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13 janvier 2000 - Promouvoir la paix et la sécurité : Assistance humanitaire aux réfugiés en Afrique : Intervention de M. Alain Dejammet, représentant permanent de la France auprès des Nations unies

Monsieur le Président,

Je pense que nous devons vous remercier d’avoir invité Madame Ogata à s’exprimer devant nous. C’était sans doute la meilleure des introductions, sans doute la plus lucide, mais en même temps la plus amère, à la prolongation des débats que nous avons initiés lundi sur les problèmes africains. Madame Ogata, avec sa rigueur habituelle, a dressé le tableau humain de la situation en Afrique et c’est à la lumière de ce type de réflexion et de ses descriptions que nous devrons nous préoccuper, dans les jours qui viennent, des solutions à apporter.

J’avais à l’esprit un certain nombre de questions à poser à Madame Ogata, mais je constate, à l’entendre et à la lecture rapide de son exposé, que Madame Ogata, prévoyant les sujets qui suscitaient notre préoccupation, a répondu à l’ensemble de nos interrogations. Je me bornerai donc à lui demander si elle peut être un peu plus explicite sur la situation en Afrique occidentale et nous donner quelques indications sur ce que pourrait être le rythme du retour vers la Sierra Leone des personnes qui étaient réfugiées en Guinée et au Liberia.

Onsait que cette masse de population, plusieurs centaines milliers de personnes en Guinée, pesait considérablement sur la situation économique, sociale, humaine de cet Etat qui, très courageusement, faisait face,avec le soutien de quelques pays et du HCR,à la couverture des besoins de cette masse de réfugiés. Je pense qu’il serait intéressant de pouvoir, à travers vous, Madame le Haut Commissaire, avoir une idée du calendrier possible des retours des réfugiés, ce qui donnerait quelques motifs d’optimisme aux autorités de Guinée qu’il faut encore remercier pour l’accueil que, dans la tradition africaine, elles avaient réservé aux réfugiés de Sierra Leone.

Je souhaiterais savoir également si nous pous pouvons disposer d’informations un peu plus précises sur les conséquences humanitaires du conflit entre l’Erythrée et l’Ethiopie. Certes nous savons que des progrès ont lieu, qu’un effort très soutenu est mené actuellement sous l’égide de l’OUA et avec notre entier appui pour régler cette crise, mais nous avions au départ été alarmés par les descriptions qui nous avaient été faites de l’effet, sur le plan humanitaire, de ce conflit et depuis lors nous manquons à la vérité d’indications très précises. Je crois que toute information que vous pourriez nous donner et qui aiderait en fait à renforcer la détermination des Nations unies et de l’OUA à apporter un point final au dénouement de cette crise serait bienvenue.

Je pense également que sur certains sujets un complément de réflexion peut être utile. Vous avez évoqué la politique de regroupement qui est menée au Burundi, mais peut-être pourrait-on s’interroger sur le point de savoir si, compte tenu des menaces qui pèsent dans cette région, ce qui est fait au Burundi ne peut pas être également apprécié au regard de l’expérience similaire de regroupement qui avait été menée au Rwanda. A ce sujet, tout élément de comparaison entre ces deux pays, qui ont eu à faire face à des problèmes évidents et extraordinairement graves de sécurité, pourrait être également utile.

Mais ce que je voudrais surtout retenir de l’exposé du Haut Commissaire, ce sont les appels très fermes, très directs, qui nous sont adressés à réagir dans l’exercice de nos responsabilités. Il y a naturellement, à titre permanent, l’invitation aux pays donateurs à maintenir leur effort, compte tenu de la gravité et de l’importance de la crise qui est sans commune mesure avec ce qui peut arriver dans d’autres régions du monde, et ceci est une insistance légitime de la part du Haut Commissaire.

Mais au-delà de cet appel aux pays contributeurs, à ceux qui sont en mesure de poursuivre leur effort, appel qui je l’espère sera entendu, il y a les remarques de caractère opérationnel qui sont faites par Madame Ogata, notamment l’idée que l’aide humanitaire a, dans certaines régions véritablement en crise, besoin d’être protégée. Je crois que c’est tout à fait utile. Il faut avoir cela à l’esprit. Madame Ogata s’est exprimée à propos de la République démocratique du Congo. Nous devons avoir à l’esprit, au-delà de la surveillance éventuelle de cessez-le-feu, que l’aide, l’assistance, l’acheminement des biens humanitaires méritent d’être protégés. Cela veut dire que des hommes participant à des opérations de maintien de la paix doivent pouvoir envisager, au titre de leur mandat, d’escorter, de protéger l’acheminement et la distribution de l’aide humanitaire.

C’est une réflexion qui n’est pas nouvelle, nous l’avions nous-mêmes proposée en 1996. Nos propositions, bien que retenues et enregistrées dans deux résolutions du Conseil de sécurité ne s’étaient pas matérialisées. Je pense que les tristes conséquences de cette carence sont présentes à l’esprit de tous ceux qui ont réfléchi au nombre effrayant de morts entraîné pour des raisons d’inassistance dans la région du Congo. C’est la raison pour laquelle je pense que, si nous avons à l’esprit le déploiement d’une opération de maintien de la paix en République démocratique du Congo, il faudra avoir très sérieusement à l’esprit la remarque faite par Madame Ogata sur la nécessité aussi de protéger l’aide humanitaire. C’est là un aspect du mandat auquel nous devrons réfléchir et qui aura incontestablement un effet sur le nombre, sur le volume, sur l’importance d’une opération de maintien de la paix.

La deuxième remarque de Madame Ogata a porté sur l’instauration, pour l’Afrique, de l’équivalent d’un pacte de stabilité. Madame Ogata s’est référée aux efforts qui ont eu lieu en Europe. C’est vrai que dès 1993, 1994, 1995, la France, en ce qui la concerne, avait proposé l’idée d’un pacte de stabilité pour les pays européens qui affirmaient leur indépendance, de manière à établir entre tous ces pays des relations de confiance qui évitent les crises avec leurs conséquences humanitaires. Je crois que c’est la même idée qu’il faut propager et affermir à propos de l’Afrique. Je pense que tout ceci devrait naturellement résulter sur un ensemble d’engagements entre Etats voisins, Etats de la région, pour établir entre eux des relations vraiment amicales, mais aussi pour régler à l’intérieur de leurs frontières le sort des personnes déplacées et, parlons-en clairement, pour régler donc le sort des minorités.

Il va de soi en effet que, si des minorités sont menacées, elles ont tendance à vouloir se défendre par les armes. Il peut y avoir à ce moment des effets de déplacement de population à l’extérieur et tous les régimes se trouvent confrontés à la menace que peut faire peser sur eux l’existence, au-delà de leurs frontières, de groupes armés qui souhaitent revenir dans le pays, mais qui souhaitent se protéger et qui pourraient donc entretenir violences et menaces. Il faut donc que les Etats de la région se retrouvent autour d’une table pour affronter en toute lucidité, courageusement, ce problème des minorités, ce problème de l’affirmation de la règle démocratique à l’intérieur de ces Etats et celui de la protection, à l’intérieur de ces Etats, des personnes qui ont été déplacées parce qu’elles craignaient l’action des minorités venues de l’extérieur. C’est donc l’objectif, effectivement, d’un pacte de stabilité, qui doit être présent à l’esprit des dirigeants africains. Je pense que c’est l’une des idées directrices qui sera discutée, débattue, lors des réunions que vous avez eu la sagesse de prévoir, Monsieur le Président.

C’est la raison pour laquelle je crois qu’il faudra fixer un objectif aux travaux qui s’engageront bientôt sous votre présidence, ici, à New York. Certes consolider le cessez-le-feu, certes rétablir une relation de dialogue et de confiance entre les dirigeants d’Afrique qui seront présent à New York, mais au-delà jeter les bases d’une vraie conférence sur les Grands lacs qui serait capable, en traitant des sujets évoqués par Madame Ogata, de fonder véritablement la stabilité dans cette région d’Afrique et de permettre enfin la restauration de conditions humanitaires satisfaisantes.

C’est ce voeu que je vous adresse, Monsieur le Président, que les débats qui vont bientôt s’ouvrir ici à New York et qui viennent d’être lancés par la réunion que vous avez tenue lundi et par l’intervention de Madame Ogata, puissent vraiment avoir, au-delà de la confirmation immédiate du cessez-le-feu, un objectif plus général : le retour à la stabilité par une conférence internationale sur la stabilité dans la région des Grands lacs.

Je vous remercie.



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