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12 janvier 2005 - Haïti : Intervention de M. Renaud Muselier, Secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères

Je voudrais tout d’abord remercier le Ministre Rafael Bielsa d’avoir pris l’initiative de ce débat public pour évoquer la situation d’un pays qui me tient particulièrement à cœur et qui est lié à la France par l’histoire et par la langue.

Je voudrais ensuite saluer la présence du Ministre des Affaires étrangères d’Haïti, M. Siméon, ainsi que la participation des Ministres du Brésil, du Chili, de la République dominicaine, de la Barbade…

Le chemin parcouru depuis un an en Haïti est remarquable. Là où l’Etat et la démocratie avaient cessé de fonctionner selon des normes acceptables, un gouvernement de transition prépare des élections démocratiques. Là où les droits de l’homme étaient bafoués, une réforme du système judiciaire est en oeuvre.

Là où les armes faisaient la loi, un processus de désarmement est engagé, comme l’attestent les opérations menées conjointement, les 14 et 15 décembre derniers, contre les Chimères à Cité Soleil et contre les anciens militaires à Tabarre. Les progrès sont dus d’abord à la force, au courage et à la détermination du peuple haïtien qui sait surmonter les difficultés de son histoire. Ces progrès sont aussi le fruit d’une mobilisation remarquable de la communauté internationale dont nous sommes heureux d’avoir eu l’initiative, aux côtés des Etats-Unis, du Canada et du Chili, et avec l’appui du conseil de sécurité. Après l’urgence, la communauté internationale a su prolonger son effort pour créer les conditions adéquates à une transition démocratique.

Les Nations Unies, des organisations régionales et des pays du continent américain ont joué et continuent à jouer un rôle crucial dans cette mobilisation. Cet engagement doit se poursuivre dans la durée, comme nous y invite le Représentant spécial du Secrétaire général des Nations Unies en Haïti, Juan Gabriel Valdès, auquel je tiens à rendre hommage. Il contribue avec notre plein soutien à bâtir, avec courage et détermination, et en coopération étroite avec le gouvernement de transition haïtien, une stabilisation durable et réussie.

En appui à ces efforts, la bonne coordination de l’ensemble des acteurs de la communauté internationale est indispensable et doit être maintenue, au travers notamment du groupe de contact de Port-au-Prince, New York ou Washington. Je voudrais aussi saluer l’action du Gouvernement de transition qui, dans des conditions difficiles, essaie d’ancrer son pays dans ce processus de reconstruction politique et économique. Il bénéficie de notre plein soutien pour mener à bien cette œuvre. Ensemble, nous avons pu instaurer un dialogue sincère sur la base des liens d’amitié qui nous unissent depuis toujours, au-delà des soubresauts de l’histoire.

Pour autant, nous ne devons pas nous montrer satisfaits, loin de là. Je mesure le chemin qui reste à parcourir pour atteindre l’objectif que nous poursuivons tous ici : à savoir un Haïti démocratique, uni et stable et sur la voie d’un développement durable. Il est essentiel que nous restions tous mobilisés à l’appui du processus que nous avons engagé. C’est pourquoi la France est aujourd’hui représentée au niveau gouvernemental, à la demande du Président de la République.

J’aimerais insister sur trois aspects qui me paraissent particulièrement importants pour que la transition soit couronnée de succès. Ces trois aspects font partie d’une même dynamique :

Premièrement, la préparation et la tenue d’élections démocratiques à l’automne 2005, conformément au calendrier prévu. C’est une occasion unique pour le peuple haïtien de prendre son avenir en mains. Toutes les conditions doivent être réunies pour permettre le bon déroulement de ces scrutins. Le déploiement presque complet des effectifs de la MINUSTAH depuis la fin du mois de décembre devrait permettre d’assurer un environnement sûr et stable. Mais il faut aussi pour cela que le processus de désarmement soit mené à bien. C’est une question difficile mais qu’il faut traiter sans concession, en priorité, en n’hésitant pas, si nécessaire, à utiliser pleinement les possibilités offertes par le mandat de la MINUSTAH. La violence des armes ne saurait décider de l’avenir politique d’Haïti ! Sur le plan politique, le dialogue et la réconciliation nationale doivent se poursuivre pour que chacun puisse s’exprimer le jour des élections. Il importe de créer les conditions pour qu’aucun parti ne soit exclu du processus : tous les partis politiques doivent participer à la réconciliation à condition naturellement qu’ils aient rejeté le recours à la violence.

Deuxièmement, la poursuite des réformes des institutions publiques : la réforme du système judiciaire, la formation de la police nationale haïtienne, la promotion des droits de l’homme ne doivent pas attendre les élections pour être mises en œuvre. La restructuration du système judiciaire et de la police est essentielle pour l’instauration de l’état de droit en Haïti. Elle est également un des fondements de la lutte contre l’impunité.

Soyons lucides, une course contre la montre est engagée. Une démocratie forte et durable dépend non seulement d’élections crédibles, mais également d’institutions solides et saines.

Enfin, troisièmement, la mise en place d’une dynamique de développement économique : Un Cadre de Coopération Intérimaire a été approuvé. Les bailleurs de fonds étaient tous présents à Washington en juillet puis en décembre derniers. Mais le soutien international ne s’est pas manifesté suffisamment sur le terrain malgré des tableaux d’aides annoncées. Il faut rapidement mettre en œuvre des projets qui offrent des perspectives d’emplois pour les Haïtiens. Le peuple haïtien attend des améliorations concrètes dans sa vie quotidienne :
- construire de nouvelles routes,
- replanter des arbres,
- mettre à la disposition de tous un réseau sanitaire, de l’eau potable et de l’électricité… Il faut montrer à la population haïtienne les bénéfices de la transition démocratique. Il faut lui donner les moyens de prendre en charge la reconstruction de son propre pays. Nous comptons sur la détermination des dirigeants haïtiens qui doivent pouvoir compter sur la détermination de la communauté internationale.

A ce moment charnière, nous ne devons ni faillir à notre devoir de solidarité vis à vis du peuple haïtien, ni décevoir cet espoir d’un avenir meilleur qui a émergé depuis près d’un an.

La France, avec ses partenaires de l’Union européenne, aux côtés des Nations Unies, et dans les enceintes multilatérales, continuera à prendre toute sa part pour soutenir les efforts des Haïtiens dans le redressement de leur pays. Elle restera engagée dans la MINUSTAH. Elle continuera d’inscrire son action bilatérale dans le "Cadre de Coopération intérimaire" aussi bien au titre de la reconstruction institutionnelle que du renforcement des services de bases. C’est par une action globale et coordonnée que nous relèverons le défi de la paix.

Avec le drame du Tsunami, nous avons assisté à un élan de solidarité exceptionnel qui traduit une mondialisation des sentiments. Notre engagement international ne bat pas seulement au rythme d’images tragiques, et s’exprime dans la durée, là où les besoins restent pressants. C’est le cas d’Haïti.

Je vous remercie.



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