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14 mai 2001 - RDC : Représentant permanent de la France aux Nations Unies

Pourquoi cette longue mission d’une dizaine de jours dans la région des Grands Lacs à ce moment ?

La réponse à cette question est simple. Nous entrons dans une nouvelle étape de la mise en oeuvre du processus de Lusaka signé le 10 juillet 1999 et dans la mise en oeuvre également des résolutions du Conseil de Sécurité relatives au règlement en RDC (1234, 1291, 1304, 1341). Le plan de règlement, et c’est cela l’essentiel, a été voulu négocié et signé par les parties au conflit elles-mêmes. C’est l’accord de Lusaka. Le rôle des Nations unies, le rôle du Conseil de Sécurité est d’accompagner la mise en oeuvre de ce plan, d’aider les parties dans cette mise en oeuvre, de les encourager, mais sûrement pas de ses substituer à elles. Ce message est essentiel . il faut bien comprendre le rôle des Nations unies par rapport aux parties en conflit. Nous accompagnons le mouvement, nous aidons, mais nous ne pouvons pas nous substituer aux parties elles-mêmes qui sont en charge de la mise en oeuvre de leur accord.

Pendant de nombreux mois l’accord de Lusaka est resté un peu en panne et puis au début de cette annnée le climat a changé. Ce mouvement positif s’est accéléré avec l’arrivée au pouvoir du président Joseph Kabila, ce qui nous a permis de réunir au Conseil de sécurité, le 22 février, une nouvelle rencontre entre le conseil et les ministres memebres du comité politique de lusaka. a l’issue de cette rencontre de deux jours. Nous avons adopté la résolution 1341 sur le sujet. Cette résolution a véritablement lancé le mouvement de mise en oeuvre sur le terrain de l’accord de Lusaka. La première étape a été le désengagement des troupes. Ce désengagement est en cours en ce moment même et en vue de contrôler ce désengagement les Nations unies ont renforcé le nombre des observateurs sur le terrain et déployé les premiers contingents qui sont en voie d’achever leur déploiement dans les différents sites choisis qui se situent d’un côté comme de l’autre de la ligne de front. Notre première tâche en tant que mission du Conseil de sécurité sera de nous assurer que cette première étape dans la mise en oeuvre de l’accord de Lusaka s’achève selon le calendrier et les modalités que les parties elles-mêmes ont défini. Il s’agit d’un regroupement des différentes forces de part d’autre de la ligne de front et d’un recul limité mais sensible de ces différentes forces. Les observateurs des Nations unies sont actuellement en train de contrôler ce premier mouvement de désengagement des forces tout au long de la ligne de front et au moment même où nous serons sur place devrait s’achever le mouvement de désengagemernt. Notre premier rôle sera de nous assurer que cette première étape a été franchie avec succès. S’il y avait encore quelques difficultés à régler, notre rôle serait de contribuer au règlement de ces ultimes difficultés.

Mais notre tâche essentielle sera d’engager avec les parties elles-mêmes l’étape suivante l’étape décusive. Les membres de l’accord de Lusaka vont se réunir avant notre arrivée. D’abord les 16 et 17 mai il y aura réunion des militaires, les membres de la Commission militaire mixte, présidée par un général kényan, le général Njuki Mwaniki, se réuniront entre militaires pour achever la mise au point de deux plans :

- le premier c’est le plan de retrait total de toutes les forces étrangères en application de l’accord de Lusaka et des résolutions pertinentes du Conseil de sécurité. Les militaires vont établir ce programme de retrait en fonction des annonces faites par chacun des gouvernements qui ont des armées présentes sur le sol de la RDC. Il s’agit de dire où sont ces troupes, quelles sont les étapes et l’itinéraire de retrait et la commission militaire mixte devra agréger ces différentes annonces sous forme d’un programme organisé, avec un calendrier précis de mise en oeuvre. L’accord de Lusaka dans son annexe comportait un tel calendrier mais le temps a passé, il faut mettre à jour complètement ce qui avait été précisé :lors de la négociation de l’accord de Lusaka.

- la deuxième tâche de la commission militaire mixte sera de mettre au point un programme que nous appelons DDR, désarmement, démobilisation, réintégration des forces dites négatives. Il appartient aux gouvernements concernés, Rwanda, Burundi d’un côté, gouvernement de Kinshasa de l’autre, de donner toutes les informations en leur connaissance sur l’identité des groupes, leur localisation et l’armement dont ils disposent. Sur cette base la commission militaire mixte va devoir préparer un programme de désarmement, démobilisation, réinstallation ou réinsertion dans leur pays d’origine de ces groupes de forces dites négatives. Voilà les deux objectifs essentiels que la prochaine réunion de la commission militaire mixte aura à clarifier, sur lesquels elle devra se mettre d’accord. Les militaires ayant fait leur travail les 20 et 21 mai, trois jours plus tard, ce sont les ministres qui vont se retrouver sous forme d’une réunion du comité politique de Lusaka et les ministres mandatés par leurs chefs d’Etat vont regarder les plans préparés dans les deux domaines de compétence, plan de retrait des forces étrangères et DDR. Les ministres devront se mettre d’accord avant notre arrivée à Lusaka c’est à dire au plus tard dans l’après-midi du 21. Nous les rejoindrons le 21 mai dans l’après-midi pour prendre connaissance des résultats de leurs travaux et avoir une journée complète -le 22 - avec les ministres de façon à voir comment la MONUC va pouvoir accompagner le mouvement de retrait des forces étrangères mais aussi comment elle va pouvoir aider à la mise en oeuvre de l’accord sur le désarmement, la démobilisation et la réintégration, la réinstallation des diverses forces négatives. C’est la journée du 22 qui nous permettra de sceller un accord en application de l’accord de Lusaka mais aussi de la résolution 1341 qui demandait aux parties elles-mêmes de nous fournir ces plans pour le 15 mai.. On aura quelques jours de retrard sur la résolution 1341 mais on sera pratiquement dans les temps et donc c’sst un moment charnière que nous vivrons le 22 mai puisque nous allons passer de l’étape de désengagement des forces, qui est une étape limitée, à l’étape suivante, décisive dans la mise en application de l’accord de Lusaka. donc voilà la mission essentielle de cette longue visite du Conseil de sécurité dans toute la région.

Bien entendu il y a d’autres aspects que nous devrons avoir en tête et auxquels nous devrons apporter des solutions. Premièrement la question de la co-localisation de la commission militaire mixte. A partir du moment où nous agissons sur le terrain, nous avons besoin de rapprocher géogaphiquement dans un même bâtiment ou dans deux bâtiments côte à côte les principaux acteurs sur le terrain, c’est à dire les représentants militaires des différentes forces en présence et la MONUC, de façon à ce que chaque fois qu’il y a un incident ou matière à un débat, les principaux acteurs puissent se voir puis consulter les capitales pour régler le problème. Le 22 février nous avions décidé que le mieux serait certainement de co-localiser la commission militaire mixte à côté du bâtiment de l’état major de la MONUC à Kinshasa. Il y avait des problèmes pratiques à régler. Le général Mwaniki et une délégation se sont rendus à kinshasa et à brazzaville et je pense que nous devrions aboutir à un accord pour cette co-localisation.

Deuxièmement, au delà des aspects militaires, il y a la nécessité de voir le dialogue national progresser et à peu près au même rythme que le calendrier de retrait des forces et de démobilisation des forces négatives. Il est très important que le dialogue national progresse à un rythme suffisamment rapide pour ne pas être en décalage par rapport au retrait des forces étrangères et à la démobilisation des forces négatives. Le dialogue national n’est pas la responsabilité de la mission du Conseil de sécurité. L’accord de Lusaka le confie à l’OUA et au facilitateur, le présisent Masire. C’est pourquoi nous commençons notre visite dans la région par un entretien avec le président Masire à Johannesburg car nous devons bien nous mettre d’accord sur le rytme de progrès des deux aspects de la crise congolaise.

Et puis il y a d’autres questions que nous aurons à discuter notamment avec nos partenaires à l’intérieur du Congo, qu’il s’agisse du président Kabila et de son gouvernement, des forces vives que nous rencontrerons à Kinshasa ou des acteurs congolais mais qui constituent l’opposition armée, les dirigeants du RCD Goma que nous verrons à Kigali, Jean-Pierre Bemba et le FLC que nous verrons à Kampala. Cette question est très simple : à partir du moment où les forces étrangères vont se retirer nous devons réfléchir à l’administration des zones évacuées, une administration provisoire dans l’attente du dialogue national. Il est important que cette question soit traitée et clarifiée. Les Nations unies n’ont pas vocation à assumer l’administration de ces zones là. Il appartiendra aux Congolais, aux administrations existantes sur place, mais aussi à des formules qu’il faudra imaginer en plein accord avec les uns et les autre, d’assumer cette administration provisoire. C’est une question que nous aurons à traiter au fond. Il faut qu’elle soit clarifiée avant que le retrait ne s’engage.

Autre point que nous débattrons : l’arrivée de la MONUC a suscité beaucoup d’espoir. Il suffit de se rappeler l’accueil réservé à kKsangani au contingent marocain. Avec cet espoir de paix c’est l’espoir de voir aussi l’économie se rétablir. Or les Nations unies ne sont pas en charge non plus de la gestion des questions économiques. Pour autant il est important que lorsque l’ONU se déploie, dans la mesure du possible sa présence permette, dans la mesure où cela peut être organisé, un début de redémarrage économique. Lorsque nous serons à Kinshasa nous rencontrerons toutes les agences du système des Nations Unies, la banque mondiale, le FMI, les principaux donateurs, la commission de l’UE, de façon à voir si en accompagnement du déploiement des contingents des Nations unies des petits projets pourraient être imaginés à effet rapide.

Nous aurons à regarder de près la réouverture des fleuves, les véritables artères économiques du pays. C’est très important à la fois pour assurer la logistique de la MONUC et pour relancer l’économie de la RDC.

Au-delà de ce principal dossier nous aurons également à traiter le Burundi. nous irons à Bujumbura et à Arusha rencontrer les principaux partis de l’oppositioon à qui nous dirons un message simple : il n’y a pas de solution militaire au Burundi. Il faut que les discussions se poursuivent sur la base de l’accord d’Arsuha. Tout est ouvert. Il y a un médiateur qui est la personnalité la plus éminente du continent, le président Mandela. Nous le rencontrerons à Johannesburg. Nous prendrons ses orientations. Nous ne serons là que pour relayer ses messages mais nous le ferons avec beaucoup de détermination car la situation est très préoccupante. Nous craignons tous une reprise des combats. Nous dirons à tous les aceurs qu’il faut reprendre la discussion, c’est la seule voie qui permette de progresser vers un règelment de la crise.

Enfin nous mettrons sur la ligne d’horizon un grand projet : la conférence régionale des Grands Lacs. C’est un projet qui n’est pas nouveau mais parce qu’un début d’espoir commence à exister dans la région, le moment est venu d’en reparler, pour montrer que nous avons une vision de la sécurité, de la paix, du développement qui prend en compte les préoccupations de tous les états de la région. Nous ne sommes pas là pour aider les uns contre les autres, nous allons dans cette région pour aider chaque état à régler les problèmes qui se posent chez lui mais aussi dans sa relation avec les voisins car il y aura pas de paix des uns face aux autres. Il n’y aura de paix, de sécurité de développement que si nous sommes capables d’aider tous les états de la région à régler l’ensemble des problèmes. C’est une grande ambition en réalité qui s’impose à cette mission du Conseil de sécurité. N’oublions jamais que c’est la crise la plus grave de l’Afrique Elle englobe à l’intérieur de la RDC 5 armées étrangères qui doivent se retirer mais qui ne se retiront lorsque les conditions de sécurité seront remplies. C’est l’un des objets de notre mission. Nous le devons, ne serait-ce que pour prendre en compte les dévastations produites par cette crise. Une organisation respectée disait récemment que depuis 3 ans il a eu 2,5 millions de morts en RDC du fait de cette crise. C’est dire l’ampleur de l’enjeu humain, humanitaire, politique économique et de sécurité que nous allons traiter./.



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