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23 janvier 2004 - Afrique de l’Ouest : Intervention de M. Jean-Marc de la Sablière, représentant permanent de la France auprès des Nations unies

Je tiens à remercier à mon tour M. KALOMOH d’être venu nous présenter le rapport du Secrétaire général sur les progrès accomplis dans l’application des recommandations de la mission du Conseil en Afrique de l’ouest. Notre réunion, aujourd’hui, me donne l’occasion de faire un double constat :

1. D’abord, l’Afrique de l’Ouest se trouve aujourd’hui à un tournant.

La situation dans chacun des pays de la région a en effet considérablement évolué, et dans le bon sens, depuis notre mission en juillet dernier.

- Au Libéria, la transition politique est en cours et le nouveau gouvernement travaille au redressement du pays. Le déploiement de la MINUL, qui compte à ce jour plus de 9 000 hommes et bientôt 13 000, a changé la donne, qu’il s’agisse de l’amélioration progressive de la situation sécuritaire, de l’acheminement de l’aide humanitaire, des progrès en matière des droits de l’homme ou de la perspective d’un désarmement des groupes armés.

- En Sierra Leone, la stabilité se renforce jour après jour. Il est équitable de dire que le pays se trouve désormais sur les bons rails.

- En Guinée-Bissau, le gouvernement a accompli de louables efforts pour promouvoir la réconciliation nationale et pour procéder aux réformes nécessaires (révision de la constitution, bonne gouvernance).

- En Côte d’Ivoire enfin, le processus de paix a enregistré des progrès majeurs depuis le mois de décembre : retour des ministres des Forces nouvelles au gouvernement, cantonnement des armes lourdes, règlement de la question du mandat du Premier ministre, examen des principaux textes conformément à l’accord de Marcoussis. Les discussions que nous avons eues au Conseil de Sécurité ont bien souligné qu’une dynamique s’est enclenchée en Côte d’Ivoire. Nous devons la soutenir.

L’Afrique de l’ouest se trouve donc à un tournant, mais nous devons rester vigilants et déterminés : les difficultés restent considérables.

- La reconstruction du Libéria est une tâche absolument immense. Elle exigera du temps, de la détermination et des ressources financières à la hauteur des efforts à accomplir. A cet égard, la conférence internationale des 5 et 6 février sera un rendez-vous important. Le désarmement des groupes armés reste à faire. Et déjà, nous constatons que certains s’y refusent et se réfugient dans les pays voisins, en Côte d’Ivoire notamment.

- En Sierra Leone, le retrait progressif des forces de la MINUSIL reste conditionné aux capacités des autorités sierra-léonaises à garantir la sécurité et la stabilité sur l’ensemble du territoire. Et comme l’indique le rapport que nous examinons aujourd’hui, la stabilité de la Sierra Leone continue de dépendre de la situation au Libéria.

- La Guinée-Bissau reste au bord de la faillite. Le soutien de la communauté internationale sera essentiel pour consolider la paix dans ce pays encore extrêmement fragile.

- En Côte d’Ivoire enfin, les étapes essentielles du processus de paix, celles qui sont au cœur de Linas-Marcoussis, sont encore devant nous. La Côte d’Ivoire ne pourra continuer à aller de l’avant sans un engagement déterminé des Nations Unies. C’est maintenant qu’il faut consolider la dynamique politique que j’évoquais tout à l’heure : nous avons une responsabilité collective à l’égard de la Côte d’Ivoire comme des pays de la région. J’espère que nous serons en mesure d’adopter rapidement le projet de résolution que nous examinons actuellement pour créer une force de maintien de la paix

2. Le deuxième constat que nous tirons est qu’un consensus s’est dégagé au Conseil sur la nécessité d’une approche régionale de notre action.

Ce consensus est né de la mission qu’a conduite Sir Jérémy Greenstock dans la sous-région en juillet dernier. Nous nous en réjouissons car les difficultés que je soulevais à l’instant ne peuvent, pour la plupart, être réglées qu’à l’échelle de la région.

Il faut que ce consensus sur une approche régionale soit traduit en actes. Comment faire ?

- Nous devrons d’abord appuyer les efforts considérables de la CEDEAO. Elle a joué un rôle essentiel et décisif dans le règlement des crises de la région, en Sierra Leone, en Guinée Bissau, dernièrement au Libéria où elle a constitué l’avant-garde de la MINUL et en Côte d’Ivoire où elle mène une action remarquable avec les forces françaises et les Nations-Unies. Mais la CEDEAO atteint aujourd’hui les limites de ses capacités matérielles. Il est du devoir de la communauté internationale de renforcer ses moyens. Une CEDEAO encore plus efficace est le meilleur gage de la consolidation de la paix en Afrique de l’ouest.

- Nous devrons ensuite aider les Africains à mettre en œuvre leurs engagements. Je pense en particulier au moratoire de la CEDEAO sur les armes légères de 1998. Nous sommes prêts à étudier toutes les mesures qui permettraient de lever les obstacles à son application et nous attendons avec intérêt les recommandations que nous fera le Secrétaire général à cet égard.

- Enfin, nous devrons apporter tout l’appui nécessaire au Bureau des Nations Unies pour l’Afrique de l’ouest. Ce Bureau est un outil indispensable pour nous permettre d’anticiper les évolutions dans les pays de la région et de traiter avec la cohérence nécessaire les problèmes transfrontaliers qu’ils connaissent (mercenaires, enfants soldats, réfugiés).

D’une façon générale, nous sommes convaincus que tout l’appui que nous pourrons apporter à la CEDEAO, aux Africains et au Bureau des Nations Unies pour l’Afrique de l’ouest, notamment, sera un investissement utile.

L’agenda du Conseil de Sécurité s’est largement concentré, en 2003, sur l’Afrique de l’ouest. Ce sera à nouveau le cas, c’est certain, en 2004, avec la consolidation de la paix en Sierra Leone, le défi de la pacification et de la reconstruction au Libéria, et la perspective d’une présence forte des Nations Unies en Côte d’Ivoire.

Les missions que fait le Conseil de sécurité sont très utiles car elles permettent de mieux comprendre les réalités du terrain et de faire des progrès. Aussi, lorsque les forces mises en place au Liberia seront entièrement déployées et aussi en Côte d’Ivoire et que la dimension régionale de l’action sera davantage engagée, nous devrions ultérieurement nous interroger sur l’opportunité d’une nouvelle mission, pour évaluer le fruit de nos efforts et ceux de nos partenaires./.



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