, a contribué à réveiller le monde sur la gravité de la crise en RCA. L’effort financier, significatif, que vous avez alors annoncé en faveur de la RCA permet d’amorcer un début de retour à la normale. La France, pour sa part, consacrera 10 millions d’euros pour des projets humanitaires qui auront un impact direct pour les populations. Je forme le vœu que de nombreux partenaires se mobilisent afin de répondre aux besoins urgents de la population.

Mesdames, Messieurs,

L’an dernier, durant l’assemblée générale des Nations Unies, la France avait pris l’initiative d’organiser une réunion consacrée au Mali. Un an après, le Mali, qui vient d’élire son président de la république, est sur la voie du retour à la normale.

Puisse cette réunion, aujourd’hui, être également aussi efficace et utile, de sorte que, quand nous nous retrouverons, ensemble, à New York, l’année prochaine, la RCA aura retrouvé le chemin de la paix et de la sécurité.

Je vous remercie.

En savoir plus sur la République centrafricaine.



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