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26 janvier 2001 - La situation à Timor Est : Intervention de M. Jean-David Levitte, représentant permanent de la France auprès des Nations unies

Je suis particulièrement heureux de rendre hommage au Représentant spécial du Secrétaire général à Timor-Est, M. Sergio Vieira de Mello. Nous apprécions le travail remarquable qu’avec toute son équipe il réalise avec détermination pour remplir le mandat de l’ATNUTO.

Je remercie également de leurs interventions l’administrateur du PNUD, M. Malloch Brown, ainsi que M. Klaus Rohland, responsable régional à la Banque mondiale, et M. Luis Valdivieso, conseiller au Fonds monétaire international.

Pour la deuxième fois cette semaine, après le débat public sur la situation en République centrafricaine, le Conseil a l’occasion d’associer à ses travaux d’éminents représentants des institutions financières internationales et des fonds et programmes des Nations unies. C’est un exemple à suivre. Il est en effet indispensable de développer la concertation, y compris lors de l’examen du fonctionnement d’opérations de paix complexes, entre les grandes institutions ayant des responsabilités en matière de consolidation de la paix.

Je rends hommage au Président Holkerri qui a conduit, avec la rigueur et la détermination qu’on lui connaît, une mission à Timor.

Je tiens enfin, et particulièrement, à souhaiter la très bienvenue au membre du Cabinet de transition en charge des relations extérieures, M. Jose Ramos-Horta, qui est l’un des plus beaux exemples de la transition politique que nous appelons tous de nos voeux. Nous avons entendu son exposé. C’était l’exposé d’un homme de vision et d’un homme de raison. Il nous a tracé des perspectives, à la fois réalistes et ambitieuses, pour un Timor-Est indépendant et démocratique. Qu’il en soit remercié.

L’ATNUTO restera dans l’histoire des Nations unies comme un succès exemplaire. Le rapport rend parfaitement compte des progrès impressionnants réalisés ces derniers mois, notamment dans la mise en place d’une administration timoraise, le fonctionnement des services publics et la reconstruction des infrastructures.

Mais l’histoire de Timor-Est ne s’arrête pas là. Un autre succès reste à construire : celui de l’après-indépendance. Pour le peuple timorais, l’indépendance constitue, de façon bien compréhensible, une aspiration grandissante. Ne pas répondre à ces attentes ne ferait que provoquer incertitudes et frustrations. Nous devons envoyer aux Timorais un signal sans équivoque traduisant notre confiance dans l’avenir de leur pays. La classe politique timoraise a construit avec l’ATNUTO un partenariat qui mérite d’être encouragé.

Il revient à la communauté internationale de permettre aux Timorais de réaliser leurs ambitions. Une perspective claire doit leur être offerte. La France se félicite de la confirmation par le Secrétaire général, aux paragraphes 4 et 50 de son rapport, de l’objectif d’une indépendance d’ici le 31 décembre 2001. La rapidité de la transition est un facteur de succès. C’est une garantie contre l’enlisement. Plusieurs exemples d’autorités transitoires couronnées de succès en témoignent : l’APRONUC au Camboge a duré 18 mois, l’ATNUSO en Slavonie orientale à peine deux ans.

Il est indispensable d’accélérer la montée en puissance progressive du pouvoir politique et administratif timorais. Des efforts notables ont été accomplis. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : plus de 7000 fonctionnaires timorais recrutés, une majorité de représentants timorais dans le Cabinet transitoire, la mise en place d’un budget de Timor doté de 59 MUSD.

Des progrès restent cependant à réaliser. A moins d’un an de la date prévue pour l’indépendance, le budget de l’ATNUTO, le plus élevé parmi ceux de toutes les opérations de maintien de la paix des Nations unies, représente encore plus de dix fois celui de Timor-Est. Le recrutement de fonctionnaires timorais aux échelons supérieurs et intermédiaires de la fonction publique reste trop lent. Des formations et des rémunérations plus attractives doivent être proposées. Les communications restent un handicap sérieux au développement à l’intérieur du pays. Les services de santé reposent quasi-exclusivement sur l’action des ONG internationales. Le service de l’éducation fonctionne encore dans une trop large mesure sur le principe de l’aide d’urgence. La viabilité de nombreuses entreprises créées ces derniers mois dépend encore très largement de la présence internationale. Ce sont autant de défis qui restent à relever pour assurer la viabilité d’un Timor indépendant.

Pour relever ces défis, il faut faire appel de façon croissante aux donateurs bilatéraux et multilatéraux, à la Banque mondiale, au PNUD et aux autres fonds et programmes des Nations unies notamment. Les annonces faites lors de la conférence des donateurs de Bruxelles, en décembre dernier, doivent être honorées et les décaissements doivent être accélérés.

Timor-Est doit être un test, mais un test réussi, de l’efficacité, de l’adéquation et de la rapidité des actions et des financements en matière de consolidation de la paix.

L’indépendance transformera en profondeur le rôle de la communauté internationale à Timor-Est. Il s’agira d’accompagner les autorités timoraises. Il ne sera plus question de se substituer à elles. L’indépendance marquera le passage définitif du maintien de la paix à la consolidation de la paix.

Il revient au Conseil de veiller à ce que cette transition soit aussi progressive que possible. Le Conseil doit veiller à ce qu’elle soit préparée en amont. Nos débats de novembre dernier sur le thème "no exit without strategy" peuvent trouver avec Timor-Est un excellent point d’application.

Il conviendra donc que le Conseil examine fréquemment dans les mois qui viennent le mandat et les moyens de l’ATNUTO pour répondre au mieux aux besoins très évolutifs de Timor-Est. La France souscrit à la proposition du Secrétaire général de renouveler le mandat de la force jusqu’au 31 décembre. Cette durée exceptionnellement longue pour une opération de maintien de la paix devrait permettre à l’ATNUTO de parcourir dans la sérennité la période mouvementée de la transition politique.

Un tel mandat ne doit cependant pas faire obstacle à des examens plus fréquents des moyens et des objectifs de l’ATNUTO. Il pourrait être utile pour le Conseil de disposer de rapports à échéance rapprochée. La France souhaite qu’un examen en profondeur de l’adéquation des moyens de l’ATNUTO à la situation sur le terrain puisse être conduit d’ici trois mois sur la base de recommandations détaillées du Secrétariat. La France fera, dans le projet de résolution qui est actuellement en cours de discussion, des propositions de nature à prévoir un tel examen.

Il faudra par exemple s’interroger sur l’adéquation du dispositif dans les zones orientales de Timor-Est, dans lesquelles la sécurité paraît la mieux assurée et où les risques liés à l’infiltration de milices sont moindres. Cette capacité d’adapatation à une situation très évolutive est une condition essentielle du succès de l’effort international à Timor-Est.

S’agissant de la forme de la présence internationale après l’indépendance, la France examinera avec attention les recommandations que le Secrétaire général fera. Il faudra par ailleurs soigneusement veiller à la répartition des rôles entre les différents acteurs concernés.

Pour terminer, je souhaiterais poser au Représentant spécial quelques questions concernant la préparation des élections à l’assemblée constituante :

- Comment envisage-t-il, au lendemain des élections, le rôle de l’ATNUTO aux côtés d’une assemblée constituante élue. Quelles adaptations du mandat ou, au moins, du mode de fonctionnement de l’ATNUTO, seront nécessaires ?

- Les opérations de retour pourront-elles accélérées pour permettre aux réfugiés de prendre part aux élections ? Sinon, faudra-t-il prévoir des possibilités de vote par correspondance ?./.



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