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24 février 2000 - La situation concernant la RDC : Intervention de M. Alain Dejammet, représentant permanent de la France auprès des Nations unies

Monsieur le Président,

Il y a un mois, le Conseil de sécurité, à l’initiative de son président, l’Ambassadeur des Etats-Unis, accueillait les chefs d’Etat des pays signataires de l’accord de cessez-le-feu en République Démocratique du Congo, l’Accord de Lusaka. Ces chefs d’Etat ont réaffirmé, à cette occasion, leur engagement à mettre en oeuvre l’accord de cessez-le-feu. Le Secrétaire général des Nations unies a présenté lui-même ses recommandations pour l’élargissement que notre délégation souhaitait depuis plusieurs mois, l’élargissement du mandat de la Mission des Nations unies en République Démocratique du Congo, la MONUC. Ces recommandations du Secrétaire général concernaient la mise en oeuvre de l’ensemble de l’Accord de Lusaka : respect du cessez-le-feu, désengagement des parties, désarmement des groupes armés et retrait de toutes les forces étrangères. Ces recommandations envisageaient également, à terme, la tenue d’une conférence internationale sur la paix, la sécurité, la démocratie et le développement dans la région des Grands lacs.

A l’occasion de cette réunion exceptionnelle du Conseil de sécurité, le Ministre français délégué à la Coopération et à la Francophonie, M. Josselin, avait marqué que notre conseil devait, en appuyant l’intervention des Nations unies, consolider le respect du cessez-le-feu. Il avait salué les recommandations faites par le Secrétaire général en ce sens, sous réserve que les questions de sécurité fussent prises en compte dans toutes leurs dimensions.

Le projet de résolution soumis au conseil aujourd’hui a pour but de mettre en oeuvre les recommandations du Secrétaire général. Ce projet énonce clairement les conditions sur lesquelles doit être fondé le déploiement de la MONUC ainsi élargie : respect du cessez-le-feu, élaboration d’un plan de désengagement des forces, garantie des parties à assurer la sécurité et la liberté de mouvement du personnel des Nations unies.

Ce projet n’est pas parfait. C’est un texte de compromis, comme vient très justement de le souligner le Représentant permanent de la Namibie. On peut en particulier s’interroger sur la taille vraiment souhaitable des effectifs des observateurs et des militaires qui viendront à leur appui. Mais ce texte, comme l’a également souligné l’Ambassadeur de Namibie, rappelle clairement, pour ceux qui voudront bien le lire attentivement et le comprendre, quelle a été l’origine de la dégradation de la situation et indique assez honnêtement où sont les responsabilités. C’est pourquoi la délégation française votera en faveur de ce projet de résolution.

La mise en oeuvre de ce texte ne sera possible que si des mesures concrètes en ce sens sont prises par les parties au conflit. Il faut de ce point de vue saluer la réunion qui s’est tenue hier à Lusaka, réunion des parties signataires de l’accord de cessez-le-feu, car elle apporte un signe positif, mais il faudra aller au-delà de ce qui reste encore des déclarations d’intention, même si des signatures sont données.

La situation en République Démocratique du Congo reste en effet préoccupante. C’est particulièrement le cas dans l’est du pays où l’on observe un accroissement des tensions. Les informations les plus récentes qui nous ont été données hier, tardivement d’ailleurs, par le Secrétariat des Nations unies à propos de la situation dans la partie orientale de la République Démocratique du Congo montrent que la présence de forces étrangères est de plus en plus durement ressentie et donne lieu à des mouvements naturels, normaux, de résistance civile. Ces informations données par le Secrétariat des Nations unies font également état de massacres, d’affrontements interethniques qui, à leur tour, font craindre un redoublement, une nouvelle aggravation des violences.

Comment enfin ne pas être préoccupés par l’exploitation illégale des ressources naturelles de la République Démocratique du Congo, en violation de la souveraineté de ce pays. Ces activités, comme le rappelle justement la résolution, contribuent à la poursuite des hostilités.

C’est dire, Monsieur le Président, qu’un effort important doit être accompli par toutes les parties pour mettre en oeuvre l’accord de cessez-le-feu.

En appuyant le déploiement de la MONUC, nous espérons donc que les Nations unies aideront à une mise en oeuvre concrète de cet accord. Celui-ci doit aussi contribuer à la réconciliation en République Démocratique du Congo. Nous espérons que le dialogue national, avec l’aide du facilitateur, le président Masire, permettra cette réconciliation. Au-delà bien sûr de ce voeu, au-delà de notre appui moral et politique, la France, répondant à l’appel qui avait été adressé aux membres du conseil par le président du conseil au mois de janvier, est prête à apporter au facilitateur un soutien également matériel.



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