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15 septembre 2003 - Proche-Orient : Intervention de M. Jean-Marc de La Sablière, représentant permanent de la France auprès des Nations unies

Monsieur le Président,

En commençant , je souhaite indiquer que la France s’associe pleinement à la déclaration que mon collègue italien prononcera tout à l’heure au nom de l’Union Européenne.

Je tiens à remercier le coordonnateur spécial du secrétaire général, Terje Roed Larsen, pour son exposé remarquable, dont la France partage les analyses et les recommandations. Je vous remercie également d’avoir organisé un débat public à cette occasion. Le groupe arabe a demandé, vendredi, que notre Conseil se réunisse et agisse immédiatement. L’extrême gravité de la situation sur le terrain justifie en effet que l’ensemble de la communauté internationale s’exprime et cherche, collectivement, des solutions. Il y a urgence. Ayons à l’esprit qu’en ce mois de septembre 2003, nous entrons dans la quatrième année de l’Intifada, et qu’il y a dix ans était signée la déclaration de Washington entre MM.Arafat et Rabin.

Quelle est la situation ? Quels sont les remèdes ?

La situation est celle d’un déchainement de violence, de part et d’autre. L’insécurité s’accroît, la paix s’éloigne. Nous sommes à un point critique. Les attentats terroristes barbares perpétrés par des groupes armés palestiniens hostiles à la paix se succèdent contre les civils israéliens. Ceux-ci vivent dans la peur et l’angoisse quotidienne pour leur vie et celle de leurs enfants. Les Palestiniens vivent dans la même peur et dans la même angoisse. Les assassinats ciblés organisés par l’armée israélienne se succèdent, de même que les morts d’enfants, les démolitions de maison, les destructions de terrains agricoles et autres actions de représailles collectives. Les autorités israéliennes construisent un mur de séparation qui empiète sur les terres palestiniennes et enferment la population. Certaines villes, notamment Qalqyliya, sont devenues des ghettos. Les colonies de peuplement se multiplient et s’agrandissent, notamment à Jérusalem, ville trois fois sainte dont ce Conseil a toujours dit que son caractère particulier devait être respecté.

Dans un tel contexte, la décision israélienne en principe d’écarter Yasser Arafat, qui est le président légitimement élu de l’autorité palestinienne est contraire aux règles élémentaires du droit international. C’est aussi une grave erreur politique : l’annonce de cette décision et plus encore son éventuelle mise en œuvre ne peuvent être que contre-productives pour la sécurité d’Israël comme pour les perspectives de paix. Dans un processus de paix, on ne choisit pas ses interlocuteurs : par définition, dans un conflit, on fait la paix avec ses ennemis. Ce n’est pas en faisant abstraction des réalités politiques palestiniennes que nous parviendrons à l’avènement d’un Etat palestinien indépendant, viable et démocratique coexistant dans la paix avec l’état d’Israël qui a un droit légitime à vivre dans la sécurité et au sein de frontières internationalement reconnues.

L’arrêt du terrorisme ne pourra être atteint sur la seule base d’une logique purement sécuritaire, militaire et policière. Poser la sécurité comme préalable pour le lancement d’une séquence politique, c’est laisser l’ensemble du processus de paix être pris en otage par les extrémistes. C’est laisser les terroristes dicter leur calendrier et leurs intérêts contre ceux de la population palestinienne. La sécurité et la politique doivent aller de pair dans la poursuite du processus de paix.

La réponse au problème du terrorisme choisi par certains groupes palestiniens ne peut qu’être globale. Il faut pouvoir mobiliser la population palestinienne pour la paix, derrière le premier ministre et son gouvernement. Ceci suppose que les énergies palestiniennes ne soient pas polarisées par des luttes de pouvoir internes et que le président, le premier ministre, le gouvernement et le parlement agissent conformément à la loi fondamentale palestinienne dans un esprit d’unité pour la mise en œuvre de la feuille de route. Le nouveau premier ministre et son gouvernement doivent pouvoir prendre toutes les mesures nécessaires pour réformer et unifier l’appareil de sécurité et faire tout ce qui est en leur pouvoir pour arrêter et juger les auteurs d’actes terroristes et démanteler les infrastructures qui les soutiennent. Il faut ensuite que les réformes institutionnelles palestiniennes se poursuivent et que des élections libres, transparentes et démocratique puissent se tenir dans les meilleurs délais.

Il est tout aussi indispensable qu’Israël fasse les gestes nécessaires pour que la population palestinienne puisse sentir les fruits tangibles et immédiat d’une dynamique de paix et de dialogue, par opposition à celle de la frustration, de la colère et de la révolte. L’armée israélienne doit se retirer de toutes les zones palestiniennes autonomes. Elle doit cesser les assassinats ciblés qui sont contraires au droit international et qui alimentent le cycle de la violence. Les barrages routiers, les bouclages, les couvre-feux et autres restrictions imposées à la population palestinienne doivent être levés. Israël doit stopper toute activité liée à l’implantation de colonies de peuplement et stopper la construction du mur de sécurité.

Cette approche globale, non séquentielle, c’est la logique prônée par la feuille de route du Quartet, mais non appliquée sur le terrain, faute d’un véritable mécanisme de mise en oeuvre. La France n’a cessé d’appeler à une action résolue du Quartet composé par les Etats-Unis, les Nations Unies, l’Union Européenne et la Russie conformément au rôle qu’il s’est fixé dans la feuille de route. La France plaide pour l’organisation d’une conférence internationale destinée à remettre le processus de paix sur ses rails. Elle plaide pour l’établissement d’un mécanisme de surveillance international efficace pour le respect par les parties de leurs engagements respectifs. Ces deux éléments sont d’ailleurs prévus par la feuille de route. Nous croyons aussi qu’une force internationale d’interposition doit être envisagée et qu’elle serait dans l’intérêt des deux parties. Mais encore faut-il que celles-ci l’acceptent.

Monsieur le Président,

La France est l’amie d’Israël, l’amie du monde arabe et des Palestiniens. La gravité de la situation sur le terrain nous appellent tous à un sursaut d’effort et de courage. Nous attendons tous beaucoup des Etats-Unis et du Quartet qui sont principalement engagés sur le terrain et que nous appuyons pleinement. Le Conseil de sécurité ne saurait rester silencieux sans démissionner de ses responsabilités. Il doit dire le droit et apporter son soutien aux efforts de paix. La France accueille favorablement l’initiative du groupe arabe et est prête à travailler sur cette base en vue de l’adoption consensuelle d’une résolution du Conseil, qui soit à la hauteur des enjeux et utile à la paix.

Je vous remercie.



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