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10 janvier 2000 - Impact du SIDA sur la paix et la sécurité en Afrique : Intervention de M. Alain Dejammet, représentant permanent de la France auprès des Nations unies

Monsieur le Président,

Pour tenir compte de vos appels répétés à la brièveté, j’abrégerai les compliments d’usage qu’il me paraissait cependant convenable d’adresser au Vice-président des Etats-Unis, à vous-même, pour avoir organisé cette réunion, ainsi qu’à M. Wolfensohn, à M. Malloch-Brown et au docteur Piot pour participer à ces travaux.

Monsieur le Président je crois inutile également de reprendre l’ensemble des statistiques qui ont déjà été données ce matin et qui le seront encore probablement dans la suite des débats et qui attestent de la gravité des effets du sida. Il faut simplement remercier les Etats-Unis pour avoir eu l’initiative de cette réunion car ce que nous avons déjà entendu témoigne clairement de ce que l’épidémie du sida a effectivement, par ses effets sociaux et économiques, une relation sur l’instabilité qui peut frapper les pays d’Afrique et donc une relation directe avec les questions de sécurité dont traite ce conseil.

Je n’insisterai donc pas sur ces statistiques, tout en regrettant que celles qui ont été données ou projetées sur l’écran portent sur un nombre limité de pays. A ce sujet je voudrais remercier le docteur Piot d’avoir corrigé ou complété notre information en mentionnant aussi les aspects positifs dûs aux efforts de certains pays. Il a cité le Sénégal et je crois qu’il avait parfaitement raison. Retenons simplement, pour qualifier le tableau qui nous a été fait, que si nous n’y prenons pas garde et si nous ne donnons pas suite à l’appel que nous adressons à la communauté internationale aujourd’hui, une crise sanitaire, économique et politique durable prendra le pas en Afrique sur les stratégies de développement durable que nous nous efforçons de promouvoir. Donc tout ce que nous faisons ici-même aux Nations unies dans d’autres salles que le Conseil de sécurité ou ailleurs dans d’autres instances internationales sera réduit à néant si nous ne cherchons pas à affronter lucidement, courageusement, les problèmes posés par l’épidémie du sida.

Mais consacrons nous à ce qui peut être fait de positif. Bien sûr il faut savoir mobiliser nos efforts sur le plan économique, comme l’a mentionné très récemment le ministre de Namibie. Je ne voudrais pas insister, je rappelle simplement qu’il s’agit d’une entreprise générale qui doit faire appel à toutes les formes d’aide, notamment à l’aide publique au développement et bien sûr aux entreprises d’allègement de la dette. Mais je voudrais me concentrer sur ce que nous pourrions faire plus concrètement pour lutter contre le sida et rappeler à ce sujet que la France, qui s’honore d’être le premier bailleur de fonds publics ou privés à Afrique, a pris conscience depuis le début des années quatre-vingt de la nécessité d’aider très concrètement à la lutte contre le vih/sida.

Au cours de la dernière décennie, se sont 600 millions de francs, c’est-à-dire près de 100 millions de dollars, qui ont été mobilisés au titre du seul fonds français d’aide et de coopération, à travers soixante projets, axés en priorité sur la prévention, la sécurité dans les transfusions, la prise en charge médicale, l’appui aux associations qui interviennent dans ce domaine ainsi que l’appui à la recherche appliquée.

A cet effort, essentiellement publics, s’ajoutent les contributions françaises aux agences multilatérales, les contributions que font nos ambassades ainsi que les apports liés à la coopération décentralisée, celle qui est menée par les collectivités régionales, locales, municipales en France. Au total, c’est environ 100 millions de francs que la France consacre chaque année à la lutte contre le vih/sida dans les pays en développement.

Mais nous sommes conscients de ce que ces efforts et ceux de l’ensemble des donateurs ne peuvent à eux seuls permettre de faire face au défi que constitue l’épidémie. C’est pourquoi nous soutenons l’initiative d’Onusida sur le partenariat international contre le sida en Afrique, initiative qui a pour but de renforcer la mobilisation de l’ensemble de la communauté internationale et à laquelle la France entend bien participer activement .

C’est également dans cet esprit que nous avons souhaité la mise en place d’un fonds international pour une solidarité thérapeutique, fonds qui bénéficierait de contributions publiques et privées et qui est destiné a favoriser un meilleur accès des populations des pays en voie de développement au traitement contre le sida, y compris aux antirétroviraux. Une telle initiative devrait contribuer, outre son effet immédiat sur ceux qui en bénéficient, à redonner espoir aux populations des pays du sud affectés par la maladie.

On ne peut pas, en effet, éluder la question de l’accès des pays en développement au traitement et à un éventuel futur vaccin, lorsque 23 millions d’africains sont d’ores et déjà infectés. Le sida accentue l’écart immense qui existe entre les pays riches et les pays les plus démunis et il crée des inégalites difficilement supportables lorsqu’elles touchent au droit le plus essentiel, le droit à la vie. Comme le rappelait le ministre français de la Santé, le docteur Kouchner, à la session spéciale de l’Assemblée générale des Nations unies consacrée au suivi de la Conférence du Caire en juillet de l’an dernier : "Pourra-t-on accepter longtemps que les traitements soient au nord et les malades au sud ?". C’est en quelques mots ce que le ministre namibien vient de rappeler tout à l’heure avec beaucoup de conviction. On ne peut pas se concentrer seulement sur la prévention. Vingt-trois millions d’Africains sont déjà infectés. Il faut aussi se préoccuper du traitement. Mais cela coûte cher. D’où l’intérêt de ce fonds de solidarité thérapeutique.

Pour progresser sur ce sujet, il faut mobiliser des fonds, avoir le courage de reconnaître que cela coûtera de l’argent si l’on veut, non pas se borner à la prévention, mais également essayer de soigner, essayer de traiter. Il faut aussi que l’industrie pharmaceutique puisse proposer plus systématiquement à ces pays, aux pays en développement, aux pays africains, des conditions financières adaptées, moyennant l’obtention de garanties sur l’absence d’exportation parallèle ou consécutive vers les pays developpés. Il y a donc là réellement des initiatives à prendre, des initiatives concrètes. A ce sujet, nous estimons que les Nations unies pourraient utilement organiser une concertation sur cette question, concertation qui réunirait les fabricants, les pays donateurs et les pays bénéficiaires. Voilà une initiative concrète que nous aimerions voir résulter de ce débat.

De même, il nous paraîtrait très opportun que puisse être dressé, sous l’égide d’Onusida, un fichier de l’ensemble des actions bilatérales et multilatérales qui sont entreprises actuellement, afin de s’assurer de la cohérence et de la complémentarité géographique et médico-sociale de ces actions. On a bien vu que certains pays avaient échappé, le docteur Piot le rappelait tout à l’heure, à la progression de cette pandémie. Il doit y avoir des raisons. Il faudrait peut-être veiller à davantage de coopération dans nos actions bilatérales et multilatérales.

Enfin, l’ensemble des donateurs pourrait s’engager à examiner chacune des actions de coopération au regard du vih/sida et à rechercher pour chacune de ces actions comment diminuer l’incidence de l’épidémie et renforcer la prévention et l’accès aux soins.

Mais pour conclure, Monsieur le Président, je crois que nous devrions souligner le rôle clé que le Secrétaire général des Nations unies pourrait jouer dans ce domaine et nous le remercions une fois de plus de bien vouloir participer, être présent à ce débat et d’en avoir indiqué au départ la tonalité. Le Secrétaire général des Nations unies a l’autorité politique et morale pour continuer à maintenir en alerte les consciences collectives, pour maintenir l’éveil de chacun des pays sur ce pays, pour faire le point et pour vérifier que nous conformons nos actes aux paroles très certainement généreuses que nous allons entendre aujourd’hui. Je crois que c’est grâce à l’engagement du Secrétaire général des Nations unies, en tant qu’autorité morale et politique et c’est grâce aux efforts que nous serons engagés à faire aujourd’hui grâce à votre initiative, c’est à ce prix que nous aurons peut-être la possibilité de faire reculer la maladie et d’offrir une perspective de développement réel et durable aux pays africains.

Je vous remercie, Monsieur le Président.



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