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29 mai 2014 - ECOSOC - Intervention de Mme Anne Hidalgo, maire de Paris, sur l’urbanisation durable

Merci M. le président. Merci chers amis.

Je suis très honorée d’être pour la première fois présente devant vous, très heureuse d’être là grâce à cette rencontre de l’ECOSOC et à l’implication durable de CGLU (Cités et gouvernements locaux unis) que j’ai l’honneur de coprésider.

Le thème de l’urbanisation durable est un thème qui s’inscrit aujourd’hui, et je vous en félicite, à l’agenda international. Le recentrage sur les villes me semble particulièrement opportun tant il est clair qu’elles se sont imposées en quelques décennies comme les plus importants creusets où prend forme l’avenir de l’humanité.

C’est désormais en ville que vit la moitié de la population du globe. Je pense à la spectaculaire vitalité des métropoles dans les pays émergents. Cette réalité nous impose de travailler partout dans nos villes à l’autonomie alimentaire des grandes métropoles, en recréant autour d’elles des ceintures maraichères. C’est dans nos villes que peut s’écrire la page sans doute la plus belle mais aussi la plus efficace du développement durable. Une page permettant de concilier l’attractivité économique, l’emploi, l’ambition sociale, bien sûr sans nous départir de l’ambition environnementale. Je me réjouis que Paris, ma ville, soit la ville hôte de la conférence des Nations unies sur le climat, la COP21, en 2015. J’espère bien sûr vous y retrouver nombreux.

Les grandes villes doivent s’unir pour développer des offres industrielles qui permettent d’agir concrètement contre le péril climatique et cette érosion massive de la biodiversité. Si les grandes villes donnent ici, aujourd’hui, dans cette conférence, le tempo du développement mondial, nous le savons les défis qui se présentent à elles sont également vertigineux. Les villes sont d’ores et déjà responsables de 80% des émissions de gaz à effet de serre. Elles consomment les trois quarts des ressources énergétiques de la planète. 60% des aires urbaines qui existeront en 2030 ne sont pas encore construites. Et la population y croîtra, d’ici 20 ans, de 1.4 milliard d’individus.

Les inégalités les plus flagrantes s’y font jour. Entre grandes capitales bien sûr mais aussi au sein d’une même agglomération, où se côtoient sur quelques kilomètres carrés la plus grande réussite et la plus grande misère. Si nous n’agissons pas ensemble, la promesse de progrès des peuples se révèlera une faillite collective et l’avenir des villes se réduira finalement à la fausseté des bidonvilles infects, où pourraient bien sûr se retrouver d’ici 2030 quelques 2 milliards d’hommes et de femmes, manquant de la plus élémentaire solidarité.

Aujourd’hui, l’enjeu est d’intégrer toutes ces composantes du développement pour faire la ville durable, en permettant par exemple au tissu urbain de se reconstruire sur lui-même plutôt que de s’étendre à l’infini. C’est le choix de Paris. Nous avons aujourd’hui 10% du territoire parisien en chantier sur d’anciennes friches, sur d’anciens terrains de logistique urbaine qui sont pour nous de formidables laboratoires d’un urbanisme durable. Sous l’impulsion volontaire de ma ville et de ses habitants, les programmes de logement que nous portons veillent à la construction de logement qui permettent, par exemple, 50% de logements sociaux aidés.

Dès 2025, tout Paris atteindra le seuil de 25% de logements sociaux aidés. Nous venons aussi dans cette nouvelle donne de prendre des mesures pour que la sobriété énergétique soit réelle dans une ville comme la nôtre. Par exemple, en poussant très loin les normes de construction de l’ordre de 50kw/m²/an sur les nouveaux immeubles construits. Pour irriguer les quartiers, apparaissent aujourd’hui de nouvelles rues animées de commerce, d’activités variées, qui sont desservies par les transports par les transports publics. Miser sur les transports publics non polluants me paraît, et c’est le choix de Paris, une priorité. Partout, nous poursuivons la construction de grandes trames écologiques qui ouvrent de grandes respirations au sein de la ville, soit en végétalisant par exemple 7ha à Paris d’ici 2020, soit en ouvrant de nouveaux jardins et en faisant pénétrer la nature partout dans la ville.

Dans nos cités modernes, l’innovation et le développement durable font bon ménage. Je veux donner un exemple que nous avons entrepris, expérimenté à Paris. Dans un immeuble de logement social, nous chauffons aujourd’hui gratuitement cet immeuble grâce à l’énergie engendrée par les microprocesseurs d’ordinateurs consacrés au calcul. La chaleur des microprocesseurs permet de chauffer des immeubles gratuitement. Lorsque l’on peut prendre appui sur de telles innovations technologiques, que la ville intelligente converge avec la ville bienveillante et la ville durable, je crois que nous avançons vers un avenir de l’humanité qui concilie toutes ces contraintes.

En étendant par exemple cette expérience que je vous donne à Paris, je vais faire en sorte que l’on offre à un moindre coût le chauffage et l’énergie à des populations qui, aujourd’hui, ne peuvent pas y accéder de façon suffisante. Je vais aussi permettre d’avoir une production de gaz à effet de serre nettement inférieure puisque ce système de chauffage par exemple ne génère pas ces gaz à effet de serre. Plus largement, nous nous sommes engagés dans une ville comme la nôtre sur ce que l’on appelle aujourd’hui l’économie circulaire c’est-à-dire cette économie du moindre impact sur l’environnement qui doit prendre une part de plus en plus importante dans nos villes.

Cette renaissance des villes ne peut avoir lieu qu’à travers l’avènement d’une citoyenneté locale pleinement investie dans la vie de la cité. Ce pari de la ville durable et de la ville bienveillante, qui est le pari que je fais pour ma ville, n’est possible que si les populations participent, si elles sont mises en situation de pouvoir participer à la décision publique. J’ai fait de ce thème, de la démocratie locale, de l’association des populations à travers par exemple des budgets participatifs –et j’ai proposé pour Paris 5% du budget d’investissement de la ville soumis à la participation citoyenne et au vote des citoyens. Pour pouvoir avancer avec la participation citoyenne, il y a aussi un thème qui me parait très important qui n’est pas éloigné du tout de ce dont nous parlons ici à l’ECOSOC : c’est la participation des femmes. Nous le savons, dans cette participation citoyenne, il faut aller chercher la participation des femmes, à l’échelle locale et à celle des quartiers, à l’échelle des élus.

Je me réjouis que, dans mon pays et dans ma ville, nous ayons 50% de femmes dans le conseil municipal et 50% de femmes dans l’exécutif municipal. Pour conduire cet urbanisme durable, il faut une ambition éminemment politique, celle d’une ville fraternelle, d’une ville inclusive. Parfois, j’entends dire qu’avant de pouvoir s’engager dans le développement durable, il faudrait avoir résolu les problèmes de pauvreté, les problèmes de cohésion sociale et d’égalité entre les habitants. C’est sans doute quelque chose qui n’est pas à portée de main de toutes les villes.

Je pense que nous devons complètement inverser le paradigme. Aujourd’hui, l’enjeu, le défi qui s’ouvre à nous, c’est de faire de la transition écologique dans nos villes la possibilité de changer de modèle et d’intégrer la dimension sociale et la dimension relative aux populations qui en sont le plus exclues. A travers ce concept d’économie circulaire, nous pouvons sans doute y arriver. Pour que le développement durable soit une réalité, pour que nous proposions des solutions efficaces pour répondre à ce défi du changement climatique, l’implication des citoyens et des citoyennes, de nos villes, de nos communautés, est indispensable. Nous devons véritablement avancer de concert : cette participation et la recherche des solutions. Nous devons faire avancer de concert la transition écologique et les nouvelles solutions de développement économique sur nos territoires. Nous devons faire avancer cela ensemble.

L’expérience que j’ai dans une ville comme Paris montre que c’est tout à fait possible. En trouvant des solutions –je vous donnais tout à l’heure l’exemple de nouveaux moyens de chauffage, il y en a d’autres : l’utilisation des déchets produits dans nos villes à des fins de production d’énergie nouvelle, la limitation aussi de ces déchets dans nos villes comme un moyen de réduire un certain nombre de coûts qui permettent aussi d’investir dans d’autres domaines et dans de nouveaux emplois, cela me parait être un horizon très important pour la gestion locale.

Je vais conclure sur ce propos en vous disant que, certes, il faut que, dans cet engagement pour le climat, les pays s’engagent. Les Nations unies sont engagées et nous poussent vers des résultats et des objectifs importants. Mais si on ne prend pas appui sur l’échelon local, l’endroit où se prennent les décisions, l’endroit où l’on peut les évaluer, où on peut mesurer leurs résultats, on restera dans la parole et pas dans les actes.

Aujourd’hui, les populations dans nos pays et nos sociétés, y compris dans ma ville à Paris, attendent des responsables politiques de la vision, de l’engagement par rapport aux grands défis qui se posent à nous et notamment le défi climatique mais ils attendent de nous de l’efficacité. Si nous voulons véritablement faire en sorte que la pauvreté et le respect de la planète puissent avancer de concert, nous devons non seulement nous engager à l’échelle internationale, à l’échelle des Etats, mais aussi faire confiance aux citoyens, aux villes et aux maires.

Je suis là pour porter ce message aussi au nom de CGLU et je me réjouis que l’on puisse porter cette parole au sein de cette belle assemblée à laquelle je crois.

Merci.



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