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31 mars 2010 - Conférence internationale des donateurs pour Haïti : Intervention de M. Bernard Kouchner, ministre des Affaires étrangères et européennes

UN Photo/Paulo Filgueiras




Monsieur le Secrétaire général,

Monsieur le Président, M. Préval,

Monsieur le Premier Ministre, M. Bellerive,

Madame la Secrétaire d’Etat, Mme Clinton,

Madame la Haute représentante,

Monsieur le Président Clinton,

Mesdames et messieurs les ministres,

Mesdames et messieurs les ambassadeurs,

Je voudrais avant toute chose rendre hommage aux victimes du séisme du 12 janvier dernier ; je voudrais aussi rendre hommage à celles et ceux qui les pleurent ; à ceux qui, désormais, debout, doivent regarder vers l’avenir et ont besoin du soutien que la communauté internationale peut et doit leur apporter.

Nous devons certes penser, nous somme là pour cela, à la reconstruction. Mais l’urgence demeure de secourir des centaines de millier de réfugiés sous les tentes et sous la pluie. Nous ne pensons pas que passer de l’urgence à l’humanitaire représente un moindre effort. Il faut au contraire secourir ceux-là d’abord. Le monde entier est à leurs côtés. Cette assistance en témoigne.

Je pense également en particulier, ici, dans cette enceinte des Nations unies, à nos amis de la MINUSTAH, qui a subi de très lourdes pertes, et qui très vite s’est redressée pour continuer à contribuer au relèvement du pays.

Je voudrais remercier les Etats-Unis et les Nations unies, qui ont co-organisé cette conférence, pour la qualité de notre collaboration. Le travail accompli ensemble, avec le gouvernement haïtien -il n’est pas question de le faire sans le gouvernement haïtien- et tous les bailleurs, nous a permis de réunir en un temps record, dotés d’une évaluation des pertes et des dommages et d’une feuille de route, le Plan d’action pour le relèvement et le développement national.

Nous sommes réunis ici pour agir, ensemble, aux côtés du gouvernement haïtien, de façon décisive, pour la reconstruction et le relèvement d’Haïti. Il faut que cette catastrophe exceptionnelle entraine de nouvelles préoccupations, un nouvel élan de solidarité pour un Etat haïtien, un Etat refondé, résolument sur la voie du développement et de l’apaisement politique.

Il est crucial pour Haïti que le développement soit possible mais ne nous y trompons pas, c’est également crucial pour l’ensemble de la communauté internationale et pour les peuples en souffrance du monde entier qui nous regardent : il nous faut aujourd’hui faire la preuve que l’action collective est possible, que l’aide au développement peut marcher, que dans dix ans la situation des Haïtiens sera considérablement et structurellement améliorée.

La France qui partage avec Haïti une longue - parfois tumultueuse - histoire, ainsi que sa langue et sa culture, relèvera ce défi. Nous nous y engageons aux côtés de l’Union européenne, de l’Organisation internationale de la Francophonie, de la communauté internationale.

La France s’est immédiatement mobilisée pour porter secours, dans l’urgence, au peuple haïtien. Désormais, c’est à long terme qu’elle accompagnera Haïti.

L’aide française s’élèvera, pour les seules années 2010 et 2011, à 180 millions d’euros, auxquels s’ajoutent l’annulation immédiate et déjà effectuée des 56 millions d’euros de la dette bilatérale haïtienne et les contributions directes de la France à l’aide européenne et multilatérale.

Où ira l’aide publique française ? la France a décidé de consacrer 20 millions d’euros à l’aide budgétaire par an, dont 5 millions d’euros seront décaissés avant la fin de ce mois.

Cette aide sera destinée :


— à acquérir d’urgence des semences pour subvenir aux besoins de la population dans la perspective de la prochaine campagne agricole ;
— mais aussi à soutenir directement les capacités administratives, financières et sécuritaires de l’Etat haïtien - et à lui permettre de conduire son " plan d’action pour le relèvement".

L’aide de la France vise à soutenir un nouveau modèle politique, économique et social pour Haïti : un modèle reposant sur une architecture financière plus transparente et sur une répartition des ressources plus équilibrée, grâce à une véritable décentralisation politique, institutionnelle et économique.

La France soutient un nouveau modèle intégrant les droits de l’Homme au cœur des stratégies de reconstruction - et je voudrais insister sur l’attention particulière à porter aux femmes, plus vulnérables encore dans les situations de crise et de post-crise.

Le drame qui a frappé Haïti doit être l’occasion de porter un projet de long terme, promouvant le développement durable et offrant ainsi au peuple haïtien les conditions de vie auxquelles il a droit tant dans les domaines de la santé, du logement, de l’éducation -sur lequel le président Préval a très justement insisté- et de la culture.

C’est dans cette logique que s’inscrivent nos projets prioritaires : la reconstruction de l’hôpital universitaire d’Etat de Port-au-Prince, indispensable pour assurer des services sanitaires de qualité ; un projet pour l’établissement d’un système de protection sociale. J’insiste sur ce point : la France est prête avec d’autres à construire avec nos amis haïtiens un système d’assurance maladie capable d’offrir un égal accès à tous aux soins de santé. Je souhaite que cette proposition figure dans le document final de cette conférence. Il faut aussi un programme d’appui à l’établissement du cadastre pour soutenir une stratégie d’aménagement durable du territoire haïtien.

La société civile française s’est pleinement associée à cet immense élan mondial de solidarité : les collectivités locales, les ONG et les entreprises françaises ont mobilisé près de 80 millions d’euros.

Je salue également les réunions préparatoires qui se sont tenues de part et d’autre de l’Atlantique avec le secteur privé, les ONG, les diasporas et la société civile haïtiennes. La France a, pour sa part, organisé le 23 mars dernier, aux Antilles, la " conférence des villes et régions du monde ". Les collectivités territoriales contribueront ainsi à esquisser le nouveau modèle de développement d’Haïti, qui pourra compter sur le renforcement de notre coopération décentralisée, en particulier à travers l’action des Antilles françaises et de la Guyane.

Mesdames et Messieurs, cette conférence n’est qu’un début, pas une fin. Les décisions que nous prendrons aujourd’hui devront faire l’objet d’un suivi politique vigilant. C’est pourquoi nous plaidons pour la mise en œuvre d’un système de suivi transparent des engagements des donateurs et du gouvernement haïtien.

Je vous remercie.



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