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23 mars 2000 - Maintien de la paix / Désarmement, démobilisation et réinsertion : Intervention de M. Jean-David Levitte, représentant permanent de la France auprès des Nations unies

Monsieur le Président,

Permettez-moi tout d’abord de vous remercier de l’initiative que vous avez prise de susciter une reprise du débat que nous avions entamé ici-même sur le même sujet en juillet 1999 à l’initiative de la Malaisie. Aujourd’hui en effet, nous pouvons profiter des éclairages nouveaux qu’apporte le récent rapport du Secrétaire général.

Ma délégation tient d’abord à remercier et à féliciter le Secrétaire général pour cet excellent rapport qui donne un bon aperçu des impératifs auxquels sont aujourd’hui confrontés les processus de désarmement, de démobilisation et de réinsertion des ex-combattants dans le cadre des opérations de maintien de la paix.

L’Ambassadeur du Portugal fera tout à l’heure une intervention en tant que président et au nom de l’Union européenne à laquelle la France s’associe évidemment pleinement. Je me bornerai donc à quelques brèves remarques.

Premièrement, tout le monde est d’accord pour reconnaître que le désarmement, la démobilisation et la réinsertion des ex-combattants sont un élément indispensable du règlement des conflits. Mais cette tâche ne peut réussir durablement - et j’insiste sur le mot durablement - que si plusieurs conditions sont remplies :

Tout d’abord le désarmement et la démobilisation ne peuvent que résulter d’un accord entre toutes les parties belligérantes. Tenter de le faire par la force, c’est à coup sûr relancer la guerre. Car si aucune garantie n’est offerte à ceux qui portent les armes, croit-on qu’ils se laisseront désarmer sans résister ? Il convient donc que figurent, dans les accords entre belligérants, c’est-à-dire avant la mise en place des opérations de maintien de la paix, des dispositions précises en la matière. Comme le souligne le Secrétaire général dans son rapport, une absence de clarté sur ce point dans les engagements pris par les parties en conflit comporte en soi des risques et peut être lourde de conséquences par la suite.

Ensuite, dans le triptyque désarmement - démobilisation - réinsertion, le troisième terme est sans doute le plus important. En effet, il ne faut pas confondre les causes et les symptômes : prendre les armes est une façon - violente - de répondre à une situation - sous-développement, inégalité dans la répartition des richesses, rivalités ethniques, oppression politique -. Pour convaincre durablement les combattants de déposer les armes et, mieux encore, de ne pas chercher à les reprendre un jour, il faut en effet leur donner une quadruple garantie. D’abord, la sécurité de leur personne ; ensuite une participation équitable et effective à la vie politique ; de réelles perspectives économiques pour qu’ils puissent subvenir à leurs besoins et à ceux de leur famille ; enfin un statut social qui soit aussi attractif que celui de guerrier qu’ils sont invités à délaisser.

En second lieu, la communauté internationale doit savoir montrer très vite toute sa détermination à contribuer au succès de tels programmes, notamment pour établir un climat de confiance indispensable à leur réussite. La résolution des parties prenantes aux conflits à tenir durablement leurs engagements en dépend. Trois axes d’efforts me semblent à cet égard prioritaires dans une stratégie qui doit être globale et à long terme et le Secrétaire général a à juste titre souligné le caractère global et à long terme de toute action dans ce domaine.

Premièrement, l’adaptation des mandats des opérations de maintien de la paix. Lorsqu’un tel processus de désarmement, démobilisation et réinsertion des ex-combattants est jugé nécessaire, des dispositions correspondantes devraient figurer dans le mandat des missions. Il est important en effet de relever l’importance, soulignée d’ailleurs par le Secrétaire Général, d’associer au plus tôt les Nations unies aux processus mis en place par les accords de paix ;

Deuxièmement, il faut une meilleure coordination sur le terrain entre tous les acteurs concernés. Ce point a d’ailleurs été évoqué par plusieurs orateurs qui m’ont précédé. Les mandats donnés aux opérations de maintien de la paix comprenant un élément de désarmement, démobilisation et de réinsertion des ex-combattants devraient prévoir une claire répartition des tâches et à un partage efficace des responsabilités entre toutes les organisations et tous les acteurs impliqués dans la mise en oeuvre de ces programmes. Pendant la phase couverte par l’opération de maintien de la paix, le représentant spécial du Secrétaire général sur place devrait voir clairement affirmer son autorité dans ce domaine et reconnaître son rôle de coordination.

Troisièmement, se pose la question du financement. Ce point a été évoqué par plusiurs délégations, à juste titre. Le représentant du Royaume uni a notamment évoqué le problème actuellement rencontré en Sierra Leone. C’est un fait que nous constatons : les ressources financières et le manque de ressources financières sont trop souvent la cause de l’échec de programmes de désarmement, démobilisation et de réinsertion qui ne peuvent être menés à terme. Il est particulièrement regrettable de constater que la réalisation de telles actions, dont nul ne conteste le caractère décisif pour consolider de la paix, soit encore trop souvent tributaire de contributions volontaires, par nature aléatoires. Un effort collectif plus déterminé doit pouvoir être envisagé, de façon, au moins au début, à pouvoir recourir aux budgets des opérations de maintien de la paix. Les initiatives présentées à cet égard par le Secrétaire général concernant les fonds de lancement inscrits aux budgets statutaires des missions pour des "projets à impact rapide" méritent tous nos encouragements.

Monsieur le Président,

La déclaration présidentielle qui va être adoptée à l’issue de ce débat doit témoigner de notre engagement soutenu et déterminé en faveur du succès des processus de désarmement, de démobilisation et de réinsertion des ex-combattants et particulièrement dans le cadre des opérations de maintien de la paix. Le rapport du Secrétaire général nous aura aidés en cela à identifier clairement, à la fois les obstacles encore à surmonter et les objectifs à garder résolument en vue. Nous apportons évidemment notre plein soutien à cette déclaration présidentielle, mais plus encore, et comme nous le faisons régulièrement, nous souhaitons que les principes et les recommandations qui y figurent soient ensuite concrètement mis en oeuvre à chaque fois que nous aurons traité un cas précis.

Je vous remercie Monsieur le Président.



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