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26 avril 2005 - Côte d’Ivoire : Intervention de M. Jean-Marc de La Sablière, représentant permanent de la France auprès des Nations unies

(Vérifier au prononcé)

Monsieur le Président, Monsieur le Ministre,

Je tiens à remercier M. Alan DOSS de l’exposé qu’il vient de nous faire sur la situation en Côte d’Ivoire. Je tiens également à remercier Monsieur le Ministre Aziz PAHAD et Mme Mojanku GUMBI d’être aujourd’hui parmi nous. Leur présence à New York revêt une importance toute particulière, pour ma délégation comme, je crois, pour l’ensemble des membres du Conseil de sécurité. Elle est importante pour une raison simple et fondamentale : la communauté internationale fonde beaucoup d’espoir dans les efforts de l’Afrique du sud et l’engagement personnel du Président Thabo MBEKI pour sortir la Côte d’Ivoire de la crise profonde où elle se trouve.

I / La crise en Côte d’Ivoire est en effet préoccupante.

Parce que les enjeux sont considérables.

Pour la Côte d’Ivoire en premier lieu, et pour les Ivoiriens : voilà deux ans que ce grand pays est divisé, déstructuré et s’appauvrit un peu plus jour après jour. Cela ne peut pas indéfiniment durer.

Pour la région ouest-africaine ensuite, cela a souvent été dit : si la Côte d’Ivoire s’effondre, c’est toute la région qui pourrait être gravement et durablement déstabilisée.

Pour tout le continent africain enfin : à l’heure où l’Afrique s’organise et prend en main son destin, la persistance d’une crise grave dans un grand pays du continent, qui était perçu comme le pays qui réussissait son développement, n’est pas acceptable.

Pourtant, il faut malheureusement constater qu’en dépit des efforts remarquables du Président MBEKI, la Côte d’Ivoire est encore très loin d’avoir retrouvé le chemin de la réconciliation. Que constate-t-on ?

- Premièrement, les parties ivoiriennes n’ont pas abandonné l’option militaire. Les événements très graves de Logoualé, le 28 février dernier, l’ont montré. Cela, c’est inacceptable. Les parties ivoiriennes doivent savoir que la communauté internationale ne tolèrera jamais le règlement de la crise par les armes qui ne serait pas un règlement durable. Et elle veillera au respect de l’embargo sur les armes conformément aux résolutions 1572 et 1584 de notre Conseil. Dans un tel contexte, le renforcement des effectifs de l’ONUCI est indispensable et urgent.

- Deuxièmement, les campagnes de haine et de désinformation se poursuivent dans les médias ivoiriens. Cela aussi ne doit pas être toléré car on sait bien les conséquences désastreuses qu’elles peuvent avoir.

- Troisièmement, la situation politique reste dans une impasse. Aucun progrès majeur n’a été enregistré s’agissant des éléments-clefs du processus de réconciliation défini à Linas-Marcoussis : le cantonnement des forces en présence et le désarmement des Forces nouvelles n’ont pas commencé ; les milices ne sont toujours pas démantelées et on voit bien aujourd’hui qu’elles sont armées et qu’elles font peser une menace très lourde sur la stabilité du pays, à Abidjan et partout ailleurs. Enfin, l’article 35 de la Constitution n’a toujours pas été révisé. Ces blocages doivent être levés.

Car, aujourd’hui, le temps est compté.

Tout doit être fait pour tenir les échéances électorales dans les délais prévus. C’est en octobre prochain, dans sept mois. Il y a donc urgence car la tenue d’élections libres, ouvertes et transparentes est l’unique solution à la crise. Et je dois le dire : si les élections ne pouvaient se tenir en octobre comme prévu, la Côte d’Ivoire entrera dans l’inconnu, dans une aire de tous les dangers.

II / Dans ce contexte, la France considère que les efforts du Président MBEKI sont absolument vitaux.

Je saisis l’occasion de la présence de Monsieur le Ministre PAHAD pour le redire avec force : la France appuie pleinement les efforts de médiation engagés par le Président MBEKI au nom de l’Union africaine. Sa tâche n’est pas facile, nous le savons tous. Mais il doit réussir.

Les discussions qui s’ouvriront autour de lui dans quelques jours à Pretoria sont cruciales. Nous formons l’espoir qu’elles permettront de relancer la dynamique de la paix en Côte d’Ivoire. Pour cela, toutes les parties ivoiriennes devront faire preuve de responsabilité. Et les engagements qu’elles pourraient prendre devant le Président MBEKI devront être tenus. La communauté internationale devra y veiller.

III / Pour sa part, le Conseil de sécurité va réexaminer dans les prochains jours le mandat de l’ONUCI et de la force LICORNE.

Le débat qui va s’ouvrir et les décisions qui seront prises par le Conseil seront déterminants. Le Conseil devra travailler en étroite coopération avec l’Afrique du sud, l’Union africaine et la CEDEAO. C’est la raison pour laquelle il est essentiel pour notre Conseil d’être particulièrement attentif à la médiation sud-africaine, de disposer de ses analyses et de ses recommandations.

Le mandat des forces impartiales s’achèvera le 4 avril, au moment où se tiendront les discussions à Pretoria entre le Président MBEKI et les parties ivoiriennes. Or notre Conseil aura besoin, pour ses travaux, de connaître les résultats de cette réunion et l’analyse du Président MBEKI. En conséquence, ma délégation propose de renouveler, dans un premier temps, le mandat des forces impartiales pour un mois, jusqu’au 4 mai. Cela donnera au Conseil le temps nécessaire à ses travaux et nous aurons aussi le rapport du Président MBEKI.

A un mois de cette échéance et à sept mois des élections, je ne peux que souligner une fois encore à quel point la situation en Côte d’Ivoire est préoccupante. Une absence de percée dans les prochains jours pour la mise en œuvre de l’accord de Linas-Marcoussis serait grave. Encore une fois, c’est pourquoi nous comptons sur le Président MBEKI pour obtenir cette percée, et le Conseil de sécurité est là pour l’aider.

Monsieur le Président,

Je soulignerai en conclusion que la France a toujours agi conformément au mandat que le Conseil de sécurité lui a donné. Si le Conseil, à l’écoute des Africains, le souhaite, elle continuera d’assumer cette responsabilité.

Je vous remercie.



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