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18 avril 2000 - La situation en Angola : Intervention de M. Jean-David Levitte, représentant permanent de la France auprès des Nations unies

Monsieur le Président,

Je voudrais d’abord adresser un salut chaleureux au Ministre angolais des Affaires étrangères, M. Miranda, et lui souhaiter la très bienvenue à la table de notre Conseil.

La résolution que nous allons adopter confirme la volonté du Conseil de sécurité d’assurer une mise en oeuvre effective des sanctions contre l’UNITA. Le Conseil adresse aujourd’hui, de nouveau, à travers cette résolution, un message clair et ferme au Dr. Savimbi et à l’UNITA pour qu’ils mettent fin immédiatement aux hostilités et s’acquittent enfin des obligations qui leur incombent en vertu du protocole de Lusaka. Mon pays s’associe pleinement à ce message. L’écrasante responsabilité de Jonas Savimbi dans la poursuite actuelle du conflit civil en Angola, son refus de prendre en compte les résolutions de notre Conseil, doivent être condamnés de la façon la plus solennelle.

Nous nous félicitons qu’à peine un mois après la remise du rapport du panel d’experts, le Conseil adopte une résolution reprenant plus des trois quarts des recommandations faites par ces mêmes experts. Cette résolution couvre un champ particulièrement vaste : livraisons d’armes, carburants, trafic de diamants, ressources financières, déplacements et séjour des dirigeants de l’UNITA. Les recommandations formulées par ce texte s’adressent d’abord aux Etats membres. Mais elles appellent aussi la coopération active de nombreux acteurs dans ces différents domaines : organisations internationales et régionales, entreprises, organisations professionnelles, experts. C’est particulièrement le cas pour les dispositions relatives au commerce international des diamants, de contrôle des ressources financières ou de transports aériens. La responsabilité de la mise en oeuvre effective de ces mesures relève des Etats membres, mais ceux ci devront s’assurer, dans l’exercice de leurs compétences, de la coopération de tous les acteurs concernés.

Nous aurons chacun à assurer cet effort. Il y faudra de la volonté, mais aussi des moyens. Dans de nombreux cas, ces moyens manquent. C’est en particulier le cas pour la mise en oeuvre de certaines recommandations du panel, aujourd’hui endossées par le Conseil, qui s’adressent en particulier à la SADC et à ses pays membres. Il faudra donc que les efforts des pays concernés, notamment en Afrique, puissent être appuyés par la communauté internationale. Si nous sommes sérieux dans notre volonté d’assurer le respect des sanctions, il ne faudra pas nous limiter à mettre en lumière les violations des sanctions. Il ne suffit pas de "nommer et de couvrir de honte". Il faudra aussi apporter une aide concrète là où cette aide sera nécessaire.

La résolution prévoit la mise en place d’un mécanisme de surveillance des sanctions. Elle prévoit aussi que, dans six mois, le Conseil fera le point de la situation, sur la base des travaux du comité des sanctions. Nous souhaitons que le comité des sanctions engage un dialogue suivi avec les Etats membres pour surveiller l’application des sanctions, échanger les informations, recevoir leurs commentaires. Là aussi, notre objectif doit être celui d’une plus grande efficacité. Pour que l’étau se resserre effectivement autour de Jonas Savimbi et de l’UNITA, nous avons besoin de la coopération et des informations de tous. Seul un effort solidaire de la communauté internationale permettra de tarir à la fois les sources de revenus et d’approvisionnement en armes de l’UNITA.

Depuis la publication du rapport des experts, plusieurs Etats ont déjà annoncé avoir pris des mesures pour enquêter sur les informations faisant état de défaillances et, le cas échéant, y mettre un terme. La délégation française salue ces initiatives qui ont manifestement déjà commencé à produire certains effets. Nous espérons que ces efforts pourront être reconnus le moment venu par le Conseil de sécurité et par le comité des sanctions. Si des violations de l’embargo ont pu avoir lieu par le passé, ce qui est effectivement essentiel, c’est que ces errements ne puissent plus aujourd’hui se reproduire et que le comité des sanctions puisse être informé, en temps réel, de toute nouvelle violation des sanctions.

Cette approche constructive, pédagogique, solidaire, entièrement conçue autour de l’objectif essentiel de l’isolement international complet de Jonas Savimbi et de l’UNITA, nous paraît à terme beaucoup plus productive qu’une approche répressive. La création de nouvelles sanctions à l’encontre des pays supposés avoir violé les sanctions ne nous semble pas à cet égard apporter une véritable solution. Ce n’est pas en multipliant les Etats parias que nous inciterons ceux-ci à se remettre dans le droit chemin. L’augmentation exponentielle du nombre de régimes existants ne manquerait pas non plus de poser des problèmes de gestion au moment même où nous avons déjà tant de mal à faire appliquer les neuf embargos existants. Les critères de choix des pays violateurs pourraient être sujets à de nombreuses contestations. L’autorité de ce Conseil pourrait en sortir au total amoindri. La résolution qui nous est aujourd’hui présentée ne trace pas une telle perspective et nous nous en félicitons.

Nous souhaitons enfin que le comité des sanctions puisse, en coopération avec le mécanisme de suivi, approfondir les travaux du panel d’experts et préciser certaines informations du rapport remis par M. Mollander. Ma délégation avait évoqué en mars dernier les points qui nous semblaient devoir être complétés. Il serait également utile que le comité des sanctions puisse parvenir à une meilleure appréciation de l’importance respective des différents circuits d’approvisionnement de l’UNITA. Il s’agit, là encore, d’un souci d’efficacité. Si nous voulons renforcer l’application des sanctions, il faudra le faire, en priorité, en identifiant les principaux canaux par lesquels l’UNITA reçoit ses armes et se procure des ressources.



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