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24 juillet 2001 - RDC : Intervention de M. Jean-David Levitte, représentant permanent de la France auprès des Nations unies

Monsieur le Président,

La France se rallie à l’intervention que prononcera dans un instant la Belgique au nom de l’Union Européenne, mais je souhaiterais faire ici quelques commentaires à titre national.

C’est avec beaucoup de tristesse que nous disons aujourd’hui au revoir à M. Kamel Morjane, le Représentant Spécial du Secrétaire Général en RDC, qui a consacré ces vingt derniers mois tous ses efforts à faire avancer le processus de paix en République Démocratique du Congo. Nous mesurons aujourd’hui l’importance du chemin parcouru depuis la fin 1999, grâce au courage et au dévouement, au sens politique et à l’inlassable force de volonté du Représentant Spécial. Comme tous mes collègues du Conseil de Sécurité, je voudrais lui rendre ici un hommage appuyé. Kamel Morjane est un exemple pour nous tous. Il a donné au peuple congolais la plus belle image des Nations Unies. Par son intermédiaire, j’adresse à l’ensemble du personnel de la MONUC les sentiments de gratitude de la France.

Le processus de paix en RDC est aujourd’hui bien lancé. Le cessez-le-feu est respecté entre les parties à l’accord de Lusaka et ce texte a connu un début de mise en oeuvre. Le désengagement et redéploiement des forces est presque achevé. Les parties à l’accord travaillent à l’élaboration de plans globaux de retrait des forces étrangères, et de désarmement, démobilisation, réintégration, rapatriement et réinstallation (DDRRR) des groupes armés - plans qu’elles doivent finaliser dans les meilleurs délais. Autre volet essentiel du processus de paix, le Dialogue Intercongolais se prépare également, sous la conduite du Facilitateur et de son représentant à Kinshasa : la réunion préparatoire est prévue pour le 20 août. Il faudra que le dialogue puisse se tenir ensuite le plus rapidement possible, de préférence sur le sol congolais.

Par ailleurs, et même si ce point ne relève ni de la compétence ni de l’action de M. Morjane ou de la Monuc, la grave question de l’exploitation des ressources naturelles de la RDC, depuis la publication du rapport du groupe d’experts, en avril dernier, fait l’objet d’une prise de conscience croissante de la part de la communauté internationale et apparaît de plus en plus clairement comme un des moteurs du conflit et des graves violations des droits de l’homme qu’il entraîne. Nous espérons que la publication de l’addendum à ce rapport, à l’automne, témoignera de progrès dans ce domaine aussi.

Enfin, le processus de paix au Burundi, qui n’est pas dissociable du règlement de la crise dans la région, connaît actuellement des développements importants, grâce à l’engagement et à la persévérance du Médiateur du processus de paix d’Arusha, M. Mandela. L’actualité nous montre cependant, hélas, à quel point ce processus aussi reste fragile et encombré d’embûches.

On le voit, la crise en RDC et dans la région, où le Conseil s’est rendu en mission en mai, a connu des évolutions positives qui ouvrent une véritable "fenêtre d’opportunité". Pour autant, comme le disait M. Morjane lui-même à l’instant, la dynamique de paix n’a pas encore atteint le point de non retour. De nombreuses difficultés et certains obstacles majeurs restent à surmonter.

Face à cette situation encore incertaine, notre Conseil doit avoir une vision claire des tâches à accomplir. Il faut en premier lieu maintenir et approfondir les acquis. Le respect du cessez-le-feu nécessite un effort permanent, et nous encourageons tous les contacts bilatéraux entre les belligérants pour faire progresser, dans le cadre de l’accord de Lusaka, la confiance entre les parties. Il est impératif également que la Monuc puisse effectuer son nécessaire travail de vérification. Je pense, en particulier, au désengagement dans la province de l’Equateur, où le MLC de M. Bemba n’a accompli son mouvement qu’avec retard, et où la vérification reste à accomplir. Il faudra aussi que la Monuc atteste de l’effectivité du départ des FAC des positions qu’elles occupent encore au Katanga en contradiction avec les sous-plans d’Harare. Dans cette tâche de vérification, comme dans l’accomplissement de toutes ses missions, la MONUC doit bénéficier de la coopération sans réserve de toutes les parties. Le Conseil de Sécurité n’acceptera pas que les personnels de l’ONU soient soumis à des pressions ou à des menaces. Le Conseil est résolu à agir avec la plus grande fermeté sur cette question.

Les parties au conflit doivent tenir tous leurs engagements et respecter toutes les obligations qui s’imposent à elles. A cet égard, l’un des principaux obstacles aujourd’hui à la poursuite du processus de paix est sans nul doute le retard pris dans la démilitarisation de Kisangani. La démilitarisation de cette ville, que le Conseil avait exigée il y a un an, dans sa résolution 1304, a aujourd’hui valeur de symbole du processus de paix et de la réconciliation en RDC. Après le Rwanda et l’Ouganda, le RCD doit maintenant, sans plus de retard, se conformer à cette obligation. Il en va de sa crédibilité en tant que partenaire du processus de paix. Le Conseil de Sécurité en appelle à tous ceux qui ont une influence sur le RCD, en particulier le Rwanda, pour relayer cette exigence et obtenir, enfin, la réalisation de ce pas décisif du processus de paix.

Les activités des groupes armés, dans l’est de la RDC, de même qu’au Rwanda et qu’au Burundi, constituent une autre menace sérieuse au retour à la paix. Les signataires de l’accord de Lusaka préparent ensemble un programme de DDRRR. Il faut commencer sans délai à s’attaquer à cette question difficile. La première étape consiste à interrompre et à empêcher tout soutien à ces groupes, et à commencer à mettre en oeuvre le DDRRR, là où cela est possible. Nous avons pris note avec beaucoup d’intérêt de l’offre du Président Kabila de lancer le mouvement, sur une base volontaire, avec les 3000 combattants cantonnés dans deux camps en RDC. La Monuc est prête à aider, dans la mesure, toutefois, de ses moyens - et c’est la raison pour laquelle la communauté des donneurs devra également apporter son soutien en appui à l’action de l’ONU.

La situation économique et humanitaire demeure désastreuse, malgré l’admirable action de terrain accomplie, dans des conditions particulièrement difficiles, par les agences de l’ONU et par les ONG. La réouverture des fleuves va donner une bouffée d’oxygène au peuple congolais en assurant un meilleur approvisionnement des villes. La encore, les parties doivent aider la Monuc à rétablir ce lien vital entre les Congolais. Au delà, la communauté internationale est prête à apporter son assistance, en appui aux progrès du processus de paix, pour soulager la souffrance du peuple congolais et pour aider le gouvernement de la RDC à mettre en oeuvre son ambitieux programme de réforme économique. Toutes les parties, par ailleurs, doivent veiller au strict respect des droits de l’homme dans les secteurs qu’elles contrôlent. En liaison avec le Rapporteur Spécial, M. Garreton, actuellement en déplacement dans la région, le Conseil entend rester attentif à cette question : il n’y aura ni règlement, ni réconciliation, si les violations des droits de l’homme ne sont pas punies. Il ne peut pas y avoir d’impunité.

Monsieur le Président,

Je le disais tout à l’heure, les amis de M. Morjane, qui sont les amis de la paix en RDC et dans la région, le voient partir avec beaucoup de tristesse. Toutefois, le Conseil de Sécurité, unanime, est résolu à maintenir, avec la même impartialité, le cap qu’il a tracé, qui est celui de la mise en oeuvre, sans concessions, des accords signés par les parties elles-mêmes, et des résolutions du Conseil de Sécurité. En liaison avec son successeur, dès qu’il sera désigné, c’est cette voie que nous entendons suivre, au service de la paix et dans l’intérêt du peuple congolais et de la région toute entière./.



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