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10 novembre 1998 - Protection des activités d’assistance humanitaire aux réfugiés et autres personnes touchées par un conflit : Intervention de M. Alain Dejammet, représentant permanent de la France auprès des Nations unies

Monsieur le Président, merci d’avoir pris l’initiative d’organiser ce débat qui est bienvenu.

Je voudrais remercier Mme Ogata pour avoir eu une pensée, tout au début de son intervention, pour M. Cochetel, un haut fonctionnaire du Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), mais qui se trouve être également un de nos compatriotes, et qui est détenu en otage depuis plusieurs mois. Il me semble que ce cas illustre malheureusement les dangers auxquels sont effectivement confrontés quotidiennement les agents du HCR. C’est tout à leur honneur, mais cela souligne également la gravité du problème de la protection de l’aide humanitaire, un sujet sur lequel beaucoup de membres du Conseil sont déjà intervenus.

Ayant à l’esprit des situations où ce problème de la protection des agents du HCR et de l’aide humanitaire se pose, s’est posé ou se posera, je souhaiterais évoquer deux situations particulières, celle du Kosovo et celle des Grands Lacs.

En ce qui concerne le Kosovo, nous voulons demander à Mme Ogata si, de son point de vue, des arrangements qui ont été envisagés ou sont en train d’être mis en place pour la protection des agents internationaux qui agiront au Kosovo, lui paraissent convenir ? Autrement dit, est-ce que le HCR a un commentaire sur les dispositions qui sont prises pour faire face à d’éventuelles situations telles que celles qui ont conduit à la prise en otage de M. Cochetel ou celles qui se sont produites — notre mémoire est fraîche — en Bosnie, il y a peu de temps encore ?

Voila pour le Kosovo. Pour le reste, nous sommes convaincus que le HCR agira effectivement pour s’efforcer de faciliter le retour des réfugiés et leur réinstallation dans les conditions les moins mauvaises qui soient.

En ce qui concerne la région des Grands Lacs, je crois également que ce problème de la protection de l’aide humanitaire est vital, et même s’il ne s’agit que d’histoire — mais d’histoire récente —, je souhaiterais savoir quel jugement Mme Ogata porte sur le fait que le Conseil de sécurité, après avoir prévu la protection de l’aide humanitaire au Kivu, en novembre 1996, avait finalement renoncé à assurer le déploiement d’une force multinationale. Je sais qu’il s’agit d’une question un peu politique, mais avec l’expérience passée et des informations qui nous sont parvenues ensuite, je souhaiterais savoir si Mme Ogata juge que ceci était une bonne ou — comme nous pensons nous-mêmes — une mauvaise décision de la part des membres du Conseil de sécurité ?

Dans la phase actuelle, je souhaiterais également savoir, toujours à propos de cette région des Grands Lacs et notamment du Kivu, quel est le sentiment du Haut Commissaire sur la situation humanitaire dans la région du Kivu, dans quelle mesure le HCR pense-t-il pouvoir manifester à nouveau sa présence dans une région avec très certainement des problèmes de déplacement — des déplacements forcés se posent certainement — et sous quelles formes et avec éventuellement quelle protection, le HCR pourrait-il rejouer son rôle nécessaire dans cette région du monde, j’entends le Kivu ?

Dans d’autres régions où se pose peut-être un peu moins la question de la protection, d’autres interrogations affleurent, notamment lorsqu’il y a un très grand nombre de réfugiés. Le HCR s’efforce de la manière la plus admirable qui soit de faire face au problème de la survie de ces réfugiés mais jusqu’à quel point, en l’absence de règlement politique, l’action du HCR n’est-elle pas un alibi à cette absence justement, à l’incapacité du Conseil de sécurité ou à l’incapacité des membres de la communauté internationale de tenter de régler les problèmes de fond ? Et je pense au nombre considérable de réfugiés qui se trouvent encore en Guinée, à Conakry — 350 000 —, je pense au nombre de réfugiés qui sont encore en Tanzanie.

Ma question est : avec toute la connaissance pratique, humaine que vous avez, vous et vos collaborateurs, des problèmes qui existent dans ces camps de réfugiés, avec toute la connaissance que vous avez de leurs souhaits, de leur volonté, est-ce que vous êtes à même de faire partager aux membres du Conseil de sécurité mais aussi aux dirigeants de ces régions, les préoccupations ou bien des esquisses de solutions qui permettraient de régler ces problèmes ? Je pense par exemple encore une fois, lorsqu’on parle de la région des Grands Lacs, aux réfugiés qui s’y trouvent et aux craintes qu’ils peuvent encore éprouver, qui les empêchent de retourner dans leur terre d’origine. Mais êtes-vous en mesure de faire comprendre aux dirigeants des pays d’origine de ces réfugiés quelles seraient les formules qui, inspirées par ce thème de la réconciliation nationale, permettraient de faciliter le retour des réfugiés ? Ou bien, considérez-vous que ce n’est pas le rôle du HCR et que vous pouvez faire part de vos préoccupations aux dirigeants locaux, au Conseil de sécurité mais que vous, vous devez, en priorité, faire face à la survie quotidienne de ces réfugiés et ne pas pouvoir jouer au-delà le rôle politique que certains vous assignent peut-être ?

Enfin, et c’est la dernière question — je crois que c’est plutôt une observation —, j’ai constaté, en lisant votre intervention, que vous préparez des plans pour le cas où des tragédies se produiraient. Vous avez évoqué le cas du Moyen-Orient dans votre intervention et je souhaiterais savoir — c’est ma dernière question — si ces plans restent d’actualité, c’est-à-dire si vous avez encore des plans touchant d’éventuels afflux de réfugiés, si des crises brutales intervenaient, affectant prochainement la région du Moyen-Orient ?



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