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17 juin 2003 - Afghanistan : Intervention de M. Jean-Marc de La Sablière, représentant permanent de la France auprès des Nations unies

Je voudrais remercier M. Guéhenno et M. Costa de leurs exposés très complets et tout à fait complémentaires.

La Grèce prononcera dans quelques instantsun discours au nom de l’Union européenne. La France s’y associe pleinement. Je limiterai donc mon intervention à quelques remarques centrées sur les problèmes de la lutte contre la drogue.

Je voudrais tout d’abord saluer l’initiative de la Russie. Les Nations Unies ont un rôle central à jouer dans la lutte contre le fléau de la drogue. Il leur revient de fixer les principes directeurs de la coopération internationale, dans ce domaine comme dans beaucoup d’autres. L’Assemblée générale a adopté des textes fondateurs à l’occasion de sa 20ème session extraordinaire, en 1998. L’ODC, l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime, est sans conteste le meilleur instrument de mise en œuvre des politiques de lutte contre la drogue. Ses programmes d’assistance technique et d’accompagnement sont irremplaçables. Son rôle pilote mérite d’être encore renforcé. Le PNUD peut aussi apporter une utile contribution.

Le Conseil de sécurité doit prendre sa part dans cet effort. Les trafics à partir de l’Afghanistan constituent une lourde menace pour la paix et la sécurité internationales. La drogue trouve sa place aux côtés des grandes menaces d’aujourd’hui que sont le terrorisme, la prolifération ou le crime organisé.

Cette menace touche tout le monde. L’Europe bien entendu : une part importante de l’opium afghan y est consommée. Les pays de transit sont eux aussi durement atteints. Ils sont de plus en plus nombreux à l’être. A la route traditionnelle passant par les Balkans sont malheureusement venus s’ajouter une série de routes à travers l’Asie centrale. La distinction entre pays de transit et pays consommateurs n’est plus pertinente. Les pays traversés constituent désormais aussi des marchés de consommation, et en subissent de plein fouet les effets : déstabilisation d’économies déjà fragiles, délitement des structures étatiques du fait de la corruption, explosion de la criminalité, dégradation de la santé publique.

Pour l’Afghanistan, bien entendu, la production et les trafics de drogue représentent un énorme défi. La poursuite de la culture du pavot bloque les réformes indispensables à la modernisation du pays. Lutter contre la culture du pavot en Afghanistan, c’est faire progresser deux grands chantiers du processus de Bonn : celui de la sécurité dans les provinces et celui de l’affermissement du pouvoir central vis-à-vis des potentats locaux. La MANUA, sous la direction remarquable de M. Lakhdar Brahimi, fournit un appui irremplaçable aux autorités afghanes sur ces deux fronts.

Le pari n’est pas gagné. Après une chute notable en 2000-2001, la production d’opium en Afghanistan est estimée par les Nations Unies à 3400 tonnes en 2002. La récolte 2003 devrait très probablement être du même ordre.

Le président Karzaï a récemment pris des mesure courageuses pour faire face à ce défi. Un plan d’action a été adopté par le gouvernement de transition. Il est très positif que ce plan propose une stratégie de long terme pour éliminer totalement d’ici 2013 la culture du pavot en Afghanistan. Nous devons appuyer ces mesures, en liaison avec les nations cadres : le Royaume-Uni, en charge de la lutte contre la drogue, l’Allemagne, pour la police et l’Italie, pour la réforme judiciaire. Cela suppose de soutenir le développement durable de cultures de substitutions. Il n’y a pas de fatalité qui condamnerait l’Afghanistan à rester le premier producteur mondial d’opium. La culture du pavot n’est pas une activité traditionnelle en Afghanistan.

Il est important que la réponse de la communauté internationale au fléau de la drogue respecte certains principes. Tous les instruments doivent être utilisés : répression, prévention, traitement. Les objectifs doivent être équilibrés : réduction de l’offre et de la demande. La coordination doit être améliorée, sur le plan régional et international.

Pour mettre en œuvre cette stratégie, et s’attaquer au problème sous tous ses aspects, une mobilisation internationale est indispensable. A l’initiative de la France, les représentants de 55 pays gravement touchés par le trafic d’opium et d’héroïne produite en Afghanistan se sont réunis à Paris le 22 mai dernier. Plus de 30 ministres étaient présents. Une déclaration, le " Pacte de Paris ", a été adoptée à l’issue de la réunion. Elle a été diffusée comme document officiel du Conseil de sécurité. Par ce " pacte ", les ministres sont convenus de conjuguer les efforts de leurs pays pour renforcer les capacités nationales, développer les partenariats régionaux et mettre en place un cadre stratégique multilatéral sous l’égide des Nations Unies. Des mesures précises de suivi sont prévues, par exemple la création d’une structure régionale chargée de centraliser les informations, développer des analyses communes et, le cas échéant, mener des actions conjointes.

Cette mobilisation internationale ne doit pas rester sans lendemain. Il est indispensable que les Nations Unies, Conseil de sécurité et Assemblée générale, participent pleinement à la mise en œuvre de cette stratégie. C’est la raison pour laquelle la France apporte son plein soutien à la déclaration présidentielle qui sera adoptée en fin de séance./.



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