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3 octobre 2013 - Dialogue de haut niveau sur les migrations internationales et le développement - Intervention de M. Jean-Marc Chataigner, Directeur général adjoint de la mondialisation au ministère des Affaires étrangères

Table ronde 1 : « Évaluer les effets de la migration internationale sur le développement durable et identifier les priorités pertinentes dans la perspective de la préparation du cadre de développement post-2015 »

(seul le prononcé fait foi)

Nous faisons face à une nouvelle réalité migratoire. Non seulement le nombre de migrants s’accroit, mais la composition des flux évolue. Alors que les mouvements Nord-Sud et Sud-Nord dominaient il y a peu, la part des mouvements Sud-Sud grandit au point d’être dominante aujourd’hui.

Le profil des migrants évolue de même. Ils comptent dans leurs rangs de plus en plus de personnes qualifiées, voire hautement qualifiées, et de femmes. Les migrants sont par conséquents plus entreprenants, plus organisés qu’ils ne l’étaient auparavant.

Cette évolution est une chance pour les migrants, les pays du Sud et ceux du Nord. Les transferts d’argent et de connaissance constituent une opportunité pour le développement économique des pays de destination et d’accueil. Les migrants sont également porteurs de nouvelles normes sociales, plus respectueuses des droits de la personne et qui participent de la mondialisation des échanges dont bénéficient les pays d’origine.

La France reconnaît ainsi pleinement l’apport que les migrants et les migrations apportent à leur pays d’origine, et aussi aux pays de destination. Consciente de ces enjeux, la France entend développer une politique de « migrations et développement » cohérente, qui s’inscrit dans le cadre de l’Approche européenne globale sur les questions de migrations et de mobilité, avec ses spécificités.

Les actions de la France s’orientent principalement dans quatre directions complémentaires :

— soutenir le potentiel de solidarité des migrants (notamment en aidant les associations issues des diasporas à mener des projets) ;
— soutenir le potentiel d’investissement des migrants (en cofinançant des projets de développement en Afrique) ;
— renforcer les capacités des pays du Sud à intégrer la mobilité et la migration dans leurs stratégies nationale et locales de développement ;
— contribuer aux dialogues internationaux et à la production de connaissances.

Dans ce cadre, une grande diversité d’initiatives sont mises en œuvre : citons par exemple la création du site internet de comparaison des coûts des transferts de fonds envoidargent.fr qui a reçu la certification de la Banque mondiale. Ce site participe à la mise en concurrence des agences d’envois d’argent, et conduit de ce fait à une baisse des coûts pour les migrants.

Citons aussi les projets soutenus par l’Institut de Recherche et de Développement, sur financement du gouvernement français, pour accompagner la création d’entreprises à haute valeur ajoutée dans les pays du Maghreb, par des jeunes de ces pays diplômés de l’enseignement supérieur français. 60 projets de création d’entreprises innovantes sont ainsi soutenus au Maroc, Algérie, Tunisie, pour un budget de 3 millions d’euros.

Partant de cette expérience diverse et ancienne (les premiers projets dits de codéveloppement ont été financés en France à la fin du siècle dernier), la France plaide vigoureusement pour que le rôle des migrants dans le développement de leur pays d’origine soit pleinement reconnu dans le cadre des objectifs du développement durable. Cela ne saurait sans doute pas se traduire par l’adoption d’un objectif spécifique. Mais il est indispensable que le rôle des migrants soit reconnu de façon transversale dans le cadre des discussions sur l’agenda post-2015. En particulier, la France soutient l’élaboration de cibles spécifiques liées aux migrations, qui s’appliqueraient à chaque grand objectif thématique du prochain agenda (santé, éducation, emploi notamment).

En matière de stratégie de réduction de la pauvreté, il peut par exemple s’agir d’encourager l’investissement productif des migrants dans les pays d’accueil et d’origine, ou de faciliter les transferts d’argent des migrants. En matière de santé, il est possible de promouvoir une meilleure couverture des zones à fort taux d’émigration (zones rurales en particulier) ou une moindre émigration du personnel de santé des pays qui en manquent. En matière d’éducation, il est concevable de faciliter les courts séjours de formation. En matière de gouvernance démocratique, nous pouvons œuvrer à la prise en compte des migrants dans la démocratie locale.

La reconnaissance de l’apport des migrants et des migrations dans l’agenda post-2015 doit aussi passer par un partenariat renouvelé qui prenne en compte les migrants en tant qu’acteurs du développement. La coopération internationale pour le développement doit ainsi compter, à côtés des Etats et des organisations internationales, sur les collectivités locales, les organisations non gouvernementales et les migrants.

Ce partenariat pourrait ainsi viser à réduire les barrières administratives à la mobilité, faire abaisser les coûts des transferts de fonds (et poursuivre la coopération internationale amorcée en sens au sein du G8 et G20), améliorer les schémas de circulation des travailleurs, garantir l’égalité de traitement aux travailleurs migrants, et garantir leurs droits fondamentaux et sociaux. La France a marqué son intérêt pour cette option, qui a la faveur du Panel de haut niveau et de l’Organisation internationale des migrations (OIM).

Nous sommes convaincus que ce Dialogue de haut niveau est une étape majeure dans la réflexion sur l’agenda post-2015. La France est pleinement mobilisée pour que l’enjeu des migrations y gagne toute sa place.

En savoir plus sur Migrations et développement.



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