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17 février 2004 - Afrique centrale : Intervention de M. Jean-Marc de la Sablière, représentant permanent de la France auprès des Nations unies

L’Irlande prononcera tout à l’heure une allocution, au nom des Etats membres de l’Union européenne, à laquelle nous souscrivons pleinement.

La mission du Conseil de sécurité que j’ai eu l’honneur de conduire, en juin dernier, en Afrique centrale et des Grands Lacs, s’est trouvée dans la région à un époque décisive pour les deux processus de paix. Et l’on peut dire qu’en République démocratique du Congo comme au Burundi, en l’espace de huit mois, un travail considérable a été accompli.

1 — Au moment où nous nous sommes rendus en République démocratique du Congo, les problèmes qui se posaient dans ce pays étaient particulièrement graves. Le pacte de la transition menaçait de rompre. L’Est du pays était à nouveau le théâtre de violences et d’offensives armées. La paix était en danger.

Grâce aux efforts de tous, de grands progrès ont été réalisés. Le gouvernement d’unité nationale et de transition a été établi, le 30 juin 2003, conformément à l’engagement solennel que le Président Kabila avait pris devant les membres du Conseil de sécurité. La question des hauts commandements militaires a été réglée. Les relations de la République démocratique du Congo avec le Rwanda et l’Ouganda se sont sensiblement améliorées. C’était un point sur lequel les membres du conseil de Sécurité avaient été particulièrement attentifs.

Grâce à l’opération Artémis et au renforcement de la Monuc, les hostilités ont, en grande partie, cessé dans l’Est. Mais l’insécurité demeure. La semaine dernière, un observateur kényan de la Monuc a été assassiné en Ituri, dans l’exercice de sa mission. Je souhaite réitérer les condoléances de la France à sa famille, à ses proches, et au gouvernement kényan. Tout doit être fait pour que les responsables de ce crime ne demeurent pas impunis. La Monuc, qui a un mandat robuste maintenant, doit faire comprendre aux milices que de telles actions ne seront plus tolérées. Par ailleurs, dans ce contexte, il est particulièrement important de renforcer la surveillance de l’embargo sur les armes. Il faut que cessent ces trafics grâce auxquels les groupes armés entretiennent l’instabilité dans la région.

Ce tragique événement ne doit pas masquer les résultats obtenus, ces derniers mois, dans le désarmement et le rapatriement des combattants étrangers. Certes, une grande partie du chemin est encore devant nous. Il faut notamment réussir la réinsertion des combattants congolais qui sont appelés à rejoindre, les uns la vie civile, les autres les nouvelles forces armées et de police. Je voudrais à cet égard rendre hommage à la Belgique, qui conduit depuis quelques semaines, à Kisangani, la formation de la première brigade " intégrée " de la nouvelle armée congolaise.

La République démocratique du Congo entre dans une nouvelle période délicate. La guerre est officiellement finie, mais beaucoup reste à faire pour parachever la réconciliation nationale. Les élections doivent pouvoir se tenir, comme prévu, en juin 2005. C’est dans des moments comme celui-ci que nous devons veiller à ne pas relâcher notre attention. Les Congolais doivent maintenir leurs efforts. La communauté internationale doit les y aider et appuyer l’action de M.Swing, le représentant spécial du Secrétaire général, dont nous avons beaucoup apprécié les efforts, les comptes-rendus et l’action.

2 — Du Burundi, la mission du Conseil était revenue avec des espoirs. Toutes les parties à la transition nous étaient apparues animées d’une volonté sincère de paix, de réconciliation et de réformes. Malgré les épreuves qui ont durement frappé le pays à l’été, c’est cette volonté qui, finalement, l’a emporté. L’accord que la communauté internationale appelait de ses vœux a été conclu avec les Forces pour la défense de la démocratie de M. Nkurunziza. Elles ont à présent leur place au sein des autorités de transition. Les Forces nationales de libération de M. Rwasa ont à leur tour commencé à faire preuve d’une attitude constructive. De premières discussions ont eu lieu, le mois dernier, aux Pays-Bas.

Ces progrès restent à confirmer, mais ils sont encourageants. Nous comptons toujours beaucoup, pour faciliter ces pourparlers, sur les efforts des Etats de l’Initiative régionale et de la Facilitation, et en particulier sur l’engagement de l’Afrique du Sud.

L’Afrique fait d’ailleurs preuve d’une mobilisation remarquable, à laquelle nous devons rendre hommage. L’Union africaine a ainsi décidé de déployer, au Burundi, sa première mission de maintien de la paix. Cette opération, qui bénéficie du soutien de l’Union européenne, aura été cruciale pour consolider le cessez-le-feu. Nous devrions, le moment venu, étudier les conditions dans lesquelles elle pourrait être relayée par une opération des Nations unies

3 — Les crises de l’Afrique centrale et des grands lacs ne peuvent être comprises isolément. Les frontières n’y ont arrêté, ni les mouvements de rébellion armée, ni les interventions militaires des Etats. Elles n’arrêtent pas davantage les trafics d’armes et de matières premières.

Nous savons que la solution efficace et durable de ces problèmes ne peut donc être que régionale. Tel est l’objet de la conférence internationale qui se prépare. Cette conférence, nous l’avons déjà dit, doit, pour réussir, être ouverte à la participation de tous les voisins du Congo et du Burundi, sans exclusive. Nous pensons aussi qu’elle doit se concentrer sur les questions essentielles, qui sont celles de la sécurité et de la coopération économique régionale. Il est essentiel que le premier sommet produise des résultats concrets dans le domaine de la paix, de la sécurité et du bon voisinage, qui viendront consolider les processus de paix et de réconciliation.

Cette mission du Conseil en Afrique centrale, dont nous mesurons aujourd’hui les résultats, a été utile à plus d’un titre. Elle a en effet aidé les membres du Conseil dans leur travail, en leur donnant une connaissance concrète des processus en cours. Elle a encouragé l’unité du Conseil, et renforcé son message à l’attention des parties. Elle nous a permis d’appuyer plus efficacement l’action du Secrétaire général et celle de ses Représentants spéciaux. Permettez-moi, pour finir, de leur rendre hommage, ainsi qu’à tout le personnel des Nations unies qui, avec eux, œuvre pour la paix dans la région./



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