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15 décembre 1999 - La situation en Afrique : Intervention de M. Alain Dejammet, représentant permanent de la France auprès des Nations unies

Monsieur le Président,

Je tiens tout d’abord à remercier la présidence britannique du Conseil de sécurité d’avoir organisé ce débat.

Monsieur le Président, il n’y a pas de recette unique pour toutes les crises et conflits en Afrique. Cependant, des expériences passées on peut tirer quelques conclusions, quelques enseignements.

D’abord, améliorer les relations entre le Conseil de sécurité et les organisations régionales ou sous-régionales ou bien encore les initiatives régionales ad hoc.

Dans le passé le Conseil n’a pas toujours été suffisamment informé de certaines initiatives régionales et c’est à un moment tardif de l’évolution du traitement d’une affaire que l’on se tournait vers le Conseil pour lui demander, alors qu’il n’avait pas été suffisamment préparé, d’endosser ou d’avaliser des recommandations. Les présidents ou les secrétaires généraux des organisations ou bien les comités ad hoc qui sont engagés dans des actions de négociation devraient donc rencontrer plus souvent le Conseil de sécurité et celui-ci devrait les convier aux étapes clés d’un processus de paix conduit par eux. Ceci s’applique naturellement avant tout au Président ou au Secrétaire général de l’OUA.

En sens inverse, il revient aux Etats qui en ont les moyens d’apporter un soutien financier et logistique aux organisations régionales ou sous-régionales ou aux coalitions ad hoc qui conduisent une opération de maintien de la paix. Ce qui a été fait pour l’Ecomog en Sierra Leone ou en Guinée-Bissau n’a pas été suffisant. Et je m’associe entièrement aux remarques faites par l’Ambassadeur du Canada sur la préférence qui devrait être donnée à des opérations de maintien de la paix, avec des financements obligatoires, plutôt qu’à des financements volontaires. Mais en amont, le meilleur moyen d’aider les pays africains à résoudre leurs problèmes c’est d’abord de leur apporter une formation en matière de maintien de la paix. C’est l’objectif de programmes lancés par plusieurs pays, dont la France. Il faut les aider à préparer ces opérations de maintien de la paix ; il faut ensuite les aider à mettre en oeuvre ces opérations.

Deuxième axe d’effort, l’action directe des Nations unies, afin de répondre à une double critique adressée à notre organisation, d’agir trop tard et trop peu.

D’abord, pour agir rapidement, il faut savoir se préparer. Les Nations unies devraient donc pouvoir être en mesure d’examiner les moyens le lancer une opération à temps. C’est ce qui a été tenté, pour la première fois, récemment par le Conseil de sécurité, avec l’adoption de la résolution 1279 sur la République démocratique du Congo, qui demande au Secrétaire général de "prendre les mesures administratives nécessaires à l’équipement de 500 observateurs militaires en vue de faciliter les futurs déploiements rapides des Nations unies". On a pour la première fois convenu enfin de se préparer à l’avance. Il faut continuer dans cette voie. On ne peut pas, d’une part, déplorer la lenteur de réaction des Nations unies et, d’autre part, refuser toute innovation.

En deuxième lieu, il faut assurer une bonne adéquation entre le mandat et les moyens d’une opération. Rogner sur le format, les composantes ou le budget d’une opération des Nations unies est la meilleure façon d’aller vers l’échec. La dimension financière ne doit pas devenir une contrainte qui déterminerait tout le reste. Quand il est question de maintien de la paix et de la sécurité, le coût doit être une résultante, il ne doit pas être un préalable. Et les plus vibrantes déclarations d’intention ne pèsent rien face à la pingrerie des Etats.

Troisièmement, le meilleur moyen de résoudre les conflits, c’est évidemment d’essayer de les prévenir. Nous avons eu un débat sur ce sujet il y a quinze jours. Ceci passe par une multitude d’actions qui bien souvent ne sont pas du ressort de ce Conseil.

Dans le domaine politique, il convient de promouvoir l’idée d’un véritable partage du pouvoir qui protège les droits des minorités et évite ainsi le cercle vicieux d’accaparement du pouvoir, puis de revanche politique ou ethnique. Il appartient à tous - Etats-membres, organisations, bailleurs de fonds - de faire passer le même message sur l’opportunité, enfin, d’accepter le concept de partage du pouvoir.

Dans le domaine économique, il faut maintenir un niveau significatif d’aide au développement, à côté de ce qui est fait dans le domaine commercial. Les trois quarts des pays les moins avancés se trouvent en Afrique. Il n’y a pas de miracle. Il faut aider. Les besoins en aide publique directe demeurent importants. Mais je m’associe également à cet égard à ce qu’a dit le représentant des Etats-Unis à propos de la lutte contre le Sida. Mais cette lutte contre le Sida, sur le double plan de la prévention et du traitement, implique aussi des aides, implique une solidarité, implique donc des fonds pour une solidarité thérapeutique.

Monsieur le Président,

Toutes ces recommandations ne serviraient à rien si nous ne les appliquions pas dans le traitement des cas concrets. Beaucoup de crises actuellement en Afrique se trouvent à un stade critique. Plusieurs se trouvent à l’ordre du jour du Conseil depuis plusieurs mois, sinon des années : Grands Lacs, Sierra Leone, Angola, Somalie, Ethiopie, Erythrée, et bien évidemment République Démocratique du Congo. Nos décisions dans les semaines à venir sur tous ces sujets, et j’insiste sur celui de la République démocratique du Congo, donneront la mesure de l’écho réellement donné aux propos qui auront été tenus aujourd’hui.

Je vous remercie Monsieur le Président.



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