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19 mars 1999 - RDC : Intervention de M. Alain Dejammet, représentant permanent de la France auprès des Nations unies

Le conflit en République démocratique du Congo dure depuis bientôt huit mois. S’y trouvent impliqués, outre des groupes rebelles congolais, une demi-douzaine de pays africains. Les opérations militaires se déroulent sur une étendue toujours croissante du territoire de la République démocratique du Congo.

Les organisations régionales, l’Organisation de l’unité africaine (OUA) et l’Organisation des Nations Unies ne sont pas restées inactives depuis le début de la crise. Force est de constater, toutefois, que leurs appels à l’arrêt des combats n’ont pas été entendus.

Notre débat aujourd’hui, à la demande de la République du Congo — demande qui a reçu l’approbation des membres du Conseil — nous oblige à rechercher les moyens d’un règlement pacifique de ce conflit. La délégation française souhaite, à ce propos, faire les observations suivantes.

Nous ne prétendrons pas revenir sur les causes du conflit. On sait qu’elles sont multiples et que les analyses sur ces causes sont elles-mêmes sources de divergence entre les parties. Mais on connaît les effets de cette crise, notamment les risques de déstabilisation politique dans les Etats de la région ainsi que les conséquences humanitaires — les flux de réfugiés. L’intégrité territoriale et la souveraineté nationale de la République démocratique du Congo sont menacées. Le principe de non-ingérence dans les affaires intérieures des Etats, conformément à la Charte des Nations Unies, n’est pas respecté. La France déplore ces violations. Elle appelle à leur cessation immédiate.

Quels peuvent être les éléments d’un règlement du conflit ? On peut distinguer trois aspects : la conclusion d’un cessez-le-feu, la mise en oeuvre d’un processus de réconciliation nationale en République démocratique du Congo, la conclusion des arrangements nécessaires pour garantir la sécurité et la stabilité de la région.

La conclusion d’un cessez-le-feu constitue la priorité. Des efforts ont été entrepris, en particulier par le Président Chiluba, pour parvenir à un accord. La France appuie ces efforts. Nous espérons que des modalités pourront être trouvées afin qu’un cessez-le-feu engage l’ensemble des parties au conflit. Un travail important a déjà été réalisé dans le cadre du processus de Lusaka pour définir les modalités d’un cessez-le-feu et son application. Il faut aujourd’hui que les parties concluent effectivement cet accord.

Dans sa déclaration présidentielle du 11 décembre, le Conseil s’est déclaré prêt à envisager la participation active

des Nations Unies, en coordination avec l’Organisation de l’unité africaine, afin d’aider à l’application d’un tel accord.

Deux points doivent être soulignés : l’appui des Nations Unies à la mise en oeuvre d’un accord de cessez-le-feu nécessitera un effort important de l’Organisation. La France espère que les Nations Unies joueront pleinement leur rôle.

Il est tout aussi nécessaire que les Membres de l’Organisation appellent les parties à l’arrêt des combats. Il n’existe pas de solution militaire du conflit qui puisse en même temps constituer une véritable solution de la crise. Ce message doit être clairement rappelé. On notera aussi que les donateurs trouveront de plus en plus difficile de maintenir leur aide budgétaire aux pays qui continueront de poursuivre l’option militaire.

Deuxièmement, une solution pacifique du conflit en République démocratique du Congo repose aussi sur la mise en oeuvre d’un processus authentique de réconciliation nationale. Le dialogue doit être instauré entre tous les Congolais. Le Président Kabila s’est engagé, lors de la conférence Afrique/France à Paris en novembre dernier, à poursuivre le processus de démocratisation. Nous l’invitons instamment à mettre en oeuvre cet engagement de manière concrète. Nous prenons note de sa récente proposition d’organiser un "débat national". Nous espérons que cette proposition s’inscrira dans un véritable esprit de réconciliation.

Il est clair que ce dialogue entre les Congolais doit être engagé dès à présent. Ce dialogue n’en sera que facilité si, dans le même temps, un cessez-le-feu est conclu et respecté.

Troisième aspect d’un règlement : il faudra que les parties négocient et concluent des arrangements nécessaires pour garantir la sécurité, la stabilité et le développement futurs dans la région. Les principes en ont été rappelés par la déclaration du Président du Conseil de sécurité du 11 décembre — je cite les principaux : respect de l’intégrité territoriale, de l’indépendance politique et de la souveraineté nationale de la République démocratique du Congo et des autres Etats de la région et, dans ce contexte, retrait ordonné de toutes les forces étrangères ; adoption des dispositions voulues pour assurer la sécurité le long des frontières internationales de la République démocratique du Congo ; rétablissement de l’autorité du Gouvernement de la République démocratique du Congo sur l’ensemble du territoire national. S’y ajoutent aussi le respect des droits de l’homme et du droit humanitaire et la prise en compte de la question des réfugiés.

Les Nations Unies devront apporter l’aide nécessaire aux pays de la région pour la mise en oeuvre de ces objectifs. La France rappelle dans cette perspective l’utilité que pourrait prendre, le moment venu, une conférence internationale sur la paix, la sécurité et le développement dans la région des Grands Lacs, sous les auspices des Nations Unies et de l’Organisation de l’unité africaine.

Un retour à la stabilité passe également par la mise en oeuvre du processus authentique de réconciliation nationale et de démocratisation dans l’ensemble des pays de la région.



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