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23 janvier 2001 - La situation en RCA : Intervention de M. Jean-David Levitte, représentant permanent de la France auprès des Nations unies

Je voudrais remercier le Représentant du Secrétaire général, M. Cheikh Tidiane Sy, de son exposé qui rend bien compte de la situation actuelle en République centrafricaine. Je remercie également de leurs interventions M. Frederick Lyons, directeur adjoint du Bureau régional pour l’Afrique du PNUD et M. Mats Karlsson, vice-président pour les Affaires extérieures de la Banque mondiale. Je voudrais également saluer tout particulièrement la présence et l’intervention pleine de sagesse de M. Anil Kumarsingh Gayan, ministre des Affaires étrangères et de la Coopération de Maurice.

Des progrès incontestables ont été réalisés depuis quatre ans et continuent de l’être grâce à la présence des Nations unies. Les plus récents progrès concernent le désarmement et la restructuration des forces de sécurité. La République centrafricaine, située dans l’une des régions les plus instables, les plus fragiles de l’Afrique, est l’un des succès incontestables obtenus par l’ONU au cours des dernières années.

Pourtant, la situation en RCA demeure elle-même instable et fragile. La rupture du dialogue politique, les grèves à répétition et les difficultés économiques qui ont été mentionnées sont autant de sujets de préoccupation. Le conflit en République démocratique du Congo explique en partie ces difficultés mais il n’explique pas toutes les difficultés. Comme les autres membres du Conseil, la France souhaite que nous puissions entendre dès que possible les résultats de la mission qu’a effectuée l’Envoyé spécial du Secrétaire général, M. Amara Essy, en décembre dernier, pour évaluer les conséquences du conflit en RDC sur la situation en République centrafricaine.

Ces tensions font peser une menace sur le processus de paix civile et de réconciliation nationale entamé voilà quatre ans avec la conclusion, en janvier 1997, des accords de Bangui.

Les Centrafricains seraient malheureusement les premières victimes d’un retour aux "années noires" de 1996-1997.

Mais la communauté internationale, elle aussi, aurait beaucoup à perdre d’un blocage du processus de réconciliation nationale en République centrafricaine. Ce sont quatre années d’efforts intenses qui sont en jeu : efforts de la MISAB d’abord, jusqu’en avril 1998 ; efforts de la MINURCA ensuite ; enfin, efforts du BONUCA, depuis février 2000. Ce sont ces efforts qui, pour paraphraser le Secrétaire Général dans un précédent rapport, ont permis à la RCA d’apparaître comme un "îlot de relative stabilité dans une région déchirée par la guerre".

Pour sortir de la situation difficile que connaît actuellement la République centrafricaine, deux efforts complémentaires s’imposent :

- Premier axe d’effort : la poursuite de l’aide internationale. Elle est une absolue nécessité. On doit se féliciter, de ce point de vue, de la décision de la Banque mondiale de décaisser la deuxième tranche (5 millions de dollars) du crédit à la consolidation des finances publiques. La récente décision de réduction de dette du FMI va elle aussi dans le bon sens. Je me réjouis de l’occasion qui nous est donnée de partager nos réflexions avec d’éminents représentants du PNUD et de la Banque mondiale. Je crois que c’est un exemple que nous devrions suivre en d’autres occasions. Le Conseil de sécurité doit être, de façon croissante, le lieu d’élaboration de stratégies intégrées de consolidation de la paix.

Les aides bilatérales ne doivent pas non plus marquer le pas. Les engagements pris ici-même à New York, lors de la réunion spéciale de mai 2000, doivent être intégralement tenus. La France, pour sa part, a pleinement mis en oeuvre ses annonces en 2000 et elle continuera à souscrire à tous ses engagements. La France est le premier bailleur bilatéral avec plus de 18% de l’APD totale. En matière civile, cela représente 18 millions de dollars en 2000 et plus de 82 coopérants présents sur place. Parmi ses principaux projets de coopération militaire, la France a soutenu l’équipement de deux compagnies de l’armée centrafricaine, l’une à Bouar, l’autre à Bria. Les travaux ont commencé pour le déploiement d’une troisième unité de gendarmerie mobile, à Bambari. Le principal objectif de ces efforts de déconcentration est d’assurer la sécurité et le retour de l’activité économique dans les provinces de la RCA.

- Mais l’aide internationale n’est pas tout. Le deuxième axe d’effort est la paix civile. La consolidation de la paix a aujourd’hui remplacé le maintien de la paix. Les Centrafricains sont de nouveau totalement maîtres de leur destin. La France partage pleinement le jugement du Secrétaire général (au paragraphe 36 de son rapport) : "il appartient aux Centrafricains eux-même de trouver la volonté politique qui conduira à la réconciliation nationale".

Parmi tous les acteurs politiques qui doivent prendre part à la réconciliation nationale, les autorités centrafricaines ont une responsabilité particulière. Il leur revient en premier lieu de prendre les décisions susceptibles d’apaiser les tensions actuelles. Deux mesures sont tout à fait prioritaires : la relance du dialogue avec l’opposition et le paiement de tous les arriérés de salaires dès que les rentrées budgétaires le permettront. De ce point de vue, l’annonce par le gouvernement du paiement, dès le mois de février, des arriérés 2000 constitue une bonne nouvelle. De la même façon, la relaxe, début janvier, des 62 prévenus de la manifestation interdite du 19 décembre a constitué un autre signal positif. Nous avons l’espoir qu’à la suite des récentes tensions, les réformes structurelles connaîtront un nouvel élan, à commencer par la réforme des finances publiques, afin de stabiliser le financement de la fonction publique. C’est dans cet esprit de consolidation de la paix civile que notre dialogue, celui du Conseil de sécurité avec les autorités de la RCA, doit se poursuivre. La présence parmi nous d’un représentant de haut niveau du gouvernement centrafricain, le ministre Agaba Otikpo Me Zode, est particulièrement bienvenue



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