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27 septembre 2012 - Réunion de haut-niveau sur la République Démocratique du Congo - Intervention de Mme Yamina Benguigui, ministre déléguée auprès du ministre des Affaires étrangères, chargée de la Francophonie

« Seul le prononcé fait foi »

Monsieur le Secrétaire général,
Mesdames, Messieurs les présidents,
Mesdames, Messieurs les ministres,

Je remercie le Secrétaire général d’avoir pris l’initiative d’organiser cette réunion. Je remercie tout autant les Présidents Kagamé et Kabila, ainsi que le Vice-Président Ssekandi d’avoir répondu à l’invitation et d’être présents ici aujourd’hui.

* *

Ce qui n’était encore en avril dernier qu’une mutinerie dans les rangs des forces armées congolaises (FARDC) est devenu en quelques semaines une rébellion qui déstabilise l’ensemble du Nord-Kivu et qui menace toute la sous-région.

La liste des exactions est accablante. Le « M23 » est conduit notamment par le général Bosco Ntaganda, qui fait l’objet de deux mandats d’arrêt de la Cour pénale internationale (CPI) pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité. Le Mouvement a recours à la violence pour s’assurer le contrôle d’une partie du territoire du Nord-Kivu. Il a recruté de force des enfants-soldats et s’est rendu responsable de viols de masse, de sévices contre des civils et d’exécutions arbitraires. Son avancée a provoqué le déplacement de 320 000 civils depuis avril dans le seul Nord-Kivu. Il continue par ailleurs de menacer la ville de Goma.

Les responsables du M23 et leurs soutiens doivent savoir que leurs actes ne resteront pas impunis. La France appuie l’adoption dès que possible de sanctions ciblées du Conseil de Sécurité contre les principaux dirigeants du Mouvement. Des poursuites pénales doivent être engagées contre ces individus afin qu’ils répondent de leurs crimes.

Dans la situation d’urgence actuelle, il nous faut aussi nous mobiliser davantage en faveur des populations civiles vulnérables des Kivus, aujourd’hui tributaires de l’aide humanitaire internationale. Seulement 45% des besoins de financement de l’aide humanitaire demandée par les Nations Unies pour 2012 ont été couverts pour le moment. Pour sa part, la France a versé, pour 2011 et 2012, 3,6 millions d’euros à l’aide humanitaire en RDC, qui viennent s’ajouter aux 106 millions d’euros versés pour cette même période dans le cadre de l’Union européenne.

* *

Au-delà, la stabilisation de l’Est de la RDC passe par une mobilisation accrue de l’Etat congolais.

Les autorités congolaises ont la responsabilité de maintenir et de consolider la paix, d’assurer la réconciliation nationale et de protéger les populations civiles des exactions des groupes armés. La Mission de l’ONU pour la stabilisation en RDC, la MONUSCO, appuie l’armée congolaise dans cette tâche.

Pour rétablir la souveraineté de l’Etat sur l’ensemble du territoire congolais, notamment sur l’Est du pays, des réformes de fond doivent être conduites. Comme l’a souligné le Conseil de Sécurité à plusieurs reprises, l’armée, la police, la justice et plus généralement l’administration congolaise doivent être renforcées et modernisées.

L’Union européenne s’est engagée dans ces domaines, notamment au travers des missions EUSEC et EUPOL RDC pour la réorganisation de l’armée et de la police congolaises. Ces efforts pour la réforme du secteur de la sécurité ne pourront atteindre leurs objectifs sans un réel engagement politique de la RDC. Le nouveau gouvernement doit s’y atteler.

Le M23 n’est toutefois pas uniquement un problème congolais. Les experts du panel du Comité de sanctions des Nations Unies l’ont souligné et le Conseil de Sécurité l’a constaté à deux reprises : le M23 bénéficie de soutiens extérieurs, y compris d’Etats voisins de la RDC. Rien ne peut justifier un appui à une rébellion armée conduite par des criminels de guerre. Je souhaite redire ici que tous les soutiens au M23, quels qu’ils soient, doivent cesser.

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Au-delà des déclarations, nous sommes ici afin d’identifier les outils qui permettront une stabilisation durable des Kivus.

Je salue à cet égard les efforts fournis par la « Conférence internationale sur la région des Grands lacs » (CIRGL). Le Sommet de Kampala qui s’est tenu le 8 septembre dernier a rappelé les paramètres de la solution :

— Premièrement, la solution ne peut être que politique. Face à la complexité de la situation, une médiation doit être mise en place afin de faciliter le dialogue entre les parties, identifier les raisons des divisions et proposer des compromis. Les Nations Unies et l’Union africaine peuvent apporter leur soutien à la CIRGL et aux deux parties pour mettre en place cette médiation. La relance, au niveau régional, d’un processus politique susceptible de déboucher sur un règlement durable implique un engagement des deux parties au plus haut niveau.

— Pour accompagner le règlement politique, des dispositifs pratiques doivent être mis en place sur le terrain pour rétablir la confiance de part et d’autre de la frontière de la RDC et pour stabiliser la situation sécuritaire. L’activation du « mécanisme conjoint de vérification » de la frontière entre la RDC et le Rwanda par la CIRGL est à cet égard une initiative constructive. La Force de l’ONU, la MONUSCO, doit vraisemblablement également avoir un rôle à jouer pour appuyer ce mécanisme. Nous sommes disposés à examiner quels aspects du mandat de la MONUSCO pourraient être renforcés.

* *

Monsieur le Secrétaire général,

Je souhaiterais conclure en soulignant que, quelles que soient les pistes envisagées, il est nécessaire que les principaux acteurs se parlent. Le Secrétariat de la Conférence sur les grands lacs, la Commission de l’Union africaine et le Secrétariat des Nations Unies ainsi que les autres acteurs internationaux concernés, en particulier l’UE, doivent entretenir un dialogue permanent. Ce dialogue est indispensable pour aboutir, en coordination avec les autorités congolaises et rwandaises, à des solutions qui soient rapides, réalistes et opérationnelles. Sans ce dialogue entre les organisations et avec les parties, nous risquons de perdre plus de temps encore, au détriment des populations civiles qui ont déjà bien trop souffert.

La France continuera quant à elle de prendre toute sa part aux efforts de paix.

Je vous remercie.



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