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24 octobre 2001 - RDC : Intervention de M. Jean-David Levitte, représentant permanent de la France auprès des Nations unies

La délégation française s’associe au discours que prononcera dans quelques instants le Représentant Permanent de la Belgique au nom de l’Union Européenne. Je voudrais toutefois faire quelques remarques à titre national.

Je souhaite d’abord rendre hommage au Représentant Spécial du Secrétaire Général, M. Amos Namanga Ngongi. C’est la première fois que nous avons le plaisir de l’entendre, ici, à New York, depuis qu’il a pris ses fonctions à Kinshasa, en septembre, et nous avons tous pu constater à quel point il maîtrise déjà toutes les arcanes de ce dossier, en dépit de son extraordinaire complexité.

Je voudrais également rendre hommage au travail exceptionnel accompli par la Monuc sur le terrain. Le déploiement de cette opération, en appui au processus de paix, a aussi un impact considérable sur la vie des populations congolaises, ainsi qu’en témoigne le rapport du Secrétaire Général. J’étais très impressionné d’apprendre, par exemple, que la population de Mbandaka a décuplé depuis l’arrivée des contingents de la Monuc. Notre Conseil qui s’est rendu en mai dans la ville de Mbandaka, a pu mesurer à quel point l’arrivée des personnels de l’ONU est porteuse d’espoir pour ces populations, qui pendant trop longtemps n’ont connu que la guerre et l’insécurité. Rendre espoir aux populations congolaises, c’est justement ce que nous propose le rapport que nous avons maintenant sous les yeux.

La France soutient totalement les recommandations de ce rapport, qui portent sur l’avenir de la Monuc et sur la transformation de son concept d’opération. Il faut, en effet, lancer la troisième phase du déploiement de la force, et commencer à accroître la présence de la Monuc dans l’est de la RDC. Ceci, d’ailleurs, est tout à fait conforme à la position que nous avons toujours défendue au Conseil : il faut que la Monuc se rapproche de la région frontalière où se une dimension essentielle du problème et en même temps une large part de la solution à ce conflit.

En engageant la phase III et en se déployant dans l’est, la Monuc pourra mieux se préparer à soutenir le processus de désarmement, démobilisation, rapatriement, réintégration et réinstallation des groupes armés étrangers présents sur le territoire du pays. C’est un des volets essentiels du processus de paix et il faut, en effet, que la Monuc puisse établir des contacts, puis une relation régulière et confiante avec ces groupes armés, sur lesquels nous manquons encore d’informations. La phase III permettra également à la Monuc de se préparer à accompagner le mouvement de retrait des forces étrangères du pays. Certains paysont déjà commencé à se retirer et il faut s’en réjouir. C’est le cas de la Namibie en totalité et de l’Ouganda pour une large part. D’autres pays ne l’ont pas encore fait, et ils doivent commencer les préparatifs sans tarder, puis amorcer le mouvement du retour. Sur ces deux questions du DDRRR et du retrait, les parties à l’Accord de Lusaka ont promis de nous remettre les informations nécessaires pour que la Monuc puisse accomplir sa mission. Certains éléments ont bien été communiqués, mais ils sont insuffisants. Il faut maintenant que, très vite, ces informations opérationnelles soient transmises à la Monuc.

Le rapport aborde également les autres points importants du processus de paix, et en premier lieu, la question de Kisangani. Le Conseil de Sécurité, dans sa résolution 1304, a exigé la démilitarisation de cette ville, et le Secrétaire Général a lui-même, au cours de sa visite dans la région en septembre, souligné l’importance qu’il attachait à cette question. Le rapport insiste sur le caractère essentiel que revêt, pour l’avenir du processus de paix, la situation dans cette ville, la troisième de la RDC, et la plus meurtrie par le conflit. Il nous revient d’étudier, en étroite liaison avec le Secrétariat, la manière dont l’action de la Monuc et des agences de l’ONU peut aider à faire avancer cette question.

Le Dialogue Intercongolais constitue un autre des "piliers" du processus de paix tel que le définit l’Accord de cessez-le-feu de Lusaka. Au lendemain de la réunion d’Addis Abeba, nous encourageons l’ensemble des parties congolaises à travailler pour faire avancer le dialogue, et à se retrouver dès que possible pour que démarre, dans l’esprit positif qui a caractérisé la réunion de Gaborone, en août, ce volet important du processus de paix.

Monsieur le Président,

Le rapport du SGNU souligne, à juste titre, que la situation évolue globalement dans le bon sens. Cependant, de nombreuses questions continuent de nous préoccuper gravement et nous devons réfléchir à la façon dont le Conseil et l’ensemble de la communauté internationale peuvent essayer d’y remédier :

- Les combats se poursuivent dans l’est du pays, où se maintient une situation d’insécurité dont les populations civiles sont les premières à faire les frais. Chacune des parties au conflit doit user de toute son influence pour qu’il y soit mis fin. La situation des droits de l’homme reste également très préoccupante, et nous ne pouvons que regretter le départ de M. Garreton, le Rapporteur Spécial, qui est venu à plusieurs reprises nous exposer avec conviction les efforts qu’il déployait pour faire progresser cette cause.

- La situation humanitaire, sur l’ensemble du territoire de la RDC, demeure désastreuse. Le pays est confronté à une situation économique d’une exceptionnelle gravité, qui rend plus difficile encore le règlement du conflit. Les institutions financières internationales ont bien compris que l’avenir du processus de paix dépend de l’aide que nous sommes prêts à apporter à ce pays. C’est un effort que l’ensemble de la communauté internationale doit être prête à fournir, et dans les délais les plus rapides. La réouverture des voies fluviales a contribué à restaurer les liens économiques entre les différentes régions du pays, mais là aussi, le processus n’en est qu’à ses débuts. Le mouvement doit se poursuivre et s’amplifier.

- L’exploitation illégale des ressources naturelles de la RDC constitue aujourd’hui, nous le savons, un des moteurs du conflit. Nous aurons bientôt connaissance des recommandations de l’Ambassadeur Kassem, qui nous aideront à définir la marche à suivre sur cette question.

- Enfin, nous constatons une montée des tensions au Burundi, mais aussi entre le Rwanda et l’Ouganda. Ces questions ne sont pas dissociables du processus de paix congolais : le règlement de ces crises ne pourra se faire que dans un cadre régional. Nous partageons l’analyse du Secrétaire Général qui, dans son rapport, préconise que le Burundi soit davantage associé au processus congolais.

En conclusion, le processus de paix avance. Mais il n’a toujours pas atteint le point de non-retour. Le Conseil et la Monuc ont bien un rôle à jouer, mais la responsabilité du processus de paix relève, en première instance, des parties au conflit. Le Conseil de Sécurité, justement, va bientôt tenir une nouvelle réunion avec les Ministres du Comité Politique de l’accord de Lusaka. Cette rencontre, probablement le 9 novembre à new York, nous permettra de faire un nouveau point sur la relation de partenariat que nous avons établie ensemble. C’est à travers ce dialogue confiant, alimenté par les progrès et les efforts des parties au conflit, que nous pourrons au mieux les aider à mettre en oeuvre leur propre processus de paix.



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